• Le Kurdistan irakien, futur membre de l’OCDE ?

    mai 25, 2010 par fonzibrain

    Dans une interview accordée au site kurde Rudaw.net (18-05-2010)*, Mahir Kaynak, ancien directeur du MIT (Milli İstihbarat Teşkilat), service de renseignement turc, a déclaré qu’après le retrait des forces américaines d’Irak (et de sa région autonome), les Kurdes irakiens devront choisir entre se rapprocher de la Turquie et le statu quo, c’est-à-dire vivre avec les Arabes qui les haïssent du fait de leur collaboration avec l’ennemi.
    Mahir Kaynak pense qu’en cas de sécession du Kurdistan irakien, les Américains reconnaîtront le nouvel Etat, leur but étant, depuis la guerre de 2003, de partitionner l’Irak. Les Kurdes, dit-il, devront alors choisir parmi leurs voisins – Turcs, Perses, Arabes – celui qui correspond le mieux à leur intérêt. Selon lui, un Kurdistan indépendant pourrait – s’il le souhaite – fusionner avec la Turquie. Si c’était le cas, un statut de région fédérale lui serait accordé.
    Pour Kaynak, l’existence de cette région fédérale kurde ne modifierait pas le statut des Kurdes de Turquie, population ayant, dit-il, la même origine raciale que les Turcs et ne vivant pas seulement dans le sud-est du pays, mais dans toute l’Anatolie.
    La fusion du Kurdistan irakien avec la Turquie déboucherait sur l’entrée du Kurdistan (irakien) dans l’OCDE et un jour, peut être, dans l’Union européenne. Les pays de l’OTAN auraient alors le haute main sur les réserves de pétrole du nord de l’Irak et, surtout, sur le plus important château d’eau du Proche-Orient…
    * Exclusive interview with ex-MIT Director on Kurds and KRG, par Bawr Cham
    http://www.rudaw.net/details.aspx?lang=English&page=articles&c=Exclusive%20Interviews%20&id=22112
    france-irak. Gilles munier


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  • La Chine s’empare du pétrole Nigérien

    par ÇaDérange (son site) lundi 24 mai 2010

    Peut être n’avez vous pas noté que la Compagnie pétrolière nationale du Nigeria, la NNPC, venait de signer un énorme contrat avec la compagnie pétrolière chinoise CSCEC pour que cette dernière construise au Nigéria pas moins de Trois raffineries plus un complexe pétrochimique pour un montant d’investissement de pas moins de 23 milliards de dollars.

    Le Nigéria dispose pourtant déjà de quatre raffineries mais elles sont en si mauvais état et si mal gérées que le Nigéria est obligé, alors que c’est le huitième exportateur mondial de brut,d’importer la plus large part de ses produits finis pétroliers. Sans doute le Nigéria espère t il que la gestion des sociétés pétrolières chinoise sera plus "maitrisée" que celle des opérateurs locaux et qu’elle pourra ainsi passer dans le camp des producteurs et exportateurs de produits finis plutôt que dans celui des exportateurs de brut.

    Quant à la Chine qui est très présente partout où se trouvent des matières premières et des gisements pétroliers dans le monde et donc en Afrique, nul doute qu’elle poursuit de la sorte sur une vaste échelle sa politique de sécurisation de ses approvisionnements pétroliers pour le futur. Elle pourrait bien de ce fait se trouver vers les années 2050 comme le seul pays industrialisé au monde disposant d’une réelle sécurité d’approvisionnement pour ses industries, tant en matière d’énergie que de matières premières.

    Que faisons nous pendant ce temps ? Nous observons leur politique sans nous en soucier apparemment et sans nous poser en concurrent de la Chine dans cette course mondiale aux matières premières. On doit sans doute compter sur les pétroliers internationaux pour assurer notre approvisionnement futur ? Franchement ce n’est pas sérieux et il ne faudra pas s’étonner, à partir des années 2030/40, de nous retrouver pieds et poings liés face aux fournisseurs chinois.

    La Chine a annoncé clairement qu’elle comptait retourner à la position de plus grande puissance mondiale qu’elle possédait au 16eme siècle. Elle est en bonne voie d’y parvenir, et nous la regardons faire sans nous en inquiéter. Etonnant non ?

    Attention Danger !


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  • Basculement stratégique au Proche-Orient

    par Thierry Meyssan*

    L’échec du remodelage du Grand Moyen-Orient a laissé le champ libre à une nouvelle alliance, celle du triangle Téhéran-Damas-Ankara. La nature ayant horreur du vide, Moscou comble l’espace laissé vacant par Washington. Le vent a tourné et il souffle fort. En quelques mois, c’est tout l’équilibre régional qui a été bouleversé.

    L’équilibre du Proche-Orient a été entièrement modifié au cours des derniers mois. Tout d’abord, les capacités et les positions de plusieurs acteurs ont changé.

    • Les forces armées israéliennes, qui avaient enchaîné victoire sur victoire durant des décennies, ne sont plus capables de maîtriser le terrain. Au cours de leur offensive contre le Liban (2006), puis contre Gaza (2008), elle ont montré qu’elles ont accru leur puissance de destruction, mais qu’elles ne parviennent plus à atteindre les objectifs qu’elles se fixent, en l’occurrence détruire le Hezbollah et le Hamas. En outre, leur arsenal, alimenté autant que de besoin par les Etats-Unis, ne garantit plus leur domination. Leurs chars sont devenus vulnérables aux RPG russes, alors qu’ils formaient l’outil central de leur blitzkrieg. Leur marine est menacée par les missiles sol-mer livrés par la Chine au Hezbollah et désormais dotés des système anti-brouillage qui leur manquaient en 2006. Enfin, leur domination aérienne ne résistera pas longtemps à la prolifération des S-300 russes, en cours de livraison dans la région.
    • La quasi-indépendance du Kurdistan irakien organisée par les Etats-Unis, le développement économique de ce quasi-Etat sous tutelle israélienne, et le soutien trop visible des USA aux séparatistes kurdes du PKK ont contraint les militaires turcs à un revirement complet. L’Alliance atlantique n’apparaît plus comme la garante de l’intégrité territoriale turque et Israël devient un ennemi. Si Ankara veille à ménager Washington, le ton n’a cessé de monter avec Tel-Aviv depuis l’algarade opposant Recip Erdogan à Shimon Peres lors du Forum de Davos, à l’incident diplomatique relatif à la série télévisée La Vallée des loups.
    • Le chaos irakien et la création du quasi-Etat du Kurdistan ont contraint les Etats riverains à se concerter pour se protéger de la contamination. D’autant que Washington a tenté de les déstabiliser tous pour les tenir à l’écart du jeu irakien. Ainsi les Etats-Unis et Israël ont soutenu en sous-main les séparatistes kurdes de Turquie (PKK), ceux d’Iran (Pejak) et ceux de Syrie. Par conséquent, l’axe Iran-Syrie a fait place à un triangle Iran-Syrie-Turquie. Celui-ci dispose d’une légitimité historique sans équivalent. Depuis la Révolution islamique, l’Iran est le chef de file des chiites. Après la destruction du Baas irakien par Paul Bremmer, la Syrie est devenue le leader incontesté du camp laïque. Enfin, la Turquie, héritière du califat, est le berceau du sunnisme. A eux trois, ces Etats couvrent la presque totalité du champ politique proche-oriental. Cette alliance clos le chapitre du Divide et Impera (diviser pour régner), que les puissances coloniales avaient su appliquer pour dominer cette très vaste région. Elle met particulièrement un point final à la Fitna, c’est-à-dire à la guerre civile musulmane entre sunnites et chiites. Déjà le roi Abdallah d’Arabie saoudite avait invité le président iranien Ahmadinejad à faire avec lui le pèlerinage à La Mecque, dont il est le gardien. Mais la Turquie est l’héritière des Ottomans, et à ce titre incarne le sunnisme historique. De plus, pour Ankara, ce nouveau triangle élargit enfin un horizon bouché par les interminables atermoiements de l’Union européenne.
    • La dé-baasisation de l’Irak, c’est-à-dire la chasse ouverte contre les anciens cadres administratifs du pays, a provoqué un exode massif. En six ans, plus d’un million d’Irakiens ont été accueillis en Syrie. Cette hospitalité arabe inclut l’accès gratuit sans contrepartie aux établissements scolaires et universitaires ainsi qu’à l’ensemble du système de santé. Dans un premier temps, cette ample vague migratoire a provoqué une grave crise économique dans le pays, mais une fois digérée, elle lui apporte des cadres très qualifiés et une nouveau dynamisme.
    • Les troubles organisés par les Etats-Unis au Yémen ont contraint la famille royale saoudienne à soutenir la politique du roi Abdhallah d’apaisement avec la Syrie et l’Iran. Par voie de conséquence, le clan libano-saoudien Hariri a été prié de se réconcilier avec le président Bachar el-Assad et de reconnaître la légitimité de l’armement de la Résistance libanaise. Du coup, le résultat ambigüe des élections législatives truquées —gagnées en voix par la coalition conduite par le général Aoun et le Hezbollah, mais gagnées en sièges par la coalition pro-US formée autour du clan Hariri et de l’extrême-droite chrétienne— a changé de signification et ouvert la voie à un gouvernement d’union nationale. Tandis que des chefs de guerre comme le socialiste Walid Jumblatt opéraient un virage à 180° pour s’aligner sur le sens du vent.

    Cependant, cette évolution est fragile, Washington ayant peut-être la possibilité de déstabiliser la nouvelle troïka. Quoi qu’il en soit, plusieurs tentatives de renversement de Bachar el-Assad par des généraux corrompus ont été éventées avant même qu’ils ne puissent passer à l’acte.

