• Ce besoin de tout vouloir dégueulasser

    Ce besoin de tout vouloir dégueulasser, surtout ce qu’il y a de plus sacré en nous, d’où cela peut-il bien venir ?

    Ainsi, Charlie Hebdo vient-il de flatuler un premier volume de la vie du prophète Mahomet. Les textes, rien à dire, ce sont ceux de l’ancestrale tradition musulmane. Mais les dessins… Tout le monde savait que Charb dessinait d’un pied distrait, à l’aide d’une truelle trempée dans un pot à merde ; mais là, tout de même… Pauvre prophète. Pauvre Martin, pauvre misère, comme chantait Georges Brassens.

    En effet, on est en gros entre Bob l’éponge et les Simpson. Avec des gnomes barbouillés de jaune. Des bistouquettes et des foufounes à chaque case. Des yeux hallucinés à tel point qu’à côté, Pete Doherty, c’est Alain Afflelou.

    Quand nous étions petits, la vie des hommes pieux, c’est ailleurs qu’on la découvrait. Moïse nous était filmé par Cecil B. De Mille et le Christ par Franco Zeffirelli, par ailleurs produit par le franco-musulman Tarek Ben Ammar, qui devait ensuite distribuer La Passion du Christ, de l’assez rebelle Mel Gibson, alors qu’en France, tous les amis de Charlie Hebdo, Philippe Val en tête, lui crachaient à la gueule. Heureusement pour ce dernier, Nicolas Sarkozy le nomma à la tête de France Inter, trente deniers pour le mutin de Panurge, juste histoire de reprendre l’heureuse expression du défunt Philippe Muray.

    Pour le reste, il y avait les éditions Fleurus et ses biographies dessinées par Étienne Le Rallic : le roi Louis IX et toutes ces saintes du lointain, emplumées, aux longues nattes, squaws de ce Golfe du Saint-Laurent découvert par Jacques Cartier, qui nous faisaient tant rêver.

    Après ce premier contact, mystérieux, exotique, il était toujours temps d’approfondir la chose. Mais là… Que diront nos actuelles jeunes pousses, désireuses de connaître la deuxième religion de France ? La fréquentation d’une religion, c’est un peu comme la découverte de la prime amourette. C’est au début que tout se joue. Mais le nuage rose, ce n’est pas dans le genre de Charlie Hebdo, qui ferait plutôt dans le torrent de boue.

    Tout cela amène plusieurs questions.

    La première. Est-il licite de tout écrire et publier ? À titre personnel et ce en tant qu’ancien directeur de journal, je dirais que oui. Mais ajouterais, en guise de codicille, qu’il est de ces libertés qu’on peut s’abstenir d’exercer. Ne serait-ce que pour ne pas blesser son prochain. Rien à voir avec l’autocensure, mais plus avec la décence commune chère à George Orwell.

    La deuxième. Il faudrait tout de même se montrer un jour cohérent. Dieudonné en prison et le Nobel pour Rushdie ? Si liberté d’expression il y a, elle doit valoir pour tous. Redeker comme Faurisson.

    La troisième, la plus importante, peut-être. Pourquoi des aigrefins s’abriteraient-ils derrière cette même liberté d’expression en trompe-l’œil qu’ils sont les premiers à bafouer. C’est bien Siné qui s’est fait virer de Charlie pour antisémitisme, ce pour un papier qui était à l’évidence vulgaire — Siné a toujours été vulgaire — mais qui n’avait rien d’antisémite. Ou si oui, interdisons Muriel Robin, Pierre Desproges, Michel Hazanavicius et Bernard Lazare.

    Bon, on ne va pas en faire toute une histoire non plus. Laissons Charb à sa fange. Il semble s’y complaire. Tels les porcs. Et encore, ce serait faire insulte à nos amis les cochons qui, aimablement, garnissent nos assiettes.

    Nicolas Gauthier, le 6 janvier 2013

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