• Essais nucléaires français : quelles retombées sur Tahiti ?

     

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    Essais nucléaires français : quelles retombées sur Tahiti ?
    On l’apprenait dans les colonnes du Parisien le 3 juillet 2013. Les documents confidentiels déclassifiés
    concernant les essais nucléaires aériens en Polynésie, qui ont perduré de 1966 à 1974, révèlent que
    les retombées de plutonium étaient 500 fois supérieures à la concentration maximale admissible. Si
    les 500 fois paraissent énormes, que traduisent-elles réellement ? En 2006, l’armée française
    fournissait un rapport complet sur les tirs et leurs impacts sur l’archipel. Y a-t-il de nouveaux éléments
    à découvrir au fil des 2.050 pages déclassifiées ? Futura-Sciences a enquêté et répond.
    Le centre d'expérimentation du Pacifique a réalisé des essais nucléaires de 1966 à 1996. Jusqu'en
    1974, l'armée française a effectué des tirs aériens, provoquant des retombées sur les îles
    habitées. © Federal Government of the United States, DP
    Le secret-défense est partiellement levé, l’enquête se poursuit. On l’aura compris, les conséquences des essais
    nucléaires en Polynésie n’ont pas fini de faire parler d’elles. Entre 1966 et 1996, la Marine nationale française a effectué
    des tirs aériens et souterrains, exposants civils et militaires à d’importantes retombées nucléaires. En 2006, l’armée
    française jouait la carte de la transparence, en publiant un rapport détaillant tous les tirs et leurs conséquences sur les
    civils et les militaires. Déjà dans ce document, l’armée reconnaissait pour la première fois que le tir du 17 juillet 1974,
    Le 17/09/2013 à 15:33 - Par
    Delphine Bossy, Futura-Sciences
    Actualité > Essais nucléaires français : quelles retombées sur Tahiti ? Futura-Sciences
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    baptisé Centaure, avait eu des retombées à Tahiti, île la plus peuplée de Polynésie.
    Jugeant le rapport insuffisant et surtout incomplet, les associations Moruroa e Tatou et Aven se sont battues pour
    obtenir en justice la déclassification de documents confidentiels, rédigés durant les tirs aériens nucléaires effectués
    dans l’archipel de 1966 à 1974. Le rapport de l’armée de 2006 est censé être basé sur ces documents, pourtant, il
    semble qu’il ait omis certains détails, et non des moindres. Le 3 juillet 2013, le quotidien Le Parisien lançait un pavé
    dans la mare, en révélant que d’après les 2.050 pages déclassifiées, les retombées de l'essai Centaure à Tahiti avaient
    entraîné une radioexposition au plutonium par inhalation équivalant à 500 fois la concentration maximale admissible
    (CMA) par heure.
    Le plutonium 239 est l’un des radionucléides les plus cancérigènes
    Cette radioexposition au plutonium n’avait jamais été dévoilée et sa valeur donne le vertige. Pour la comprendre en
    détail, Futura-Sciences a mené sa propre enquête.
    La concentration maximale admissible (CMA) dans l’air d’un radionucléide donné est l’activité (la vitesse de
    désintégration de la source nucléaire) par unité de volume, pour laquelle une inhalation continue durant une année
    entraîne une dose égale à la limite annuelle admise par l’organisme entier ou l’un des organes critiques. En d’autres
    termes, cela veut dire que si les Tahitiens (et probablement les militaires) avaient respiré cet air durant un an, ils
    auraient atteint 500 fois la concentration maximale que le corps peut supporter.
    Les particules alpha (deux protons et deux neutrons) sont arrêtées par une simple feuille de papier
    tandis que les particules bêta (un électron ou un positron) sont stoppées par une feuille d'aluminium.
    Le rayonnement gamma (électromagnétique) est très pénétrant. Il faut quatre mètres de béton pour
    s'en protéger complètement. © Stannered, Wikipédia, GNU 1.2
    Si 500 CMA c'est beaucoup… il est difficile d’en déduire les impacts sur l’Homme, puisqu’on ne connaît pas le temps
    d’inhalation d’un air aussi contaminé. Mais l’accusation est tout de même grave. Le plutonium 239 est un produit issu
    de la désintégration bêta de l’uranium 238. Il est particulièrement dangereux de l’ingérer, car ce radionucléide est un
    émetteur alpha. Dans la désintégration nucléaire, les lourdes particules alpha constituées de 2 protons et 2 neutrons
    sont 20 fois plus susceptibles d’avoir des effets cancérigènes sur le long terme que les bêta ou gamma.
    L’exposition aux particules alpha, liée au dépôt radioactif au sol, n’est dangereuse que dans un rayon d’une dizaine de
    centimètres de la source. Au-delà, seuls les rayons gamma peuvent être nocifs, les alpha étant arrêtés par les couches
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    d’air. En revanche, en contact direct (donc par inhalation ou au contact d’eau contaminée), l’exposition de la partie
    superficielle de la peau aux particules alpha peut devenir importante. Dans le cas du tir Centaure, Tahiti a été touchée
    par des retombées contenant du plutonium sous forme de pluie les 19 et 20 juillet 1974. Donc, en plus d’inhaler l’air qui
    comportait 500 CMA de plutonium, les Tahitiens ont été en contact avec le radionucléide en buvant l’ eau de pluie
    contaminée.
    Essais nucléaires : les militaires ne sont pas épargnés
    « Dans les documents concernant les autres tirs, il n’y a pas de détails comme pour le tir Centaure, commente pour
    Futura-Sciences Bruno Barillot, ex-délégué pour le suivi des essais auprès du gouvernement polynésien et limogé par
    Gaston Flosse. Cela veut dire qu’ils ne nous ont pas donné tout ce qu’ils avaient, mais c’est probable que dans d’autres
    documents il y ait des informations plus précises. » Il avait fallu attendre 2006 pour que l’armée française avoue que le
    tir Centaure avait généré des retombées sur Tahiti. Or, les autorités françaises n’avaient encore jamais mentionné de
    retombées de plutonium.
    Les 2.050 pages déclassifiées sont encore à l’étude. Mais on peut d’ores et déjà ajouter que ces documents identifient
    149 retombées supplémentaires à celles déjà mentionnées dans le rapport de l’armée française de 2006. Parmi ces
    retombées, 26 bâtiments de la Marine ont été touchés. « Seuls 26 ont été identifiés dans les documents, mais il y avait
    à peu près une centaine de navires de la Marine nationale sur la zone. La plupart ont pu être contaminés, ne serait-ce
    quand ils venaient s’amarrer dans le lagon de Moruroa, dont l’eau, à la suite des retombées immédiates, était
    contaminée pendant plusieurs jours » , poursuit Bruno Barillot.
    Rappelons que le plus souvent, les bateaux pompent l’eau qui servira tant pour l’alimentaire que pour l’hygiène,
    directement dans l’environnement. Les navires disposent de systèmes de dessalement, mais qui ne décontaminent
    pas l’eau. Bruno Barillot souligne : « La plupart du temps, les équipes à bord (marins, ou autres personnels car certains
    bâtiments de la marine servaient de logements), pompaient dans les premiers jours qui suivaient les tirs de l’eau au
    moins légèrement contaminée ».
    La Polynésie n’a pas dit son dernier mot
    Ces documents déclassifiés apportent donc bel et bien de nouveaux éléments sur la catastrophe qu’ont été les essais
    nucléaires en Polynésie. L’affaire est loin d’être terminée. Les documents sont en train d’être épluchés par une équipe
    franco-américaine spécialisée sur la question. En 2010, l’équipe avait publié dans le British Journal of Cancer une grande
    étude associant l’augmentation du risque de cancer de la thyroïde à l’irradiation reçue suite aux essais nucléaires. On
    attend donc leur analyse.
    En parallèle, Bruno Barillot continue de batailler pour obtenir la suite des documents déclassifiés qui lui ont été
    accordés. « Normalement, il y a une deuxième déclassification (mais on l’attend toujours) de 180 documents. On ne
    connaît pas encore vraiment le contenu, mais on sait que cela concernera aussi le Sahara. Théoriquement, il y en aurait
    d’autres, mais je ne me fais pas d’illusions. Je pense que ces documents porteront surtout sur la période des essais
    souterrains. On ne peut que supposer… » Par ailleurs, seul un des documents déclassifiés correspond aux rapports
    officiels que le grand reporter Vincent Jauvert du Nouvel Observateur avait pu consulter aux archives.
    Voici un extrait de ce qu'avait pu lire notre confrère : « Vers 16 h, les premiers télégrammes alarmistes arrivent au PC
    de l’opération, le croiseur De Grasse. Le nuage radioactif est plus concentré que prévu, et surtout, il monte moins haut.
    Les vents de basses couches l’entraînent vers l’île habitée de Mangareva. À 23 h, il n’y a plus de doutes. » Une
    dépêche du responsable de la sécurité de Mangareva indique : « Ministre informé radioactivité non négligeable. Stop.
    Contamination au sol. Stop. Demande consignes pour décontamination et nourriture. Stop. » . Où sont donc passés ces
    documents ? Les essais nucléaires en Polynésie, mais aussi au Sahara n’ont certainement pas fini de faire parler d’eux.
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