    Les multiples attentats orchestrés par la CIA dans les provinces non-persanes d’Iran n’ont pas donné le signal de révoltes séparatistes. Tandis que la révolution colorée, organisée par la CIA et le MI6 à l’occasion de l’élection présidentielle, a été noyée par une marée humaine. Aux quelques dizaines de milliers de contestataires des quartiers nord de Téhéran a répondu une manifestation monstre de 5 millions de personnes. Enfin, Washington semble dans l’incapacité d’user une nouvelle fois du Gladio pour instaurer une dictature militaire en Turquie. D’une part parce que la nouvelle génération de généraux turcs n’est plus arc-boutée au kémalisme et d’autre part parce que le gouvernement démocrate-musulman de l’AKP s’est appliqué à démanteler l’Ergenekon (version actuelle du Gladio turc).

    Washington et Tel-Aviv peuvent aussi monter des dossiers mensongers pour justifier d’actions militaires. Ainsi ont-ils laissé entendre depuis 2007 qu’Israël aurait découvert et bombardé un centre de recherche militaire nucléaire en Syrie et que l’Iran conduirait un vaste programme de même nature. Plus récemment, les mêmes puissances ont accusé la Syrie d’avoir fait entrer des Scud au Liban. Toutefois ces imputations ne résistent pas plus à l’analyses que celles délivrées par le secrétaire d’Etat Colin Powell au Conseil de sécurité des Nations Unies à propos des prétendues armes de destruction massive irakiennes. Les diverses inspections de l’AIEA n’ont mit en évidence que des activités civiles, et la force de maintien de la paix des nations Unies au Liban a démenti la présence de Scud dans le pays.

    L’entrée en scène de la Russie

    La perte d’influence des Etats-Unis est si palpable que le général David Petraeus, commandant en chef du Central Command a sonné l’alarme à Washington. A ses yeux, le jeu joué par les Israéliens non seulement en Palestine, mais surtout en Irak, a plombé les projets états-uniens dans la région. Plus encore, l’enlisement des GI’s en Irak et en Afghanistan en fait des otages de la Turquie, de la Syrie et de l’Iran, seuls en mesure d’apaiser les populations révoltées. Dans une complète inversion des rôles, l’allié stratégique du Pentagone est devenu un boulet, tandis que ses ennemis régionaux sont ses boucliers.

    Prenant acte de l’échec du remodelage US du Grand Moyen-Orient, Moscou s’est repositionné sur la scène régionale lors du voyage du président Dmitry Medvedev à Damas et Ankara.

    Concernant les conflits avec Israël, la Russie a réaffirmé que le règlement politique devait être fondé sur les résolutions pertinentes de l’ONU (incluant l’inaliénable droit au retour des Palestiniens) et les principes de la conférence de Madrid (restitution des territoires occupés, dont Jérusalem-Est et le Golan syrien, en échange d’un Traité de paix). En outre, Dmitry Medvedev a confirmé la préférence russe pour la solution à deux Etats. Compte tenu de la présence d’un million d’ex-Soviétiques en Israël, Moscou veut prévenir un exode prévisible en cas de chute du régime sioniste. Dans cette perspective, il a souhaité une réconciliation entre le Fatah et le Hamas, et a rencontré Khaled Mechaal, le leader politique de la Résistance palestinienne, alors même que celui-ci est qualifié de « terroriste » par les Etats-Unis. Il s’agit bien d’un pas décisif de la Russie : le président Medevedev avait refusé par trois fois de recevoir M. Mechaal de passage à Moscou, il a cette fois eu une entrevue avec lui, et qui plus est à Damas. A cette occasion, le président russe a souligné l’urgence croissante de la situation humanitaire à Gaza et déploré le désintérêt de Washington à résoudre ce drame. Enfin, faisant allusion aux menaces israéliennes de bombarder les convois d’armes passant de Syrie au Liban, il a mis en garde Tel-Aviv contre une escalade de la tension.

    La Russie soutient le rapprochement politique et économique en cours entre l’Iran, la Syrie et la Turquie. Les trois Etats leaders au Proche-Orient sont entrés dans une phase d’intense coopération. En quelques mois, ils ont ouvert leurs frontières et libéralisé leurs échanges à marche forcée. Leurs économies bloquées par les années de guerre ont été soudainement ventilées. La Russie entend ne pas rester à l’écart de cette nouvelle zone de prospérité. Immédiatement, Ankara et Moscou ont abrogé la nécessité de visas pour leurs ressortissants. Ainsi un Turc peut entrer sans formalité en Russie alors qu’il n’y est toujours pas autorisé ni aux USA, ni dans l’Union européenne, bien que la Turquie soit membre de l’OTAN et candidate à l’UE.

    Moscou a créé des instances permanentes de concertation à haut niveau, aux plans diplomatique et économique, avec Damas et avec Ankara, qui contrastent avec la politique des Etats-Unis. En début d’année, la secrétaire d’Etat US, Hillary Clinton, avait sommé la Syrie de prendre ses distances avec la Résistance. Pour toute réponse le président Bashar el-Assad s’était immédiatement affiché aux côtés de son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad et du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah et avait signé un document ironiquement qualifé de « Traité de distance réduite ». La rencontre avait été improvisée de sorte que Khaled Mechaal n’avait pas eu le temps de s’y rendre, mais le Hamas était associé à la démarche. Mettant ses menaces à exécution, le président Barack Obama a répliqué en reconduisant pour deux ans des sanctions économiques contre la Syrie.

    Rosatom et Atomstroyexport, qui terminent la construction d’une centrale nucléaire civile en Iran (Bushehr) et sont en discussion pour de nouvelles, en construiront une autre en Turquie pour 20 milliards de dollars. Elle devrait être inaugurée dans sept ans. Un projet similaire est à l’étude en Syrie. Le manque d’électricité, dans une région qui a souffert des bombardements israéliens, est le principal handicap au développement économique. Du point de vue proche-oriental l’empressement russe à construire ces centrales n’est pas tant imputable à un appétit commercial qu’à une volonté de donner aux peuples concernés le moyen d’accélérer le développement économique que les Occidentaux leur ont si longtemps interdit. En outre Stroitransgaz et Gazprom vont assurer le transit du gaz syrien vers le Liban, Beyrouth étant empêché par son voisin israélien d’exploiter ses importantes réserves off shore.

    Au plan militaire, la Russie a pris livraison de sa nouvelle base navale en Syrie. Celle-ci lui permettra de rétablir l’équilibre en Méditerranée dont elle est plus ou moins absent depuis la dissolution de l’URSS. Elle a également confirmé la prochaine livraison de missiles S-300 à Téhéran afin de protéger l’Iran des menaces de bombardement états-uniennes et israéliennes.

    Tout en stigmatisant les provocations iraniennes, les diplomates russes ont répété qu’ils ne croient pas aux accusations occidentales à propos de prétendus programmes nucléaires militaires iranien ou syrien. Alors que le protocole des Etats riverains de la Caspienne ne prévoit qu’une fourniture d’armes à l’Iran si celui-ci était attaqué, le président Medvedev a évoqué une possible intervention directe de la Russie et mis en garde les Etats-Unis contre une guerre en Iran qui dégénérerait en Troisième Guerre mondiale. Sur ce fondement, il a apporté son soutient au projet de dénucléarisation de la région, c’est-à-dire de démantèlement de l’arsenal nucléaire israélien. L’affaire vient d’être portée devant l’AIEA.

    Moscou attache une importance particulière à aider la Turquie à régler ses contentieux séculaires avec la Grèce et l’Arménie, incluant les conflits de Chypre et du Haut-Karabagh. De la sorte, Ankara pourrait s’éloigner définitivement de Tel-Aviv et de Washington et reprendre sa complète indépendance. Des pas importants, mais insuffisants, ont été accomplis par le président Abdullah Gül vis-à-vis d’Erevan. Passant outre 95 ans de haine, la Turquie et l’Arménie ont établi des relations diplomatiques. D’autres avancées devraient suivre vis-à-vis d’Athènes avec la bénédiction du patriarche orthodoxe Cyril Ier de Moscou. De ce point de vue, la visite de Recip Erdogan en Grèce est un événement historique qui relance le processus de réconciliation en Mer Egée, amorcé dans les années 30 et interrompu par la Seconde Guerre mondiale.

    Bouleversant la stratégie US en Mer Noire et dans la Caspienne, Ankara a accepté un gigantesque investissement russe pour la construction d’un pipe-line reliant Samsun à Ceyhan. Il devrait permettre d’acheminer le pétrole russe de la Mer Noire vers la Méditerranée sans avoir à emprunter les détroits, impropres au transit de matières polluantes. Identiquement, Ankara étudie sa possible participation au projet de gazoduc russe South Stream. Si celle-ci devait être confirmée, elle rendrait inutile le projet concurrent des Etats-Unis et de l’Union européenne, Nabucco.

    En définitive, le soutien russe garantit la pérennité du triangle Téhéran-Damas-Ankara face à l’hostilité des Etats-Unis et de l’Union européenne. L’équilibre stratégique du Proche-Orient vient de basculer. L’onde de choc pourrait se propager au Caucase.

    *Analyste politique français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Il publie chaque semaine des chroniques de politique étrangère dans la presse arabe et russe. Dernier ouvrage publié : L’Effroyable imposture 2, éd. JP Bertand (2007).


