• Charlie Hebdo, l'islam et le contrôle de la population

    La récupération de la fusillade homicide de Charlie Hebdo est une merveille d’ingénierie sociale et politique. Les événements qui se déroulent encore sous nos yeux sont difficiles à appréhender et à comprendre de manière synthétique, pourtant il y a urgence à réagir et à se défendre.

    Tentons donc une approche par observations partielles, par petites touches qui, mises bout à bout, ont des chances de nous mener à une vision juste de la situation. Nous développerons trois aspects principaux :

    1. Le « pas d’amalgame » est un programme politique qui permet à la fois d’enrégimenter les populations immigrées et de museler les souchiens.

    2. La construction d’une menace terroriste permet de soigner la bonne conscience des Occidentaux, dont les États sont prédateurs, en leur faisant croire qu’ils sont les faibles victimes des musulmans.

    3. La bourgeoisie de gauche a passé un cap important. De ses deux piliers immigration-féminisation, le premier présentait quelques aspérités, à cause de l’islam et de l’antisionisme. C’est réparé.

    Ces éléments mis bout à bout laissent également entrevoir, au-delà des apparences, qui seront les véritables cibles de la répression à venir tapie derrière l’union nationale. Ceux que des événements désormais indépassables ont rejeté définitivement dans l’ignominie et l’anathème, dans un ghetto moral dont on ne les laissera plus sortir : Soral, Dieudonné et une poignée d’intransigeants.

    Surtout « pas d’amalgame »... 
    entre l’immigré musulman et le Français nationaliste

    Au milieu de la tornade totalitaire qui s’est emparée de la France depuis la tuerie du 7 janvier dernier, une ritournelle lancinante fait continuellement entendre sa petite musique ensorcelante : « Pas d’amalgame, surtout pas d’amalgame. » Annoncée fiévreusement telle une incantation magique, l’injonction politico-médiatique à ne pas amalgamer résonne pourtant d’un écho quasi-schizophrénique.

    Dès les premières heures ayant suivi la fusillade homicide de Richard Lenoir, « islamologues » et autres « spécialistes de l’islam » investissaient studios et rédactions, plantant leurs tentes savantes en ces lieux médiatiques pour une durée indéterminée. Faussement naïfs, les journalistes les passaient inlassablement à la Question : « Vraiment, y a-t-il oui ou non écrit dans le Coran qu’il faut buter des caricaturistes à la kalachnikov pour plaire à Allah ? Dites-nous, qu’on sache, merde ! » Le soir même, dans son intervention télévisée, François Hollande liait les « attentats » aux interventions françaises à l’étranger contre « le terrorisme et le fondamentalisme ». Ainsi, alors que le visage d’un ennemi menaçant, insaisissable, étranger et intérieur (puisque issu de notre bonne vieille diversité bien de chez nous), prenait médiatiquement forme, le téléspectateur moyen de BFM TV était en même temps prié de ne pas confondre mauvaise racaille passée au djihadisme international et racaille sympa, confinée aux vols avec violence et au trafic de stupéfiants local. Ces dernières avaient d’ailleurs été rebaptisées pour l’occasion du doux nom de « musulmans » ou de « communauté musulmane ».

    Nos honnêtes politiciens et nos courageux journalistes, toujours pleins du désir chevaleresque de défendre tout ce qui minore en société, tentaient-ils d’éviter coûte que coûte que se vautre dans la ratonnade et le pogrom généralisé un peuple aussi furieusement raciste que le Gaulois ? La teneur des réactions de la population française, tout en allumage de bougies, en rassemblement silencieux et chaîne de SMS compassionnelle, soit l’absence de toute réaction virile face à ce qui était pourtant présenté en direct comme une insupportable attaque contre « nos valeurs » les plus fondamentales, permet sérieusement d’en douter.

    Dès lors, comment comprendre cette fameuse injonction au « pas d’amalgame » ? Celle-ci ressemble à une graisse. Une graisse de laquelle on enduirait la mécanique de la société antiraciste et multiculturelle, afin de n’en pas gripper le mécanisme consubstantiel à notre modernité démocratique.

    Ni islamophobe, ni islamophile, le système politico-médiatique organise depuis plusieurs années une dialectique autour de la question de l’islam afin de déplacer, en période de crise économique sévère, la question sociale vers la question identitaire. L’objectif affiché de protection des musulmans que prétend poursuivre le pouvoir (et qui agace tant les identitaires), permet en réalité de faire d’une pierre deux coups. D’abord, acter officiellement l’existence, au sein d’une République pourtant réputée une et indivisible, d’une « communauté musulmane » distincte et identifiée comme telle. Création sarkozyste, cette communauté sera d’autant plus soumise au pouvoir qu’elle semble avoir besoin de protection, car désignée à la vindicte par la mise en scène médiatique faussement objective du choc des civilisations. Ainsi des millions de personnes, pour la plupart des prolétaires, sont réduites au nom de leur propre sécurité à une appartenance religieuse réelle ou supposée, et sur la base de laquelle il leur sera demandé de réagir à tel ou tel évènement. C’est l’injonction désormais systématiquement faite aux « musulmans » français de condamner hystériquement tout ce qui a trait de loin ou de près à l’islam et ne rentre pas dans la grille de lecture « républicaine ».

