• Bébés en boîte : mieux qu’une IVG !

    On connaissait les boîtes à chaussures, les boîtes à couture, les boîtes à idées, voici désormais les « boîtes à bébés ».

    De quoi s’agit-il ? De compartiments chauffés conçus comme des sas et équipés d’une alarme : d’un côté, ils s’ouvrent pour que l’on y place l’enfant, de l’autre, une sonnerie se déclenche (au bout d’une minute, pour préserver l’anonymat du dépôt) afin que l’on vienne récupérer celui-ci.

    Plusieurs pays, qui ne permettent pas comme la France l’accouchement sous X, se sont équipés ces dernières années : la Belgique, la Suisse, l’Allemagne ou encore le Japon.

    Samedi 3 novembre, c’est le dépôt d’un petit garçon à Anvers qui a été rapporté par la presse.

    Indignation. Stupeur et tremblements. Dégueulasse d’abandonner ainsi un nourrisson à la sauvette, comme on se débarrasse d’un paquet de linge sale dans une benne du Secours catholique. Quelle déchéance ! Quelle détresse ! En 2012 !

    Et la mère, comme chaque fois, n’a rien laissé : ni lettre, ni souvenir, ni prénom, aucun moyen — même infime — de remonter le fil de ses origines.

    Erreur. Au fond du caisson, avec le bébé nu comme un ver ou presque, il y avait un sacré truc, drôlement précieux : cela s’appelle « une chance ». Pas de passé, certes, mais un avenir.

    Et comparé à 20 000 autres embryons belges du même millésime et dans son genre, — embryons à problème, dont les parents se seraient bien passés —, il est même carrément veinard, le destin de ses petits camarades ayant tourné court avant douze semaines, scellé dans l’univers aseptisé d’un service de gynécologie. No future.

    Sans remonter jusqu’à Moïse, d’autres comme lui ont été abandonnés et ne s’en sont pas sortis si mal. Par exemple d’Alembert, ou encore Weygand. Prenez ce dernier, probablement fils adultérin de Charlotte de Belgique. Une grossesse impossible à avouer, tombant on ne peut plus mal, avec en sus une future mère zinzin : qui aurait parié un cachou sur l’embryon Weygand ? Si les petites dames du planning familial avaient existé à l’époque et croisé le chemin de Charlotte, sûr qu’elles auraient charitablement préconisé une solution rapide et efficace.

    Et il y a encore toute la foule des anonymes.

    Le petit garçon trouvé à Anvers s’appellera « De Kleine » (« Le Petit »), comme ceux qui l’ont précédé dans la boîte.

    Selon les généalogistes, les nourrissons recueillis autrefois en France par les communautés religieuses — boîtes à bébés d’alors —, prenaient le nom d’un saint (comme Martin), ou encore du lieu où on les avait trouvés (Dupont : sous un pont). Si c’est le cas, la prolifération de Dupont, Martin, Nicolas et autres Olivier dans nos annuaires et sur les monuments aux morts prouve pour le moins qu’ils ont fait souche et contribué à écrire l’Histoire de notre pays…

    Des bébés pas souhaités, pas gâtés, mal barrés, mais dont le seul horizon n’était pas de gonfler les statistiques annuelles de l’IVG, et qui ont été, sans doute pour bon nombre, une chance pour la France.

    Gabrielle Cluzel, le 12 novembre 2012

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