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  • Le contrôle de l’Afrique par l’Africom par Thierry Meyssan

    Le Soudan (Darfour), la Somalie, AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) au Sahel, l’Afrique est un champ de bataille. Mais l’Afrique est aussi le terrain d’une guerre économique entre la Chine, l’Inde et le Brésil, trois puissances émergentes, et attise également les convoitises impérialistes étatsuniennes, toujours à la recherche de nouvelles exploitations pétrolières dans la guerre de l’énergie que l’hyperpuissance occidentale livre à la Chine. Une Afrique prospère et développée permettra à la Chine, qui ne fait pas d’ingérence dans la politique intérieure, de bénéficier de nouveaux marchés, en plus de l’Europe. D’après Wikipedia, en 1983, les planificateurs stratégiques des États-Unis ont placé la majeure partie du continent sous la responsabilité du Commandement européen parce que la majorité des pays africains étaient d’anciennes colonies européennes ayant conservé des liens politiques et culturels avec l’Europe. En 2006, un état-major spécifique pour l’Afrique fut créé. L’Africom (United States Africa Command) a commencé à fonctionner le 1er octobre 2008. Thierry Meyssan nous dévoile ici quelques points des intérêts et des enjeux néocolonialistes en Afrique.


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  • La Chine, une puissance néocoloniale en Afrique subsaharienne ?

    par JGP pour Blog Défense

    Les rapports entre la République Populaire de Chine et l’Afrique Noire datent des années 1950, à l’époque de la politique tiers-mondiste et de soutien des mouvements indépendantistes menée par Mao Zedong. Très vite, de nombreux pays africains fraîchement nés se rangent de son côté dans la lutte diplomatique qui l’oppose à Taiwan, notamment pour l’obtention de son siège à l’ONU.

    Le retour en force de ces dernières années, après un petit passage à vide débuté lors de la Révolution Culturelle, est perçu par de nombreux observateurs, pas seulement en Occident, comme une manifestation de néo-colonialisme. Le terme de Chinafrique, en référence à la Françafrique, est d’ailleurs passé dans le langage courant. Qu’en est-il exactement ?

    Une offensive de charme

    Depuis deux décennies, et notamment depuis 2006, appelée « Année de l’Afrique en Chine », Beijing s’emploie, pour accompagner sa forte croissance, à bâtir et consolider ses relations économiques avec le continent africain. Cette année-là, occasion de célébrer le 50ème anniversaire des relations diplomatiques sino-égyptiennes, eut également lieu en novembre le troisième forum sur la coopération sino-africaine, mobilisant la quasi-totalité des chefs d’états africains et consacrant la Chine comme le premier partenaire du continent. Hu Jintao avait déclaré à cette occasion que:

    « la Chine sera pour toujours un ami, un partenaire et un frère de l’Afrique »,

    l’idée étant de :

    « construire un nouveau type de partenariat stratégique entre la Chine et l’Afrique sur la base de l’égalité politique, la confiance mutuelle, la coopération économique, le gagnant-gagnant et les échanges culturels ». 

    Sommet de Beijing du Forum de coopération Chine-Afrique, rassemblant pour l'occasion les dirigeants de 48 pays africains du 3 au 5 novembre 2006

    Un peu plus tôt dans l’année avait été publié le Document sur la politique africaine de la Chine qui, pour la première fois, exposait de façon officielle les principes des relations sino-africaines et en dressait un bilan stratégique. Dès 2005, elle était devenue son premier fournisseur devant les États-Unis et la France, ainsi que son deuxième client derrière les États-Unis, après une multiplication par cinq des échanges depuis l’an 2000. En 2007, le commerce bilatéral représente 70 milliards de dollars. Cependant, si l’on compte l’UE comme une entité atomique, c’est bien cette dernière qui reste en tête.

    Ces initiatives récentes ne doivent pas faire oublier que dès les années 1990, la diplomatie chinoise a voulu montrer à l’Afrique qu’elle n’était pas un continent délaissé. Ainsi, depuis Qian Qichen en 1991, le ministre des affaires étrangères chinois réserve ses premiers déplacements de l’année à une tournée dans plusieurs pays africains. Et la Chine a beau jeu de souligner qu’au contraire, ses rivaux occidentaux ont souvent considéré l’Afrique comme quantité négligeable. Ainsi Xiao Fang, journaliste au Phoenix Weekly, rappelle que :

    « lorsque Bush s’est porté candidat aux élections présidentielles, il a dit franchement que l’Afrique n’appartenait pas à la sphère d’intérêt stratégique des États-Unis. »

    Parallèlement aux relations économiques, l’offensive se porte également sur le front culturel. Ainsi la Chine multiplie les ouvertures d’Instituts Confucius (l’équivalent de nos Alliances Françaises ou du Goethe Institut allemand), les échanges universitaires et étend le réseau de diffusion de Radio Chine Internationale, dont la première station à l’étranger a été implantée à Nairobi en 2006, avec des programmes en anglais, chinois et swahili. Il s’agit de promouvoir la culture, de susciter l’adhésion au modèle, de mettre en avant la notion de « monde harmonieux ».

    Une grande popularité

    Comme l’Asie du Sud-Est, l’Afrique est donc bien le terrain d’expression du soft power à la chinoise, d’ailleurs vanté par Joseph Nye, l’inventeur du terme (voir Un ouvrage sur le soft power chinois). Et l’Empire du Milieu y jouit d’une grande popularité, à faire pâlir d’envie nos représentants. L’étude publiée mi-2007 par l’institut américain Pew (Global Unease With Major World Powers) est particulièrement éloquente à ce sujet :

    « Across Africa, favorable views of China outnumber critical judgments by two-to-one or more in every country except South Africa, where opinion is divided ». 

    Alors qu’au niveau global, comme pour l’ensemble des puissances de niveau mondial, la tendance est beaucoup plus mitigée.

    Il est également intéressant de noter qu’en Afrique subsaharienne, l’influence chinoise est vue comme croissant plus rapidement et plus bénéfique que celle des États-Unis : 

    « Across sub-Saharan Africa, China’s influence is seen as growing faster than America’s, and China is almost universally viewed as having a more beneficial impact on African countries than does the United States ».

    Il faut dire que, contrairement aux puissances européennes, la Chine n’apparaît pas comme post-coloniale, n’ayant jamais possédé de colonies en Afrique, et s’étant rangée du côté indépendantiste. Par ailleurs, elle s’évertue, pour se différentier des États-Unis, à s’afficher comme un état du Sud, un pays en voie de développement, qui pour le moment reste en apparence largement à l’écart des affaires de politique intérieure africaine. Il s’agit bien là d’un trait caractéristique : la Chine ne pose aucune condition politique et de “bonne gouvernance” aux accords commerciaux qu’elle signe et ne fait aucune différence entre les démocraties et les (pires) dictatures, entre un Wade, un Zuma, un al-Bashir ou un Mugabe, ce qui contribue largement à la politique « Look East » de ce dernier. C’est une posture voulue de non-ingérence, que d’aucuns qualifieront de cynique et qui marque sa différence par rapport aux Occidentaux « donneurs de leçons ». Ces derniers, dans leurs relations aux pays africains (et à d’autres autour du monde, Chine y compris) sont pris entre leurs ambitions économiques, leur soutien aux droits de l’homme et leurs propres contradictions à ce sujet.

    Des termes de l’échange pourtant déséquilibrés

    Quand on y regarde de plus près, à quoi ressemblent les échanges économiques entre l’Afrique et la Chine ?

    Ce n’est un secret pour personne, la Chine est en premier lieu intéressée par les énormes réserves en énergie, minerais et matières premières de l’Afrique, qui doivent lui permettre de soutenir sa forte croissance économique en diversifiant et sécurisant ses sources d’approvisionnement. Pétrole du Golfe de Guinée (principalement Nigeria) de l’Angola ou du Soudan, bois du Cameroun, chrome du Zimbabwe ou fer d’Afrique du Sud, tels sont quelques uns des principaux centres d’intérêt de Beijing sur le continent. Cette ambition est soutenue par de larges investissements, souvent là où les Occidentaux n’osent pas ou plus aller. Soit parce que les pays concernés sont en marge de la communauté internationale (Soudan), soit parce que les Occidentaux y sont décrédibilisés (Beijing a profité de l’Angolagate pour gagner un contrat offshore face à Total en 2004), soit parce que les pays concernés ne sont pas des producteurs traditionnels (Mali, Sénégal, Niger, Mauritanie). Ainsi la Chine, plus que cliente, se pose en partenaire. La Sinopec (China Petroleum and Chemical Corporation) et la CNPC (China National Petroleum Corporation), les deux plus grosses compagnies pétrolières chinoises, réalisent des prospections pour le compte de nombreux pays, parfois avec succès (la production au Mali devrait débuter bientôt) et investissent dans les capacités locales de raffinage, voire dans les infrastructures locales (rénovation d’une ligne ferroviaire en Angola) en échange de contrats d’exploitation. Ailleurs, Beijing compose avec les majors, comme Total au Nigeria. Ces implantations locales s’accompagnent d’un afflux de main d’oeuvre, plus ou moins temporaire.

    Cet apport de main d’oeuvre est également alimenté par l’arrivée en Afrique de nombreuses entreprises chinoises de BTP, qui construisent des logements, des bâtiments administratifs, des barrages, des routes, des ponts…

    Un ouvrier chinois sur un chantier (Paolo Woods)

    Par ailleurs, l’Afrique constitue un formidable débouché pour une part croissante de la production manufacturière chinoise. Bien sûr, il y a les produits bon marché (le fameux textile et petit électroménager « made in China » bien connu de par le monde), adaptés à des consommateurs au pouvoir d’achat limité, qui concurrencent frontalement la production locale, au point que certains s’inquiètent de l’emprise des Chinois sur des pans entiers de l’économie, notamment informelle, et sur les freins à l’industrialisation que cela représente. Comme en Occident ou en Asie du Sud-Est, les quartiers chinois assez hermétiques constitués d’une importante diaspora commerçante (différente de celle citée plus haut) et vivant en circuit fermé sont de plus en plus mal vus par la population, au point que les premières manifestations anti-chinoises ont récemment eu lieu, par exemple à Yaoundé en 2009. Apport de main d’oeuvre et de produits chinois concurrençant les locaux, voilà qui ne contribue pas à la réduction du chômage africain. D’autant que les récriminations, activités minières  et sylvicoles obligent, concernent également l’environnement, un sujet qui n’est pas connu pour être le point fort de la Chine, y compris sur son propre territoire.

    Si l’on résume rapidement, la Chine, dans le cadre d’une stratégie assumée, achète du pétrole et des matières premières et vend des biens manufacturés à l’Afrique, tout en amenant sur le continent un important contingent de ses travailleurs et commerçants. Ce qui ressemble fortement, quoi que l’on en dise, à une structure des échanges néo-colonialiste, avec une balance des paiements en défaveur des pays africains. Ce qui n’est finalement pas très différent des relations que peut avoir l’Afrique avec d’autres puissances. Moeletsi Mbeki, frère de l’ancien président sud-africain et économiste politique, veut croire à un changement qui permettrait d’éviter des « frictions » :

    « The Chinese are great students of history. They are the oldest country in the world, so they know what relationships are sustainable and what relationships are not sustainable. They know perfectly well that a raw material export to China by Africa is not a sustainable relationship. It will cause friction in the future ».

    Hu Jintao a déjà indiqué que la Chine souhaitait que l’Afrique développe sa production de biens manufacturés afin que sa consommation de ses propres matières premières dépasse leur exportation.

    Chinafrique : une portée finalement limitée ?

    Les Occidentaux, surpris et agacés de voir Beijing investir avec un succès certain ce qu’ils considèrent comme l’un de leurs prés carrés, brandissent, au vu de ce qui précède, la menace d’une colonisation, voire d’une OPA, de la Chine sur l’Afrique. Tout en fustigeant, à juste titre, son soutien marqué aux dirigeants soudanais ou zimbabwéens.

    Cette offensive de la Chine, pays le plus peuplé du monde et en forte croissance économique, n’est pas limitée à l’Afrique subsaharienne, qui pour sa part compte un grand nombre de pays en voie de développement, qui ont besoin de gros investissements, et qui peuvent envisager l’arrivée d’un acteur non-occidental comme un moyen d’obliger les puissances traditionnelles à modifier leur attitude et s’impliquer d’avantage. Ainsi, ce qui choque avant tout, c’est l’augmentation exponentielle des échanges entre Chine et Afrique, selon un axe Sud-Sud, plus que leur valeur absolue. On ne peut également pas s’empêcher de rapprocher le terme « Chinafrique » brandi comme un slogan d’un autre qui a eu cours en son temps dans nos contrées pour marquer la peur de la Chine : le fameux « péril jaune ». Si Beijing, on l’a vu, sait embellir la réalité avec sa promotion de « partenariat équilibré » et du « gagnant-gagnant », son arrivée massive sur la scène africaine n’a pas fondamentalement transformé la structure économique de celle-ci.

    Vu de Chine, l’Afrique reste un partenaire (ou plus précisément un ensemble de partenaires) somme toute limité, puisqu’elle ne représente qu’environ 5% de son commerce extérieur. D’autant que les échanges sont essentiellement concentrés sur quelques pays : Nigeria, Afrique du Sud, Angola, Soudan, Égypte et Algérie. Ceci dit, Beijing voit arriver dans le rétroviseur, en plus des Occidentaux, le Brésil et surtout l’Inde, qui commence à s’intéresser elle aussi au continent noir. L’Inde, rival régional, est par ailleurs l’objet de la stratégie du collier de perles, que beaucoup voient comme un moyen de l’étouffer, et qui s’étend du Pakistan jusqu’à l’Île Maurice, au large de Madagascar. Où l’Afrique apparaît comme terrain d’expression d’un nouveau « grand jeu », aux acteurs légèrement différents. Pour cette raison, on ne peut, comme Jacques Barrat (La Chinafrique : tigre de papier ?), aller jusqu’à parler de « tigre de papier » pour qualifier la Chinafrique, même si les liens tissés ne sont pas (encore ?) de même nature que ceux de la Françafrique.

    Il ne reste que si l’Empire du Milieu veut renforcer sa stature de pays responsable et d’arbitre des relations internationales d’envergure mondiale, il lui faudra certainement revoir certaines de ses positions douteuses voire franchement détestables (cela pourrait également s’appliquer à d’autres pays) comme vis-à-vis du Soudan et du Zimbabwe (cf. le compte-rendu de la fête d’anniversaire de Mugabe à l’ambassade chinoise d’Harare). Le président américain Obama, en partie poussé par le nouveau rapport de force mondial, incite la Chine, ainsi que la Russie, à s’investir dans les grands dossiers mondiaux, et la stabilité de certaines zones africaines en fait partie. On peut d’ailleurs voir, pour finir sur une note d’optimisme, comme un signe positif la participation croissante des soldats chinois aux missions de la paix en Afrique, qu’il s’agisse de la MOMUC ou de la MINUL.

    Interview de Marie-Louise Bibish Mumbu

    Pour aller plus loin :

    • Barthélémy Courmont, Chine, la grande séduction, Essai sur le soft power chinois, Choiseul, 2009
    • Michel Beuret, Serge Michel et Paolo Woods, La Chinafrique, Pékin à la conquête du Continent Noir, Grasset, 2008
    • Eric Nguyen, Les relations Chine / Afrique, Studyrama, 2009
    • Philippe Richer, L’offensive chinoise en Afrique, Karthala, 2008

    Source : Alliance Géostratégique


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  • La Grèce... et après ?

    La Grèce se trouvait au bord du précipice : elle vient de faire un grand bond en avant. Je me demande même si quelqu’un ne l’a pas poussé. Car en définitive, cette crise (qui est terminée d’ailleurs…) doit tout de même bien en arranger quelques-uns. Le calcul n’est pas réservé aux économistes, et les hommes ont plus d’un tour dans leur sac. Ce qui se joue en ce moment, ce n’est pas la faillite de la Grèce, et encore moins la mise sous tutelle du capitalisme. En réalité, c’est toute la géopolitique qui se transforme actuellement, et c’est le monde tout entier qui va en subir les conséquences.

    Bien sûr, l’Europe va payer, que l’Allemagne le veuille ou pas. De toutes manières, ils en sont bien obligés, et en plus il y en aura bientôt d’autres. Le véritable problème est de savoir s’ils seront remboursés. Pour ma part je gage que non, car toute cette petite machine est bien pensée. Les Etats-Unis, qui ont réussi le fabuleux tour de force de nous entraîner avec eux dans la tourmente, sont en passe de reprendre la main sur l’Europe, en jouant finement la partie : la veille de l’appel au secours de la Grèce fut annoncée la volonté intangible du président américain de réguler la finance.

    Après avoir donc créé la panique par des pratiques injustes et scandaleuses que beaucoup dénonçaient bien avant que la crise se produise, les gouvernants de tous bords ont trouvé plus judicieux d’endetter les contribuables sur plusieurs générations que de punir les fautifs. Les banques, ainsi sauvées à peu de frais (pour elles), ont donc bien vite repris leurs petites habitudes, en prenant le soin de cacher au fond de leurs placards le reste de leurs actifs « pourris », c’est-à-dire en prêtant moins, car la réalité de leurs fonds propres doit être bien pire que ce qu’on imagine…

    Et pour cause, cela faisait déjà longtemps que la bourse montait, portée par le vent, et il fallait bien qu’un jour cela arrive. Mais pour éviter de montrer aux peuples l’immensité du vide séparant la réalité économique de l’illusion des marchés (qui doit correspondre à peu près à ce que les riches se mettent dans la poche), on a préféré temporiser.

    Mais les Etats, eux, qui ont soi-disant gagné de l’argent avec leurs prêts aux banques, se sont retrouvés avec les conséquences de l’assèchement du crédit, celui qui fait consommer, et donc produire. Un taux de chômage grimpant en flèche, et le risque pour eux de voir leur pouvoir remis en cause. Leurs déficits étant déjà abyssaux, ils ne peuvent plus se permettre d’emprunter à leur tour aux banques, car tous deux savent dans quelle situation l’un et l’autre se trouvent. La solution la plus simple donc, plutôt que de redemander aux banques une aide qu’elles ne peuvent pas leur offrir, consiste à demander (enfin à exiger plutôt) au peuple un nouveau sacrifice, celui de rogner sur ses salaires, ses aides sociales, sa retraite, sa santé…

    Pendant ce temps-là, les Etats-Unis, par l’intermédiaire du FMI, seront en mesure de prendre le contrôle effectif de la destinée des Etats entrés sous sa dépendance, en concurrence avec la Chine qui veut elle aussi sa part du gâteau. La situation paradoxale dans laquelle se trouve plongée la relation sino-américaine est digne d’un guerre froide économique, car le premier des deux qui lâchera l’autre fera plonger les deux géants. Ainsi, les américains vont tenter de se lier avec l’Europe, comme les Chinois le font avec l’Afrique.

    Le principe de cette alliance est l’achat implicite d’Etats qui, une fois au bord de la faillite, viendront quémander aux Etats-Unis leur aide, qu’ils leur accorderont sous conditions officielles, et officieuses : les officielles seront la nationalisation des banques pour remettre de l’ordre dans les comptes, la création d’une monnaie unique, et l’imposition de mesures drastiques pour le peuple, selon la loi du plus fort que le plus riche impose au plus pauvre. Cette sorte de tutelle économique donnera lieu à des partenariats bien spécifiques permettant aux Etats-Unis de peser dans la balance, et d’exiger de ses sbires à peu près n’importe quoi. Les officieuses, ce sont celles qui concerneront les alliances militaires, juste au cas où…

    Pris entre deux feux, nos dirigeants européens ne pourront que se soumettre, et faire payer aux peuples le prix de leur incurie. Pour rester en place, le plus haut possible dans la nouvelle hiérarchie ainsi dessinée (les derniers aidés seront les plus gros), ils seront donc contraints d’aller jusqu’au bout, et de faire respecter leurs engagements coûte que coûte. La régulation n’y changera rien, car tous les pouvoirs seront concentrés entre très peu de mains, encore moins de mains qu’auparavant. A quoi cela servirait-il ? la régulation, c’est la mort de l’équilibre instable qui soutient les deux géants que sont la Chine et les Etats-Unis.

    Alors, quand toutes les cartes seront distribuées d’un côté et de l’autre, il ne restera plus que deux solutions aux deux géants qui s’affrontent en se regardant grossir : la guerre, ou la mise en place d’un autre système que le capitalisme. Pour la guerre, on connaît bien ses vertus économiques, et il n’est pas besoin d’en dire beaucoup plus. Pour l’autre solution, c’est tout simplement la fin du capitalisme. La seule question véritable est de savoir si les Chinois s’allieront avec les Etats-Unis, ou leur feront d’abord la guerre.

    Mais il serait tout à fait envisageable pour les deux pays de se mettre d’accord pour se partager le monde en deux. Si pour le régime en place en Chine un monde sans capitalisme est rapidement adaptable, il est possible que pour les Etats-Unis et leurs alliés, cela soit plus difficile. Mais pour eux, le jeu en vaut la chandelle, et même si cette transformation doit se faire dans le sang, ils s’y résigneront sans doute : leur pouvoir est à ce prix.

    Et quand nous en serons là, le problème de la Grèce nous semblera bien moins important…

    Caleb Irri


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  • Chine/États-Unis : La Course à l’Or Noir

    Afrique, Amérique Latine, Asie Centrale, Moyen-Orient : les dirigeants chinois multiplient les voyages pour arracher contrats et concessions pétrolières sur les cinq continents. Mais ils se heurtent sans cesse à la présence des États-Unis.

    Longtemps protégés derrière leurs frontières naturelles et leurs convictions idéologiques, les dirigeants de Pékin n’ont plus le choix aujourd’hui : pour soutenir leur impressionnante croissance économique, ils doivent courir la planète à la recherche du précieux or noir. L’enquête de Jean-Christophe Klotz nous mène du Venezuela au Tchad, dans le sillage d’hommes d’affaires chinois dont les talents de négociateurs (selon le principe du “gagnant/gagnant“) sont largement reconnus. Alors que les Européens ont la réputation de lier leurs accords à des engagements formels sur les droits de l’homme ou la démocratie, les Chinois sont avant tout appréciés pour leur sens pragmatique des affaires, refusant de se mêler de la “politique intérieure” des États avec qui ils commercent. Des contrats sont donc signés à tour de bras avec, en échange pour les pays signataires, le précieux soutien de l’Empire du Milieu dans le domaine du développement des infrastructures, et la possibilité pour ce dernier de brandir son droit de veto aux Nations Unies pour protéger ses fournisseurs et obligés, le Darfour ou l’Iran par exemple. Sur ce point, la Chine et les États-Unis, qui déjà rivalisent sur le terrain dans la course au pétrole, sont en opposition frontale…

     

    Cet article a été publié à avril 24, 2010 à 8:20 et est archivé sous Afrique


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  • La périlleuse transition de l’Egypte vers l’après Moubarak

    L’approche du scrutin présidentiel en Egypte, prévu en 2011, ravive les spéculations sur la succession d’Hosni Moubarak (81 ans), qui se garde toujours de se prononcer pour ou contre un sixième mandat. Le Raïs vient d’ailleurs de reprendre ses fonctions jeudi dernier - au terme de plus d’un mois de convalescence suite à une opération médicale - dans un climat tendu où commence à peser l’incertitude sur le devenir d’un pays fragilisé.

    En 1977, Anouar Sadate créa l’évènement en se rendant en Israël pour initier ce qui alla aboutir, un an plus tard, à l’accord de paix entre l’Egypte et l’état Hébreu. Le défunt successeur de Nasser entendait ainsi tourner la page du Nassérisme pro-Arabe, né en 1952, dont la politique mena le pays à la confrontation militaire avec Israël, à trois reprises déjà, et la perte de nouveaux territoires au profit d’un état qui se voulait "dynamique et orienté vers l’expansion", pour reprendre la formule de l’un de ses fondateurs, David Ben Gourion.

    Cet évènement fut suivi par l’apparition brusque d’une nouvelle crise, celle de l’Arabisme, qui vint s’ajouter aux déchirements intellectuels que connaissait le monde Arabe. Ce denier vivait, en effet, la crise de "l’idéologie islamique traditionnelle", apparue au milieu du XIXème siècle, en réaction au grand écart de l’islam de l’époque, tant officiel que populaire, par rapport à la pensée et aux pratiques islamiques de l’âge d’or du monde Arabo-Musulman. Il s’exposa ensuite à la crise du "libéralisme Arabe" à l’européenne, apparue à la veille de la seconde guerre mondiale et cristallisée par l’échec en Palestine (1947-1948). Enfin, la défaite des armées Arabes lors de la guerre des Six Jours en 1967 plongea l’Egypte et le reste du monde Arabe dans une nouvelle crise, celle du "socialisme Arabe" jusque-là perçu comme "voie d’autonomie entre le libéralisme discrédité et le communisme ignoré ou refusé" (*).

    "Communistes marxistes et fondamentalistes musulmans, dont certains étaient en réalité des autonomistes anti-arabistes, avaient été obligés jusque-là d’épouser l’idéologie des nationalistes arabes tellement celle-ci correspondait aux sentiments des masses. Quand le président Sadate décida de poursuivre une politique strictement égyptienne, et encouragea une campagne de presse destinée à justifier la nouvelle orientation, les non-arabistes, en Egypte et ailleurs, relevèrent la tête ; les évènements du Liban et d’Iran ne firent qu’accélérer le mouvement".

    Enfin, l’assassinat du président Sadate, en 1981, fit basculer l’Egypte dans une nouvelle phase marquée par le durcissement du régime et un règne politique sans partage d’Hosni Moubarak, consacré à coups de réélections à des scores dépassant les 95% sauf pour le dernier scrutin de 2005 - première élection officiellement multipartite du pays - pour lequel le Raïs se fit tout de même crédité d’un confortable 88,5%.

    Aujourd’hui, force est de constater que l’évolution de la situation au Proche et au Moyen-Orient, où les deux autres grands pays musulmans de la région que sont l’Iran et <st1:personname productid="la Turquie" w:st="on">la Turquie</st1:personname> s’orientent vers le développement et la prétention à de nouveaux rôles géostratégiques, contraste avec un bilan très mitigé des vingt neuf ans de règne d’Hosni Moubarak à la tête de l’Egypte.

    En effet, l’échec de l’opération d’Israël à Gaza, en 2009, n’a pas manqué d’induire celui du pouvoir égyptien dans son pari désespéré sur une solution négociée en Palestine, alors que sur le plan interne tout ou presque laisse présager d’une périlleuse transition vers l’après Moubarak, compte tenu de la situation socio-économique désastreuse du pays et de la crise politique intérieure, sans oublier l’extrême vulnérabilité de l’économie du pays Arabe le plus peuplé (82 millions d’habitants) à toute crise de l’eau qui se profilerait à l’horizon.

    Concernant ce dernier point, le pouvoir égyptien qui avait négligé ces dernières années la profondeur stratégique du pays en Afrique, particulièrement dans ses relations avec le Soudan et les pays abritant les sources du Nil (Ethiopie, Kenya, Ouganda, Tanzanie, Rwanda, Burundi, Érythrée), fait front actuellement à la volonté des pays "déversants" de modifier les conditions de partage en vigueur, qu’ils jugent en leur défaveur. L’objectif de ces pays vise, à travers l’institution du vote des décisions à la majorité et non à l’unanimité, à pouvoir se soustraire au veto de l’Egypte ou du Soudan, notamment lors de toute construction de barrage sur le Nil. Le pouvoir égyptien, assuré sans doute du soutien américain, vient d’ailleurs de rejeter ce lundi un nouveau plan de partage des eaux du Nil et toute initiative unilatérale des pays riverains, menaçant de se réserver "le droit de prendre toutes les mesures pour défendre ses droits".

    Il n’empêche que l’ancien pays des pharaons risquerait, tôt ou tard, d’être menacé dans son exploitation des ressources du Nil, si le pouvoir égyptien continue à s’y méprendre, et il n’est pas exclu que le Gouvernement d’Israël soit derrière la complication des négociations en cours. Il faut rappeler, en effet, que le chef de la diplomatie Israélienne, le très controversé Avidor Liberman, qui menaça par le passé publiquement l’Egypte de détruire le haut barrage d’Assouan, visita l’an dernier cinq pays Africains, dont justement l’Ethiopie, le Kenya et l’Ouganda, à la tête d’une forte délégation où étaient représentés les secteurs de l’agriculture, de l’eau et de l’armement.

    L’évolution récente des relations israélo-égyptiennes, refroidies depuis l’opération de Gaza et à un an des élections présidentielles en Egypte, confirme ainsi que l’état hébreu accorde la plus haute importance au déséquilibre démographique entre les deux pays, et que le moyen de pression, voire l’arme dissuasive, de prédilection d’Israël à l’égard de son voisin de l’ouest est justement celui de la sécurité de l’eau.

    Devant tant de difficultés, le pouvoir égyptien semble, à l’image du Raïs vieillissant et fatigué, sombrer ou en tous cas à la défensive, comme en témoigne la construction du mur de barrières métalliques sur la frontière avec la bande de Gaza assiégée, ou encore l’ampleur démesurée qu’a prise l’élimination du onze égyptien de la coupe du monde de football de 2010 face à son homologue algérien !

    En attendant donc le scrutin de 2011, les mouvements de soutien aux successeurs potentiels de Moubarak continueront, sauf imprévu, à alimenter la chronique. Les spéculations portent sur le propre gendre du Raïs, Gamal Moubarak (47 ans), qui préparerait un scénario à <st1:personname productid="la Syrienne" w:st="on">la Syrienne</st1:personname> depuis 2004, selon les observateurs avertis de la scène politique en Egypte. D’autres préfèrent miser sur le tout-puissant chef des services de renseignement, le général Omar Suleiman (74 ans), autre prétendant sérieux et favori de l’armée pour mener une transition sans encombres vers l’après Moubarak. Enfin, une troisième partie de l’opinion égyptienne, sans doute celle qui tient le plus au changement, penche vers l’ancien patron de l’Agence internationale de l’énergie (AIEA), le mystérieux et entreprenant Mohammed El Baradei (67 ans), auquel il appartient encore de provoquer la levée des obstacles institutionnels qui se posent à son hypothétique candidature.

    Mais, force est de constater que, quelque soit le futur nouveau Raïs égyptien, la transition vers l’après Moubarak s’avère être une entreprise à hauts risques, tant le pouvoir en place et le milieu d’affaires se trouvent gangrenés par la corruption et le champ politique miné. Le peuple égyptien, si attaché à sa patrie, est à même de relever le défi. En sera-t-il de même du futur leader égyptien dans un pays si fragilisé et une région si sensible ?

    Ben Khabou (21 avril 2010).

    (*) In "Islam et Modernité", A. Laroui (1987). La découverte, Paris. 1987.


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  • La recomposition géopolitique programmée du Moyen-Orient

    par Pierre Hillard

    Voir aussi :

    Le 3eme pilier

    La Fondation Bertelsmann

     

    Les tensions et les violences qui secouent le Moyen-Orient depuis l’intervention israélienne au Liban, le 12 juillet 2006, ne sont que la partie visible d’un immense enjeu politique, économique, religieux et philosophique opposant l’Occident aux Etats islamiques de la région. L’occupation américaine de l’Irak en mars 2003 a permis le lancement d’un projet révolutionnaire en vue de remodeler une vaste zone géographique allant du Maroc au Pakistan: le Grand Moyen-Orient. Derrière cette appellation, c’est une recomposition profonde qui attend ces pays musulmans. Beaucoup de théories et de supputations courent sur les ambitions des Etats-Unis et d’Israël au sujet de la politique poursuivie par leurs dirigeants. Cependant, des signes avant-coureurs apparaissent et permettent d’apercevoir concrètement les plans en cours. C’est tout l’enjeu des cartes ci-jointes appelant à recomposer le Moyen-Orient.

     

    Ces cartes (« before » : situation en 2006 (ci-dessus) et « after » : situation après recomposition (ci-dessous)) sont parues dans une revue militaire américaine, AFJ (Armed Forces Journal), en juin 2006 sous la plume d’un lieutenant-colonel américain à la retraite, Ralph Peters. Ce dernier s’est illustré dans une division d’infanterie mécanisée à partir de 1976 pour, ensuite, poursuivre ses activités dans le renseignement militaire en 1980. Auteur de nombreux ouvrages traitant de la stratégie et des relations internationales, Ralph Peters s’est retiré officiellement de l’armée en 1999. Cependant, ses contacts restent étroits avec ce milieu puisqu’il fait partie de l’équipe dirigeante d’AFJ. Cette revue n’est qu’une partie d’un véritable empire de la presse militaire américaine. Fondé en 1863, ce mensuel s’adresse aux officiers des Etats-Unis traitant de sujets aussi variés comme : la technologie militaire, la logistique, la stratégie, la doctrine ou encore la tactique. En fait, AFJ est coiffé par une maison mère, Army Times Publishing Company, dont les publications s’articulent autour de trois axes :

    1) The Military Times Media Group qui publie: Army Times, Navy Times, Air Force Times et Marine Corps Times.

    2) The Defense News Media Group, groupe mondial des revues de défense et qui publie: Defense News, Armed Forces Journal (AFJ), Training § Simulation Journal et C4ISR Journal (renseignement, surveillance et reconnaissance).

    3) The Federal Times, hebdomadaire d’informations traitant des nouvelles technologies et des sujets financiers.

    Depuis le 1er août 1997, Army Times Publishing Company est une filiale d’un groupe encore plus puissant, la société Gannett. Fondé en 1906 par Frank Gannett, cet empire de presse et des médias publie aux Etats-Unis près de 90 quotidiens dont les plus connus sont USA Today et USA Weekend et contrôle 22 stations de télévision. Ses activités débordent aussi au Royaume-Uni puisque 17 quotidiens sont sous son influence. L’ensemble génère des revenus financiers colossaux estimés à 7,6 milliards de dollars pour 2005.

    Cette présentation permet de mieux saisir dans quel milieu la revue AFJ évolue et la signification des travaux de Ralph Peters. En effet, les propositions de ce dernier et les appels lancés à un changement radical des frontières du Moyen-Orient ne sont évidemment pas le résultat des réflexions d’un seul homme soucieux d’occuper son temps. De nombreuses études ont été lancées au sein des instances militaires américaines comme dans de nombreux think tanks appelant à revoir les limites frontalières de ces Etats. Comme le montre la carte (« after »), les modifications apportées aux frontières sont le fruit d’une lente mais sûre réflexion intellectuelle dont la publication dans une revue militaire américaine de haut rang n’est pas l’effet du hasard. Le but recherché est aussi de tester les réactions en particulier celles des musulmans de la région. Cela dit, il ne faut pas voir ce document comme définitif. En fait, c’est un prototype susceptible de connaître des changements que certains appelleraient des variables d’ajustement. En réalité, l’intérêt majeur de ces travaux est de révéler que les instances militaires et politiques des Etats-Unis se sont résolument engagées dans un domaine en n’hésitant plus à l’officialiser. En même temps, cette entreprise doit se faire en adéquation avec Israël concerné au premier chef par ces bouleversements. A l’égard de ce pays, Ralph Peters se définit comme un ami « de longue date » (New York Post, 22 juillet 2006).

    L’article de ce militaire américain, intitulé « Frontières ethniques, que faire pour améliorer le Moyen-Orient », part du principe qu’il faut lever le tabou de la sacro-sainte frontière inamovible. Pour l’auteur, les nouvelles frontières doivent se modeler en fonction du critère ethnique et confessionnel. Même s’il n’est pas possible de tracer des frontières respectant la totalité des particularismes en tout genre nombreux et numériquement très variables, il faut pour Ralph Peters se rapprocher au maximum de ce concept.

    Comme il le souligne : « Nous parlons de difformités énormes faites par les hommes qui n’arrêteront pas de générer la haine et la violence tant qu’elles n’auront pas été corrigées ». Dans son esprit, il s’agit de remettre radicalement en cause les frontières nées des Accords Sykes-Picot de 1916 préparant le démantèlement de l’Empire ottoman.

    En observant l’ensemble de cette zone en partant de la Péninsule arabique, on constate immédiatement le démantèlement du royaume d’Arabie Saoudite. Les propos de l’auteur sont très clairs à l’égard d’un pays qui a bénéficié de la protection américaine suite aux discussions entre le président Roosevelt et le roi Ibn Saoud, le 14 février 1945, à bord du croiseur USS Quincy. Désormais, le royaume d’Arabie Saoudite passe à la trappe. Deux grandes entités territoriales échappent à l’autorité de Riyad. Sur la côte Ouest, il s’agit de créer un « Etat sacré islamique ». Comme le précise Ralph Peters dans des propos lourds de conséquences : « La cause principale de la large stagnation du monde musulman réside dans le traitement réservé à la Mecque et à Médine considérés comme leur fief par la famille royale saoudienne. Les lieux saints de l’Islam soumis au contrôle de la police d’Etat de la part d’un des plus bigots et oppressifs régimes au monde ont permis au Saoud (ndlr : la famille régnante d’Arabie Saoudite) de projeter leur croyance wahhabite à la fois intolérante et disciplinée au-delà de leurs frontières. (…) Imaginez comme le monde musulman se sentirait mieux si la Mecque et Médine étaient dirigés par un Conseil représentatif tournant issu des principales écoles et mouvements de l’Islam dans le monde au sein d’un Etat sacré islamique – une sorte de super Vatican musulman – où l’avenir de la foi serait débattu au lieu d’être arbitrairement fixé ».

    Ce point est capital puisqu’il révèle la volonté de réformer l’Islam afin de l’adapter aux principes occidentaux. Une sorte « d’Islam des Lumières » élaboré au cœur de cet Etat sacré islamique permettrait de rayonner sur l’ensemble du monde musulman et de remodeler les esprits afin qu’ils épousent pleinement la philosophie mondialiste. Il est vrai que contrôler les esprits a toujours permis de contrôler les hommes. C’est d’ailleurs dans le même ordre d’idée que l’on retrouve ces mesures préconisées par la Fondation Bertelsmann, think tank allemand qui, dans ses travaux débattus dans le cadre des « Discussions de Kronberg » en 2002 et 2003 (Europe, the mediterranean and the Middle East, strengthening responsibility for stability and development et Die Zukunft der europäischen Politik im Nahen Osten nach dem Irak Krieg), relève l’inadéquation de l’Islam à l’évolution du monde moderne et prône une refonte des mentalités et la remise en cause des frontières. Ces recommandations allemandes soulignent aussi la convergence des buts à atteindre de part et d’autre de l’Atlantique pour refondre entièrement le Moyen-Orient. Il est vrai aussi que les concepts ethno-confessionnels développés par Ralph Peters cadrent parfaitement avec la vision ethniciste germanique.