    Mais le « pas d’amalgame » (et ça, les pourfendeurs de l’islamophobie ne le voient pas) servira également à renforcer la pression exercée sur la population française, toujours plus suspecte de racisme et de discrimination. On entend d’ici les représentants de cette « communauté musulmane » qui ne manqueront pas d’ici peu de venir dénoncer le climat d’islamophobie insupportable qu’ils subissent depuis l’ « affaire Charlie Hebdo ». Et de prier ceux-là même qui les ont amalgamés sans vergogne de taper encore plus fort sur le Français moyen, cochon de payeur et éternel dindon de toutes les farces politiques…

    Enfin, malgré toutes les injonctions, un amalgame, lui, ne manquera pas d’être fait. C’est celui entre terrorisme et antisionisme. Entre tueurs de caricaturistes innocents et courageux et critiques radicaux du système et de ces dérives sociétales les plus folles, désormais incarnées éternellement par Charlie Hebdo. Entre Kouachi/Coulibaly et Soral/Dieudonné. Ironie de l’histoire, c’est au nom de la sacro-sainte liberté d’expression, qu’elle sera le plus réduite, à grand coup de mesures anti-terroristes politiquement consensuelles.

    La France en proie à l’inversion victimaire

    Afghanistan, Irak, Lybie, Syrie, Palestine… Depuis 2001, l’Occident et ses alliés agressent sans relâche le monde arabo-musulman, semant le chaos et la désolation, tuant femmes, enfants, vieillards, détruisant infrastructures, écoles, hôpitaux. Mais la surexploitation politique et médiatique de faits statistiquement anodins (le terrorisme fait environ trois morts par an en France depuis 2001, en comptant les Français tués à l’étranger) mais à forte charge symbolique, permet d’inverser totalement la perspective auprès de populations crédules et mésinformées. Car nous vivons en France sur le mythe d’une Révolution, de la Résistance et de Mai 68. Il n’est donc pas aisé de faire accepter au peuple que nous sommes du côté de cet Occident fort écrasant les faibles récalcitrants, même pour la « bonne cause ».

    À ce titre, l’invocation continuelle de la « guerre civile » à venir, qu’on la craigne ou qu’on l’appelle de ses vœux, sert grandement cette manipulation. Car qu’entend-on par « guerre civile » ? La présence sur le territoire national de groupes armés échappant au contrôle de l’État et en lutte pour la souveraineté et l’exercice du monopole de la violence légitime ? Soyons plus précis. Le développement de l’idée d’une probable guerre civile permet d’incruster dans l’inconscient collectif des français, à grands coups de Zemmour et de Houellebecq (et de ceux qui leurs portent la fausse contradiction antiraciste) la latence d’un Islam guerrier et conquérant, prêt à s’approprier par la lutte armée des portions du territoire et à y concurrencer l’État français dans ses missions régaliennes. La République islamique de Seine-Saint-Denis.

    Il semble au contraire qu’en ces jours sombres, rien ne doive plus désormais échapper au contrôle de l’État, même pas les attentats, au moins en ce qui concerne leur récupération idéologique. En fait d’Islam, la population française dans certains quartiers est bien aux prises avec une nuisance moins grandiose mais beaucoup plus pragmatique et surtout beaucoup plus occidentale que la menace du Califat, celle d’un lumpenprolétariat immigré que Marx dénonçait déjà comme néfaste à la classe ouvrière. Et si c’est bien de ses rangs que viennent la poignée de djihadistes français partis en Syrie, n’oublions jamais que c’est sur le front occidental qu’ils combattaient là-bas. Quant aux Français musulmans, ils seront intégrés à une communauté sionisée à la sauce Chalghoumi ou diabolisés sur le mode islamo-dieudonniste. N’en déplaise aux idiots utiles d’extrême droite qui croient le Grand Soir venu, la « communauté musulmane » n’échappera pas à cette formidable américanisation/israélisation que subit désormais la France un peu plus après chaque attentat « islamiste ».

    En définitive, la récupération idéologique des événements récents mènera le pays vers un contrôle toujours plus coercitif de la population, que l’agitation de peurs psychologiques irrationnelles conduira à se jeter dans les bras de l’État, désormais seul rempart d’un peuple réduit à n’être qu’une « société civile ». En plus d’un alignement géopolitique sur une ligne toujours plus atlanto-sioniste. Flics, psys et juges… pour tous.

    Les Français enfin sionistes décomplexés !

    C’est bien cette fallacieuse ligne occidentaliste que sont venus valider (quoique pour beaucoup malgré eux, pris d’une hystérie compassionnelle collective) les manifestants du 11 janvier. Mais ce que les médias, ces grands prêtres de la déesse Émotion et de sa cadette Manipulation, ont présenté, ivres de consensus, comme le peuple français en marche, était en fait le triomphe d’une certaine Gôche parvenue au stade critique de sa mutation inéluctable sous le poids de ses contradictions internes.

