• Contrairement aux français, les suisses ne se laissent pas marcher sur les pieds...

    «Je n'enverrais jamais un e-mail via un service américain»

    Hanspeter Thür, préposé suisse à la protection des données, commente les dernières révélations autour du programme américain d'espionnage sur internet. Une taupe de la NSA aurait opéré à Genève pour la CIA.

    Les géants américains du web sont pointés du doigt après les révélations sur les pratiques d'espionnage américaines sur internet.

    Un employé d'un sous-traitant de la NSA, Edward Snowden, a révélé dimanche 9 juin depuis Hong Kong où il s'est réfugié être à l'origine des fuites sur le programme américain de surveillance des communications. Préposé suisse à la protection des données, Hanspeter Thür commente l'affaire dans le Tages Anzeiger.

    – Comment téléphonez-vous au fait?
    – Avec mon iPhone.

    – Donc, théoriquement, cet entretien pourrait être intercepté par les services américains?
    – Oui. Pour les discussions confidentielles, je n'utilise depuis longtemps que des lignes fixes.

    – Les dernières révélations ne vous ont donc pas surpris?
    – Depuis le Patriot Act, les agences américaines peuvent avoir accès à des entreprises privées quand elles ont le sentiment qu'elles ont besoin d'information. Cela concerne des sociétés de cartes de crédit, de télécommunication ou de transports ainsi que des bibliothèques ou encore les réseaux sociaux.

    – On sait que les données de Facebook ou Youtube atterrissent chez ces agences américaines. Des informations privées sur tout le globe sont concernées. Que pouvez-vous faire?
    – Relativement peu, voire rien du tout car les utilisateurs confient leurs données de leur propre gré à des entreprises américaines. Ils doivent savoir que ces informations partent en direction des USA, ils ont signé les conditions d'utilisation.

    – Vous avez donc les mains liées?
    – Nous faisons ce que nous pouvons: par exemple, nous indiquons que pour les solutions de stockage en ligne de style cloud, la protection des données aux Etats-Unis n'est pas la même qu'en Suisse. Nous recommandons d'autres solutions.

    – Beaucoup de gens ne lisent pas ou ne comprennent pas ces conditions qui sont en anglais.
    – C'est un gros problème. On veut un service, un produit, qu'on ne reçoit qu'en cliquant sur «j'accepte». On discute actuellement à l'échelle internationale sur la possibilité de forcer les entreprises à libeller des conditions qui éviteraient de tels cas entre les fournisseurs et consommateurs.

    – Les requêtes sur Google (GOOG 670.749 1.01%) n'exigent aucun contrat mais ne sont pas protégées contre les agences américaines. Ne devriez-vous pas intervenir?
    – Quiconque recourt aux services d'une entreprise américaine doit savoir que ses données sont stockées aux Etats-Unis. C'est son problème. Les entreprises se plient au droit américain et les agences de sécurité y disposent de droits d'empiètement très larges.

    – Google a son siège européen à Zurich. Disposez-vous des moyens d'agir pour protéger les données des utilisateurs suisses de Google?
    – Si ces données sont récoltées en Suisse et transmises sans autorisation aux USA, nous pouvons intervenir. Reste à savoir s'il faut une telle autorisation pour les requêtes via Google.

    – Que faites-vous concrètement?
    – Nous allons nous informer auprès de Google sur les procédés exacts. Des questions similaires seront posées à Facebook et à d'autres fournisseurs de services. Ce n'est pas toujours simple de recevoir des réponses, comme le montrent nos efforts avec d'autres Etats européens au sujet de Google Street View ou de Google Glass.

    – Quelles sont les difficultés?
    Les entreprises ne livrent pas de réponses satisfaisantes, voire pas du tout.

    – Elles vous éconduisent.
    Oui. Autrement, c'est plus prometteur, comme le trafic des paiements via Swift: si les serveurs sont déplacés en Europe ou en Suisse, cela nous facilite les choses.

    – Votre adresse e-mail privée est hébergée sur un fournisseur suisse, à dessein?
    – Complètement. Je n'utiliserai jamais Gmail ou un autre fournisseur de service américain. (Newsnet)

    note Webrunner : cette affaire surgit à point nommé et semble être la réponse suisse à l'exigence de la suppression du secret bancaire  par les USA.

    Didier Burkhalter, ministre des Affaires étrangères, a réagi lundi aux accusations d’Edward Snowden sur les activités d’espionnage de la CIA en Suisse: «Nous avons pris connaissance avec précaution des déclarations publiées dans la presse. Nous avons adressé une demande formelle à l’ambassade des Etats-Unis, afin d’avoir des éclaircissements. Nous attendons les réponses. Si ce qui a été publié est vrai, il y aurait violation des conventions internationales. Mais nous n’en sommes pas là. Il faut des faits solides avant de se prononcer.»

    Ces révélations vont-elles peser sur l’adoption, par le parlement, de la loi urgente autorisant les banques à coopérer avec la justice américaine? «Ce n’est pas un argument de plus en faveur de cette loi», commente le président du PLR, Philipp Müller. «La question d’un effet de cette affaire d’espionnage a été posée en Commission de l’économie: la réponse est non», dit, de son côté, le président du PS, Christian Levrat.

    «Nous sommes espionnés»

    «Je suis encore plus opposé à la Lex USA, qui comporte trop de risques. On sait depuis longtemps comment les Etats-Unis exercent leurs pressions», relève Christoph Blocher. «Je ne sais pas quelle influence cette affaire aura, et je suis moi-même indécis. Mais je constate qu’il y a une lacune légale à combler: il faut punir sévèrement ceux qui volent des données», poursuit l’UDC Hans Kaufmann, membre du conseil de la Banque cantonale de Zurich. Pour Jean Christophe Schwaab, président des employés de banque, l’un des rares socialistes à soutenir la loi, l’affaire ne jouera pas un grand rôle: «Ce n’est pas un argument déterminant. Tout le monde sait que nous sommes espionnés. Ce qui fera pencher la balance pour ou contre la loi, c’est la protection des employés et des tiers, avocats et gestionnaires.»


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :