• Arabie Saoudite : le « scandale » du pétrole en contrebande vers l’Europe, via la France


    Arabie Saoudite : le « scandale » du pétrole en contrebande vers l’Europe, via la France

    par Habib Trabelsi

    La presse saoudienne parle depuis plus d’une semaine d’un « scandale » de pétrole en contrebande destiné à des pays européens, via la France, dans lequel est impliquée une société traitant avec la compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbures, Arabian American Oil Company (Aramco), depuis le terminal géant de Yanbu, situé sur la mer Rouge.

    Citant « des sources informées », le quotidien « Okaz », le premier journal à en avoir fait état, a rapporté le 11 février que « le département des investigations administratives (Administrative Investigation Department, AID) avait fait échec à des opérations de contrebande de cargaisons de pétrole devant être acheminées du port industriel du roi Fahd (King Fahd Industrial Port) à Yanbu vers la Fance et des pays européens ».

    « Barils » ou « pipelines », du pareil au même !

    Le journal a précisé que les trafiquants remplissaient le pétrole dans des barils utilisés normalement pour l’exportation d’huiles de vidange usagées et récupérées dans des stations service et des garages, en vue d’être recyclées à l’étranger et transformées en produits raffinés.

    Le journal a précisé que l’AID et le ministère du Pétrole et des Ressources minérales ont prouvé l’implication dans ces opérations du propriétaire de la société incriminée et de dix autres fonctionnaires travaillant pour le compte d’entreprises spécialisées dans le secteur pétrochimique.

    Mais ni les noms des compagnies, ni ceux des personnes impliquées dans cette contrebande présumée n’avaient encore été révélés.

    Le 13 février, le même journal, citant le directeur du port, Dr. Hmoud Al-Sobei, a révélé que les trafiquants avaient procédé autrement.

    « Ils en sont arrivés à transférer le pétrole (en contrebande) depuis les réservoirs de la compagnie, situés à l’extérieur du terminal, jusqu’aux pétroliers (mouillant en mer Rouge), directement, au moyen de pipelines géants, et sans avoir besoin de barils ou d’autres procédés », a-t-il affirmé.

    Une contrebande vieille de onze ans

    Mardi (16 février), le même journal a fait une autre « révélation » sur cette affaire, évoquée aussi par plusieurs sites internet.

    Le journal, citant encore « des sources informées », a rapporté que « la société mise en cause a procédé à ces opérations de contrebande durant plus de onze ans, en rusant sur la nature des liquides transférés des réservoirs de la compagnie vers les pétroliers se rendant directement à l’étranger ».

    Citant également le porte-parole de la Douane saoudienne et directeur général du département des relations publiques, Abdallah ben Saleh Al-Kharbouch, le journal avait récemment affirmé que celui-ci « a reconnu l’existence de plusieurs tentatives de contrebande de produits pétroliers (…), sous prétexte que ces produits sont autorisés à l’exportation par voie maritime ou terrestre ».

    M. Kharbouch a toutefois indiqué que « les services de douane les considèrent comme faisant partie des crimes de contrebande, conformément aux règlements en vigueur à la Douane ».

    Pour sa part, le secrétaire général de la Chambre de Commerce franco-arabe, Dr. Saleh Bakr Al-Tayar, avait réclamé la dénonciation des entreprises et des fonctionnaires impliquées dans cette contrebande (…) pour dissuader quiconque penserait dilapider les biens de l’Etat et porter préjudice aux intérêts commerciaux internationaux. Qui est responsable de cette « pétrolegate » ?

    Dans un article d’une ironie cinglante, publié mardi par le quotidien « Al-Hayat », le journaliste Abdel Aziz Al-Soueid souligne que le ministère du Pétrole « a suspendu » les activités de la société impliquée dans la contrebande, en déplorant toutefois que le ministère n’ait pas publié de communiqué éclairant les tenans et aboutissants de cette affaire.

    « Des pipelines géants installés sans l’accord de la direction du port, pourrait relever d’une corruption de grande envergure et peut-être d’une négligence enore plus grande », écrit-il.

    Et Al-Soueid d’ironiser en ces termes: « les informations sur ce scandale sont infuffisantes et risibles. Nous ne savons rien sur le nom de la société, ni sur son propriétaire ou son directeur. Je pense que toutes ces informations seront enterrées dans ces barils ».

    « Peut-être aussi que la responsabilité sera rejetée sur … un ouvrier du Bangladesh », a-t-il ajouté en se posant mille questions: « Quel est le montant du pétrole volé ? Depuis quand a commencé la contrebande ? Celle-ci a-t-elle débuté depuis que la société a commencé à opérer ou bien se pratiquait-elle bien avant ? Y a-t-il d’autres complices et des intermédiaires dans cette affaire ‘liquifiée’ ».

    Non moins ironique, Hael Al-Abidan, écrit le même jour dans « Al-Watan », sous le titre « Tamam, ya afandam ! » (Tout est pour le mieux, Sire !): « Dieu merci, tout va bien. Rien dans l’actualité ne mérite d’être signalé ».

    « J’ai passé des heures à fouiller dans les informations locales. Rien n’a attiré mon attention, sinon un seul fait ‘simple’, celui d’une société attrapée en flagrant délit de contrebande de pétrole au port industriel du roi Fahd à Yanbu. L’affaire est ‘simple’ et ne mérite même pas d’être signalée. Et pour preuve: le nom de la société impliquée n’a même pas été cité, ni d’aucun de ses responsables (…). Donc, tout est OK ! ».

    Le syndrome de Djeddah

    Plus virulents encore sont les commentaires des lecteurs sur les pages électroniques de ces journaux, dont l’un s’en prend vivement aux « suceurs du sang du peuple ». « Pendant onze ans le pétrole du peuple est volé. Ni vu, ni connu ! Pourquoi ? N’y a-t-il personne dans ce pays ? », s’interroge « Khaled ».

    « Onze ans, ce n’est pas rien ! J’espère que nos vénérables cheikhs, mettront en garde contre de telles pratiques et diront que l’argent qui en provient est illicite ! », renchérit « Badr Al-Badaoui ».

    Quant à « Abou Kayan », il s’en remet lui au roi Abdallah ben Abdel Aziz.

    « J’appelle Abou Metab à ajouter ce scandale au prédédent … celui des inondations de Djeddah … Il faut absolument combattre la corruption et démasquer les suceurs du sang du peuple et les responsables des milliards dilapidés », écrit-il dans une allusion à l’enquête ordonnée par le souverain saoudien sur « la catastrophe de Djeddah ».

    Source : Saudiwave


  • Commentaires

    1
    camus
    Lundi 12 Avril 2010 à 14:52
    Le même auteur a publié, le 2 mars, cet article:
    http://www.saudiwave.com/index.php?option=com_content&view=article&id=6196:petrole-en-contrebande-une-enquete-en-catimini&catid=40:politique-interieure&Itemid=67

    Comment expliquer le silence des médias occidentaux, et surtout français, su cette affaire, pourtant plusieurs fois évoquée par la presse saoudienne ???
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