    Sur la côte du Golfe persique, c’est la province de Hassa dont la population est majoritairement chiite qui est détachée de l’Arabie Saoudite et intégrée à un « Etat chiite arabe », vestige d’un Irak littéralement explosé. L’application de cette mesure entraînerait la mort économique du royaume car c’est à cet endroit que se concentre l’essentiel de l’extraction des hydrocarbures autour de la triade Dammam-Dharhan-Al-Khobar. L’Etat chiite arabe verrait ses réserves pétrolières et gazières monter en flèche et deviendrait incontournable car, outre les vastes ressources de Hassa et de la production off-shore, il faudrait ajouter celles de la région de Bassora (ex-Irak) et des provinces arabes iraniennes, détachées de Téhéran, riches en hydrocarbures jouxtant le Chatt el-Arab (Arabes chiites du Khouzistan et Arabes sunnites du Bouchir). De plus, Riyad perdrait ses provinces du Sud (Jizrane, Najran et l’Assir) au profit du Yémen, territoires acquis en 1934 lors du Traité de Taëf, et qui ont conservé leur identité yéménite. Enfin, la curée sera complète avec l’octroi d’une façade maritime à la Jordanie, Etat pro-occidental, en arrachant à l’Arabie Saoudite les provinces de Tabouk et une partie du Jouf.

    La destruction du royaume des Al Saoud affichée par la carte (« after ») de Ralph Peters n’est que la confirmation de projets élaborés au sein de certaines instances américaines. David Rigoulet-Roze, spécialiste du Moyen-Orient, dans son ouvrage « Géopolitique de l’Arabie Saoudite » (Editions Armand Colin) le souligne clairement :

    « Il y eut notamment la publication le 6 août 2002, par le Washington Post, d’un briefing qui a eu lieu le 10 juillet 2002 au Defense Policy Board (DPB, ndlr : organisme de planification stratégique créé en 1985 par Donald Rumsfeld), alors dirigé par le très influent Richard Perle, surnommé le Prince des ténèbres lorsqu’il officiait au Pentagone entre 1981 et 1987 sous l’administration Reagan. Au cours de ce briefing, l’Arabie Saoudite avait été qualifiée par Laurent Murawiec, un analyste du prestigieux centre de recherches stratégiques de la Rand Corporation, de pays ennemi. (…) Pire encore, Murawiec avait évoqué la légitimité de sanctions, dont le gel des avoirs saoudiens, voire… la scission de la province orientale du royaume renfermant ces gisements et ces réserves pétrolières qui font de l’Arabie le maître du quart des réserves d’or noir.

    (…) Quelques temps seulement après l’affaire Murawiec, c’était au tour d’un think tank proche des néo-conservateurs, le Hudson Institute – dont Perle est membre, et où officie désormais Murawiec – de reprendre et de développer les idées avancées par le DPB. Etait alors ouvertement évoqué un plan de démantèlement de l’Arabie Saoudite qui, en réalité, existe depuis la fin des années 70, à l’initiative d’Henry Kissinger, alors Secrétaire d’Etat de l’Administration Nixon. (…) C’est également dans le même ordre d’idées que semble s’inscrire un rapport remontant à la fin de l’année 2002, circulant au plus haut niveau dans les milieux officiels de Washington. Il envisagerait rien moins que le démembrement pur et simple de l’Arabie Saoudite selon le scénario suivant : les Lieux saints de la Mecque et de Médine se verraient confiés aux Hachémites qui, en tant que descendants du Prophète, bénéficient d’une légitimité qui fait largement défaut à la dynastie des Al Saoud et la province du Hassa serait poussée à faire sécession dans le but de se constituer en Emirat pétrolier. »

    Les révélations de ce spécialiste français continuent sur la même lancée puisqu’il affirme la volonté des Etats-Unis de favoriser une « recomposition politique radicale du Moyen-Orient qui passerait notamment en Irak même par une dévolution du pouvoir à la majorité chiite par les grâces d’une démocratie arithmétique ». C’est justement ce que révèle la carte (« after ») de Ralph Peters où l’Etat irakien a disparu au profit d’un Etat chiite arabe et d’un résidu appelé « Irak sunnite » que le militaire américain propose même d’unifier à la Syrie qui, entre-temps, a perdu sa façade maritime au profit d’un Grand Liban. Il est même évoqué sous sa plume la renaissance de l’antique Phénicie (Phoenecia reborn) tandis que l’Etat d’Israël est conservé dans ses frontières d’avant 1967. Il est étonnant de constater, en raison du véritable chambardement des frontières au Moyen-Orient, que Ralph Peters conserve le territoire de la Cisjordanie (west bank) au rang de statut indéterminé. Peut-être que le statut définitif de Jérusalem, siège de trois grandes religions, nécessite de ne pas révéler tout de suite l’avenir d’une zone éminemment convoitée.

    En tout cas, la partition de l’Irak sur la carte (« after ») commence à prendre forme sur le terrain. L’ambassadeur britannique à Bagdad, William Patey, et le général américain John Abizaid ont clairement affiché leurs craintes d’une guerre civile suivie d’une division du pays comme l’a révélé un document confidentiel publié par la BBC (Spiegelonline, 3 août 2006). Leurs affirmations ne font que confirmer les propos du journal d’Istanbul, Vatan, qui évoquait les propos tenus à des représentants turques par des responsables américains, début 2006, au sein des think tanks de Washington : « Arrêtez de vous soucier de l’intégrité territoriale de l’Irak. En réalité, ce pays est déjà divisé ! Vous [les Turcs] feriez mieux de vous préoccuper maintenant de votre Sud-Est [région à majorité kurde]. Essayez d’imaginer quelles seront les répercussions de l’autonomie du Kurdistan irakien dans votre pays » (Courrier International n°805).

    C’est d’ailleurs le même son de cloche de la part des dirigeants européistes de Bruxelles qui susurrent à Ankara que « Si la Turquie se séparait de son Sud-Est, elle entrerait plus facilement dans l’Union européenne » (Courrier International n°805). L’ethno-régionalisme prôné par les instances bruxelloises ne ferait qu’accélérer le phénomène de décomposition de l’Etat turc. Finalement, les propos de Ralph Peters ne font que confirmer ces prises de position puisqu’il ajoute qu’un cinquième de la partie Est de la Turquie est un « territoire occupé » et qu’un « Kurdistan libre, s’étendant de Diyarbakir jusqu’à Tabriz deviendrait l’Etat le plus occidental entre la Bulgarie et le Japon ».

    La création d’un Etat kurde (Free Kurdistan) construit à partir des territoires Sud-Est de la Turquie, du Nord de la Syrie et de l’Irak, et de l’Ouest de l’Iran aboutirait à l’émergence d’un bloc estimé à environ 30 millions d’habitants. Fort des installations pétrolières de Kirkouk, cet Etat kurde pro-américain serait avec l’Etat chiite arabe les deux grands pôles de la production d’hydrocarbures et de gaz du Moyen-Orient. L’importance de cet Etat kurde serait d’autant plus grande que l’oléoduc BTC évacue le pétrole de la Mer Caspienne à partir de Bakou (Azerbaïdjan), passe par Tbilissi (Géorgie) pour, ensuite, traverser tout le Sud-Est de la Turquie et aboutir à Ceyhan en Méditerranée. Les Kurdes seraient donc les grands maîtres de ce corridor énergétique voulu par les Américains en 1994. En plus du pétrole, il faut ajouter l’autre grande richesse, l’eau. Le « Grand projet anatolien » (GAP) poursuit l’objectif, grâce à 22 barrages, de dompter le Tigre et l’Euphrate qui prennent leurs sources dans les montagnes kurdes. L’achèvement de ce projet qui doit avoir lieu vers 2013, permettant l’irrigation de 1,7 million d’hectares et la production d’électricité, sera une arme redoutable aux mains de l’Etat kurde et pèsera lourdement sur la vie des habitants de tout le Moyen-Orient.

    A l’Est des Etats kurdes et chiites, l’Iran est remodelé en fonction des critères ethniques. Après avoir cédé sa partie kurde, la zone turcophone du Nord est octroyée à l’Azerbaïdjan. En revanche, la province iranienne du Khorasân s’agrandit vers l’Est en acquérant le territoire Ouest de l’Afghanistan, la région de Hérat, en conformité avec la volonté de Ralph Peters de reconfigurer la région selon les critères ethno-linguistiques. Comme le confirme Bernard Hourcade, directeur au CNRS (équipe de recherche : monde iranien), dans son ouvrage « Iran, nouvelles identités d’une République » (Editions Belin) : « L’immense province de Khorasân, (…) les limites anciennes incluaient les régions de Hérat dans l’actuel Afghanistan et celles de Samarcande et Boukhara en Ouzbékistan ». Enfin, un « Baloutchistan libre » (Free Baluchistan) est créé à partir des deux entités iraniennes et pakistanaises tandis que l’Afghanistan se voit agrandi au dépens du Pakistan jusqu’au fleuve Indus afin d’y rattacher les populations pachtounes. L’Etat pakistanais réduit de près de la moitié de sa superficie verrait sa puissance économique fortement amoindrie au point d’être incapable de servir d’allié de revers au profit de la Chine face à l’Inde. Sur ce point, les Etats-Unis seraient gagnants. Seuls des Etats comme Oman, le Qatar, les Emirats arabes unis et le Koweït échappent à ces modifications. Cependant, cette carte (« after ») étant un prototype, rien n’interdit à leurs concepteurs de se rattraper. En tout cas, la finalité américaine est de contrôler tout ce Moyen-Orient par la parcellisation ethnique et religieuse selon le bon vieux principe « diviser pour régner ». Les Etats-Unis, cherchant à s’assurer la production d’hydrocarbures à leur profit, seraient en mesure de priver la Chine, puissance montante et rivale, de l’arme énergétique si nécessaire à son accession à la cour des grands.

