• Fukushima : l'inquiétant défi de l'eau radioactive

    Par Yann Rousseau | 23/04 | 07:00

    De l'eau contaminée s'accumule dans les sous-sols de la centrale détruite.
    Le gouvernement a demandé à Tepco de trouver rapidement une solution.

    Deux membres de l'Agence internationale de l'énergie atomique inspectent le réacteur 4 de la centrale de Fukushima Daiichi. - Photo AFP
    Deux membres de l\'Agence internationale de l\'énergie atomique inspectent le réacteur 4 de la centrale de Fukushima Daiichi. - Photo AFP

    La pression s'accentue sur l'opérateur de la centrale de Fukushima, Tepco. Hier, l'Agence internationale de l'énergie atomique a averti qu'il fallait absolument renforcer la fiabilité des équipements vitaux de la centrale, après une série d'incidents qui pourraient, selon elle, être suivis d'autres. «  L'eau accumulée sur le site est le plus gros problème », a souligné une équipe d'experts de l'Agence.

    Vendredi, le gouvernement japonais a demandé à Tepco de trouver rapidement une solution pour répondre à l'accumulation d'eau contaminée sur le site de la centrale. Un nouveau plan devra être proposé dès le mois prochain. Si elle était toujours considérée comme délicate par l'opérateur, cette équation est devenue plus compliquée encore depuis que le groupe a découvert, début avril, que les gigantesques réservoirs souterrains dans lesquels il stockait l'essentiel de l'eau contaminée, récupérée dans les réacteurs, étaient défectueux et laissaient s'échapper des milliers de litres dans la nature.

    Tepco a déjà récupéré, partiellement traité et stocké 316.000 mètres cubes d'eau contaminée, mais il doit faire face à une accumulation sans fin d'eau radioactive dans la centrale. Pour éviter tout échauffement des coeurs des tranches, Tepco continue d'injecter chaque jour plus de 300 mètres cubes dans les réacteurs par le biais du circuit de refroidissement qu'il a reconstruit après la catastrophe.

    De nombreuses brèches

    Le groupe récupère l'essentiel de ces volumes d'eau qui se charge en éléments radioactifs lors de son passage dans les réacteurs. L'eau passe ensuite dans plusieurs systèmes de filtres qui vont permettre d'en retirer le césium et une partie des radionucléides. Une partie de cette eau « purifiée » est ensuite réinjectée dans le système de refroidissement de la centrale. Une autre est conduite vers les réservoirs de stockage.

    Malgré ce dispositif, les volumes d'eau ne baissent pas dans les sous-sols des réacteurs. Construite en contrebas d'une colline, la centrale subit en effet les écoulements d'eau de pluie qui descend des hauteurs du site. Cette eau, circulant dans les couches perméables du terrain, s'infiltre, par les nombreuses brèches provoquées par le séisme du 11 mars 2011, dans les fondations des bâtiments. «  Nous maintenons dans la centrale l'eau à un niveau inférieur à celui de l'eau souterraine et celle-ci se déverse donc automatiquement dans les sous-sols », explique Mayumi Yoshida de Tepco. Selon les calculs de l'électricien, entre 200 et 400 mètres cubes d'eau pénétreraient en moyenne, chaque jour dans les sous-sols et les tunnels.

    Chantier long et complexe

    Dans les prochaines semaines, Tepco devra expliquer comment il compte stocker l'eau contaminée sur le long terme et surtout endiguer l'accumulation de cette eau dans les sous-sols. La construction de nouvelles citernes extérieures est déjà lancée pour remplacer les réservoirs souterrains défectueux. Et le groupe prévoit de colmater les fondations des bâtiments pour empêcher les infiltrations. Mais ce chantier, extrêmement complexe, ne sera pas achevé avant 2017.

    En attendant, Tepco accélère la mise en place d'un système de récupération et de contournement des eaux souterraines, qui permettrait de freiner les infiltrations. Il a déjà construit une douzaine de puits sur les hauteurs du site afin de capter l'eau s'écoulant des collines. Il teste actuellement la radioactivité de cette eau, qu'il espère pouvoir à terme détourner vers des canalisations se jetant dans la mer. L'électricien affirme que les premiers prélèvements n'ont montré aucune dangerosité particulière. Mais, avant de pouvoir enclencher ce détournement, il doit encore obtenir l'accord des autorités et convaincre les associations de pêcheurs de la région de l'inoffensivité de ces rejets.

    Yann Rousseau

    Correspondant à Tokyo


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