    Depuis 1918, et la disparition sous la boue des tranchées de toute une génération de prolétaires européens, la gauche sociétale et capitaliste faisait reposer son hégémonie idéologique sur deux piliers : féminisme et immigration. Mais la réislamisation, depuis quelques années, de la deuxième génération d’immigrés issus de l’ex-empire colonial, a rendu de plus en plus inconciliables ces deux mamelles du gauchisme. Pendant longtemps, ce dernier, pour ménager la chèvre et le chou, affichait en plus de sa confiance en l’homosexualité, les drogues psychédéliques et l’avortement comme vecteurs d’émancipation humaine ; un antiaméricanisme bon ton et une aversion de façade pour l’extermination des jeunes palestiniens. À la faveur du massacre de caricaturistes ex-subversifs passés au néo-conservatisme anti-arabe (et de quelques autres évènements du même acabit), la Gauche moderne est enfin débarrassée de ce carcan moral insupportable et finalement réactionnaire. Et c’est une synthèse festive, libérale-libertaire, sioniste qui émerge, selon les hégéliennes lois de la dialectique.

    Synthèse qui peut désormais parader sans complexe à l’israélienne : militarisme antimusulman sur le plan géopolitique ; Gay Pride, psychotropes, gender et tolérance pour la population réduite en esclavage mental. C’est logiquement que cette Gauche est allée fêter sa victoire à la Victoire. Car si auparavant en France tout finissait en chanson, tout finit désormais en kippas et synagogues.

    Point n’est besoin d’épiloguer longuement sur l’essence du changement advenu. Le baiser du président français à Netanyaou, en tête d’un cortège citoyen place de la République à Paris, les millions d’ex-rétifs édentés défilant sans un bris de vitre ni un slogan hostile derrière l’Austérité au grand complet, ne sont-ils pas les oracles annonciateurs des pires avanies à venir, d’un éternel hiver des peuples ?

    Comme elles doivent être bénies en haut lieu ces trois petites racailles des Buttes-Chaumont ! Dieu lui-même avait illuminé ce dimanche après-midi de soleil afin que rien ne pût échapper de cette sombre clarté. Et que tout fût accompli au grand jour. C’en était éblouissant d’évidence. Ils étaient tous là.

    Tous ? Pas tout à fait. Quid de l’ultragauche et autres « blacks blocks » en ce jour de réunion, en une même cité, des pires raclures capitalistes de la planète ? Eux d’habitude si prompts à se mobiliser pour briser frénétiquement les vitrines de petits commerçants de centre-ville dès que le moindre Pen pointe le bout de son nez. Leur absence totale de participation, même marginale, même en toute fin de cortège ce 11 janvier 2015, est la plus belle preuve de leur complète soumission à l’ordre capitaliste marchand et à sa narration spectaculaire.

    Gageons que nous les retrouverons hurlant et cassant lors de prochaines manifestations contre le « climat d’antisémitisme et d’islamophobie » en France.

    Le FN non plus n’était pas présent. Même si ce n’était pas de son fait, cela signifie beaucoup. Le parti s’en est trouvé comme préservé malgré lui d’une infamie. Quelque chose en restera forcément dans le futur. Le FN se trouve d’ailleurs paradoxalement dans la même situation vis-à-vis du pouvoir que celle de la « communauté musulmane », évoquée plus haut. Comme elle création du système, les débats sur sa présence en ou hors son sein n’ont pas de sens. Ce n’est ni l’un ni l’autre, ou plutôt les deux en fonction des besoins de l’adversaire.

    Marine Le Pen doit impérativement comprendre que son travail de dédiabolisation n’aura jamais de fin. Son parti ne sera jamais définitivement intégré à un quelconque arc républicain. Il est bien trop utile comme objet politique diabolisable à loisir. Comme un chien dont le maître peut rallonger ou raccourcir la laisse. Osera-t-elle mordre ?

    Pour conclure

    Hier on célébrait le centenaire de la grande catastrophe européenne. Catastrophe dont l’Europe ne se releva jamais. Ces commémorations s’accompagnaient des sempiternelles injonctions à se souvenir pour ne pas reproduire les erreurs du passé. Il semble paradoxalement que ces banalités de convenance soient plus que jamais à prendre au pied de la lettre.

    En 1914, la scélérate union nationale avait permis au Capital d’être soutenu par l’ensemble des forces politiques, y compris les socialistes (qu’aurait fait Jaurès ?), dans son entreprise de mort à l’échelle industrielle.

    Permettons-nous un petit amalgame historiquement riche d’enseignements. En fait de guerre civile, nous vivons l’éternelle guerre de l’élite illégitime contre son propre peuple. Ne reproduisons pas les erreurs du passé. Ne votons pas, pour un siècle encore, les crédits de guerre.

     

    Article initialement publié dans l'atelier E&R


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