• Algérie : repentance, regrets, remords?

    La guerre qui s’est soldée, il y a cinquante ans, par l’indépendance de l’Algérie avait débuté le 1er novembre 1954. Pendant les huit années qu’a duré ce conflit, les belligérants ont eu naturellement recours, de part et d’autre, aux moyens qui caractérisent habituellement la lutte, forcément inégale entre une insurrection armée et une armée régulière. Du côté des maquisards, les attentats, la bombe, le couteau, les campagnes de terreur contre la population civile ; du côté français, la répression, les bombardements, la torture, le napalm, les regroupements forcés de population. C’était la guerre, et les accords d’Evian, dont tant de clauses ne furent pas respectées, stipulèrent sagement que nul, dans aucun des deux camps, ne serait poursuivi pour les crimes commis par les uns ou par les autres. Cette condition qui, chose curieuse, fut scrupuleusement observée, était indispensable à la réconciliation souhaitée et souhaitable entre deux peuples qu’unissent d’autre part tant de liens forgés dans les deux guerres mondiales et fortifiés par les décennies pacifiques au long desquelles tant d’Algériens sont venus travailler et vivre sur le sol français.

    On ne voit pas bien pourquoi le gouvernement actuel de la République française ferait acte de repentance et solliciterait le pardon d’Alger pour les actes commis pendant les tragiques événements d’Algérie sous d’autres Républiques et par d’autres gouvernements, dont celui qui donna satisfaction pour des raisons politiques à une rébellion défaite sur le plan militaire. Cependant, si l’on devait s’engager sur ce terrain, il ne serait pas abusif de prier l’actuel gouvernement de l’Algérie, dont le président est un ancien dignitaire du parti qui dirige le pays depuis 1962, de présenter ses excuses à la France pour l’enlèvement et la mort de milliers de civils européens et pour le massacre de dizaines de milliers de soldats musulmans qui avaient choisi de s’engager à nos côtés, tous crimes perpétrés après le cessez-le-feu du 19 mars 1962 et restés impunis.

    La France, à laquelle des lobbies partisans, de part et d’autre de la Méditerranée, s’obstinent à présenter la note de tous les péchés de la colonisation sans y faire figurer aucun des actifs de la civilisation, n’a pas à se repentir de ce qu’elle fit en d’autres temps et dans un autre contexte. A défaut de repentance, elle serait pourtant fondée à nourrir des regrets et des remords. Regret d’avoir soumis des hommes sans avoir su gagner leur cœur. Regret de ce qui fut et qui n’est plus, regret de ce qui aurait pu être et ne fut pas. Regret d’avoir passé le flambeau de l’Algérie française à une dictature mafioso-militaire qui, après avoir flirté avec le marxisme et l’islamisme, n’a d’autres projets que sa propre perpétuation à la tête d’un pays auquel l’indépendance n’a pas apporté la liberté et l’exploitation de ses ressources naturelles par une minorité de privilégiés. Remords lancinant de n’avoir laissé d’autre choix à un million de pieds-noirs que la valise ou le cercueil. Remords inexpiable d’avoir abandonné à une mort atroce ceux qui avaient cru à notre parole et combattu sous notre drapeau.

    Dominique Jamet, le 22 décembre 2012

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