• Avec Clouscard


    Avec Clouscard par urbain_glandier

    François de Negroni et Dominique Pagani racontent Michel Clouscard, son époque, sa pensée, la manière dont tout cela a influencé leur vie, la genèse et l’actualité de sa critique sociale, politique et économique.

     

    Michel Clouscard décode le mode de vie construit par la société de consommation, vue sous l’angle d’une stratégie de classes et dans un contexte de rendement dégressif du capital.

     

    Pour Michel Clouscard, la lutte des classes n’a pas du tout disparu. Si on ne la voit plus, c’est tout simplement parce qu’elle s’est tellement généralisée, qu’elle est partout.

     

    Avec l’accomplissement d’une société de l’abondance (relative), le développement quantitatif a entraîné un saut qualitatif dans le phénomène, et l’ancienne opposition prolétariat / bourgeoisie s’est compliquée d’un ensemble d’oppositions et de contradictions véhiculé par les couches moyennes.

     

    Par « couches moyennes » il entend par là l’ensemble des catégories sociales qui subissent à la fois la confiscation de la plus-value en tant que producteurs et l’injonction de consommation en tant que consommateurs.

     

    Ces couches moyennes ont été fabriquées par un long processus d’arrachement des individus et des groupes à leurs solidarités et valeurs traditionnelles, au fur et à mesure que les forces productives traditionnelles étaient elles-mêmes détruites. Pour décrire ce phénomène, Clouscard parle de la destruction de l’adversaire de classe par destruction de son environnement. La culture des dynasties bourgeoises de l’industrie triomphante avait mission de fabriquer des cohortes d’ingénieurs compétents, de gestionnaires audacieux et prudents. La culture du capitalisme de la séduction devra fabriquer à la chaîne des employés du tertiaire vicelards, manipulateurs et parasites. On n’est plus fier de ce que l’on fait, mais de ce que l’on détruit par la consommation. Le gaspillage est devenu une vertu capitaliste. Le système fabrique des objets en trop, et les crétins qui vont avec. Les crétins consomment les objets en trop, les objets en trop permettent de faire tenir les crétins tranquilles. Le capitalisme de la séduction a, temporairement, surmonté la dérive de l’accumulation.

     

     

    Pour comprendre ce nouvel environnement, nous dit Clouscard, il faut prêter attention aux objets anodins qui peuplent nos vies. Comprendre, surtout, qu’ils ne sont pas là par hasard. Qu’il y a une logique derrière cette avalanche de produits de consommation.

     

    Pour décrypter cette logique , il faut s’ intéresser au mondain.

     

    Ce mondain est un apprentissage. Cet apprentissage commence dès l’enfance/l’adolescence, par le rapport fonctionnel/libidinal entre l’enfant/l’adolescent et la machine ludique (flipper, juke-box, dit Clouscard en 1981 ,aujourd’hui, on parlerait de la playstation ou de la X-Box). En arrière-plan, il y a la captation de l’univers enfantin par le marché : l’enfant, qui sait consommer, mais ne sait pas produire, est le consommateur parfait, totalement soumis au « principe de plaisir ». Un principe de plaisir auquel Clouscard oppose le procès de production, la conscience que pour consommer, il faut produire. L’enfant éduqué par le capitalisme contemporain est dressé à ignorer la praxis, parce qu’il est enfermé dans le principe de plaisir, sans jamais pouvoir toucher du doigt le procès de production.

     

    La société traditionnelle offrait aux pauvres les avantages spirituels de la non-possession. La société post plan Marshall, américanisée, leur offre le faux avantage matériel d’une consommation ludique bas-de-gamme. La mode, l’imbécilité de la mode, est devenue accessible aux classes dominées. La « femme libérée » des 70’s, pour Clouscard, n’est que la reproduction, en bas de la structure sociale, du modèle de la bourgeoise parasitaire, jusque là réservé aux classes supérieures. Clouscard dit, déjà, que la libération sexuelle est d’abord la libéralisation sexuelle. Le féminisme est une coquetterie, la féministe une bourgeoise qui profite de son pouvoir de séduction. Et le pouvoir mâle laisse faire pour une raison symétrique : si les femmes sont libres, alors les hommes puissants sont libres de les chasser. Derrière le triomphe du mondain, le monde comme terrain de chasse. Peu importe que la pilule soit devenue l’argument d’un droit au plaisir qui, en réalité, a enfermé les femmes dans une nouvelle aliénation, la femme-sexe, dès qu’elles sont sorties de l’ancienne aliénation, la femme-ventre. L’important, c’est que la machine tourne.

     

    En même temps qu’il contamine les classes dominées par la mode, le mondain offre la possibilité aux classes dominantes de mimer les attitudes révolutionnaires, de les confisquer à leur usage propre. On a les cheveux longs comme le Che, donc on est un révolutionnaire (même si, objectivement, on est du côté des exploiteurs).

     

    A nouveau, l’esprit est aliéné mais il ne l’est plus par l’enchaînement du prolétaire à la machine et du bourgeois à sa morale surannée. Il l’est par l’attachement au principe de plaisir, à l’exigence de transgression. Au besoin, on fera l’ordre à travers la contestation de l’ordre. Est réputé rebelle à l’ordre capitaliste celui qui, en réalité, devient la clef de voûte de cet ordre : le jouisseur qui, en confisquant la plus-value à des fins de consommation immédiate, permet de détruire du capital, et donc de contrebalancer la loi des rendements dégressifs.

     

    Source : Urbain GLANDIER

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