    L’impression générale qui se dégage du remodelage annoncé par cet auteur comme de la part de nombreux think tanks américains et allemands est celle d’un bouleversement mettant à feu et à sang ces pays du Moyen-Orient. En effet, on ne voit pas ces Etats se laisser charcuter, voire disparaître, sans se laisser faire. Comment réagira, par exemple, le Pakistan qui possède l’arme nucléaire ? En réalité, l’objectif est d’intégrer ces immenses territoires à la sphère d’influence occidentale. Le discours de Joschka Fischer à la 40è Conférence de Munich sur la politique de sécurité dans le cadre de l’OTAN, le 7 février 2004, annonçait la volonté du monde occidental de mettre ces pays du Moyen-Orient aux normes euro-atlantistes. Ces mesures furent confirmées par « l’alliance germano-américaine pour le XXIè siècle » signée, le 27 février 2004, entre le président Bush et le chancelier Schröder à Washington, annonçant la couleur : « Nous devons construire un véritable partenariat qui relie l’Europe et l’Amérique aux Etats du Proche et Moyen-Orient (…) ». Cette immense construction politique et métaphysique doit obligatoirement obéir à des règles communes qui sont politiques, économiques et civilisationnelles.

    Une logique, mais une logique folle, anime les concepteurs de ce projet. C’est le think tank German Marshall Fund (GMF) qui, indirectement, a révélé l’engagement profond des instances atlantistes. En effet, il s’est engagé sous l’égide du très influent Bruce Jackson à développer une nouvelle politique en Mer Noire intitulée « A new euro-atlantic strategy for the Black Sea region ». Il s’agit en liaison avec l’Union européenne de créer une eurorégion de la Mer Noire qui doit voir le jour pour 2007 selon les affirmations de Giovanni di Stasi, président du Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux d’Europe (CPLRE). Or une « petite » phrase résume tout. Paru en 2004, le rapport du GMF dans sa préface précise que « La Mer Noire est la nouvelle interface entre la communauté euro-atlantique et le Grand Moyen-Orient ». Une « interface » géographique obéit aux lois de la physique. Pour fonctionner et jouer pleinement sa mission de charnière, cette interface doit s’articuler entre deux mondes, le bloc euro-atlantiste d’une part, et le bloc moyen-oriental d’autre part, régis par les mêmes lois et les mêmes concepts édictés par la philosophie mondialiste. Cela suppose nécessairement une refonte généralisée de cet espace arabo/perse musulman pour qu’il y ait adéquation. Pour réussir cette entreprise, les moyens mis en œuvre risquent d’aboutir à un chaos inimaginable dans cette région et, par ricochet, à l’échelle planétaire. Tout compte fait, les adeptes de cette politique ne font qu’appliquer les fameux vers du poème de Goethe, « l’apprenti sorcier », qui rappelaient : « Les esprits que j’ai réveillés ne veulent plus m’écouter ».

    Pierre Hillard, docteur en sciences politiques, B.I n°113 (*) est professeur d’histoire-géographie. Il a publié différents articles dans Le Figaro, Géostratégiques, Conflits Actuels, Intelligence et Sécurité, Balkans-Infos.

    Emission « Le Dessous Des Cartes »


    Source : Knowledge-TV


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  • Géopolitique de la Pologne :

                                                       Mourir à Katyn

     

    La réconciliation russo-polonaise autour de la commémoration du massacre de Katyn.

     

     

    Le président polonais, Lech Kaczynski, vient de décéder dans un accident d’avion, près de Smolensk. Il se rendait à Katyn, où il devait assister, avec Vladimir Poutine et le Premier Ministre polonais Donald Tusk, à la commémoration du 70ème anniversaire du massacre commis par le NKVD en ce lieu. Pour l’instant, on n’y voit qu’un accident. Demain, sans doute, on cherchera à pointer du doigt la responsabilité de tel ou tel service secret. Pour ma part, j’y vois surtout un symbole.

    Lech Kaczynski était un agent américain. Il est difficile de dire si c’était un agent rémunéré, encadré, cornaqué par la CIA, ou tout simplement un politicien polonais qui, comme n’importe quel politicien dans n’importe quel pays, avait besoin d’appuis extérieurs pour s’imposer en interne. Mais en tout cas, c’était un agent américain. A ce titre, il avait reçu, c’est évident, un cahier des charges de son employeur et/ou protecteur. Ce cahier des charges n’est pas connu dans les détails, bien sûr, mais ses grandes lignes se laissaient facilement dessiner : il suffisait d’observer les prises de position de Kaczynski pour savoir ce que ses amis étatsuniens attendaient de lui. Et ce qu’ils attendaient de lui, c’était tout simplement de faire, de la Pologne, un obstacle sur la route qui va de Moscou à Berlin.

    Toute la stratégie américaine est là : encercler la Russie, de Varsovie au Kirghizstan en passant la Tchétchénie. Pour les Américains, il est vital que Moscou ne puisse pas nouer de relations fortes avec ses voisins. Z. Brzezinski l’a écrit, en toutes lettres, dès 1997, dans son livre « Le Grand Echiquier ». Et Kaczynski jouait un rôle dans ce « grand jeu » : il promouvait l’engagement polonais dans la « guerre contre le terrorisme » des Américains, il s’opposait de toutes ses forces au projet de gazoduc baltique, il défendait l’implantation du bouclier antimissile US en Pologne.

    Kaczynski voulait, pour poursuivre son travail d’obstruction, absolument être présent à Katyn. Il n’y avait pas été invité, au départ. Seul Donald Tusk devait s’y rendre – le Premier Ministre polonais. Vladimir Poutine avait décidé de venir, lui aussi – le Premier Ministre Russe. Dmitri Medvedev, le Président russe, n’y serait pas. Kaczynski non plus, a priori. C’est lui qui avait insisté pour venir – une venue qui ne fut confirmée que trois jours avant la date fatidique.

    Le Président polonais voulait qu’on le voie à Katyn. Pourquoi ? Probablement parce qu’il s’agissait de montrer à ses « amis » américains qu’il ne lâchait pas l’affaire, qu’il « marquait » Poutine « à la culotte », et que Tusk (un opposant de Kaczynski) n’avait pas toutes les cartes en main. Sur la route de Moscou à Berlin, il y a Katyn. Et Kaczynski serait là, pour faire symboliquement le travail attendu par ses protecteurs : faire barrage, être un obstacle sur la route de Moscou à Berlin.

    C’est qu’il s’en passe, des choses, sur cette route, en ce moment. Au-delà du geste de Poutine à Katyn, appel à réconciliation russo-polonaise, il y a les réalités économiques. Le tronçon sous-marin du gazoduc baltique vient d’être inauguré. Pendant ce temps, avec une aptitude au retournement de veste tout à fait remarquable, le « président-dictateur » biélorusse, Alexander « Moustache » Loukachenko, vient soudainement de se convertir à l’économie de marché – alors que depuis dix ans, il était le seul en Europe à résister à la tentation libérale. Stupéfiant ? Pas tant que ça, quand on sait que Minsk ne fait rien sans l’aval de Moscou, et que l’Ost-Ausschuss der Deutschen Wirtschaft (Comité Est de l’économie allemande, lobby patronal pour le développement des relations économiques vers l’est) s’est récemment félicité de l’intensité des investissements allemands en Biélorussie – un article du « Spiegel » soulignait d’ailleurs en décembre 2009 que Minsk allait devenir une des capitales de l’économie à forte densité technologique, grâce aux investissements et au savoir-faire allemands. 360 entreprises d’Outre-Rhin sont maintenant présentes en Biélorussie, et le mouvement se poursuit. Entre 2006 et 2008, le taux de croissance biélorusse a dépassé régulièrement les 10 % par an. La crise de 2009 s’est soldée par une baisse à peine perceptible du PIB, qui retrouvera la croissance dès 2010, sauf mauvaise surprise. Minsk est en train de tirer les bénéfices de son rôle historique d’avant-poste de la Russie. Mais cette fois, ce n’est plus comme marche militaire. C’est comme laboratoire de la future économie germano-russe. Et, peut-être, comme modèle exportable vers une Pologne intégrée à cette économie.

    En arrivant à Smolensk, Kaczynski a dû constater avec dépit que son avion ne pouvait pas se poser. Trop dangereux. Deux fois, le pilote tente d’atterrir. Deux fois, il échoue. Apparemment, c’est Kaczynski lui-même qui ordonne au pilote d’insister – au mépris de toute prudence. Décidément, le Président polonais veut absolument être présent à Katyn…

    Il n’y sera pas. Son avion s’écrase.

    Attentat ? Probablement pas.

    Accident.

    Et symbole.

    Le symbole d’un échec : les Etats-Unis n’ont pour l’instant pas réussi à encercler la Russie.

    Le siège est brisé. Moscou tient la route de Berlin. Les petits soldats de l’assiégeant n’ont plus qu’un recours : l’attaque-suicide. A moins que : Le hasard fait bien les choses


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  • Le dessus des cartes


    «On affirme, en Orient, que le meilleur moyen pour traverser un carré est d’en parcourir trois côtés.» Lawrence d’Arabie (Les Sept Piliers de la sagesse)


    Il est courant d’admettre que l’Occident est parti à la conquête du Monde après la première révolution industrielle. En fait, il serait plus indiqué de remonter dans le temps pour s’apercevoir que l’hégémonie occidentale a débuté après ce qu’on appelle dans la doxa occidentale « Les Grandes découvertes ». Prenant la relève d’un Orient et d’une civilisation islamique sur le déclin, et au nom de la Règle des trois C – Christianisation, Commerce, Colonisation,, il mit des peuples en esclavage. Il procéda à un dépeçage des territoires au gré de ses humeurs sans tenir compte des équilibres sociologiques que les sociétés subjuguées ont mis des siècles à sédimenter. Pendant cinq siècles, au nom de ses « Droits de l’Homme » qui « ne sont pas valables dans les colonies » si l’on en croit Jules Ferry un chantre enragé de la colonisation et de la grandeur de l’Empire colonial français-, l’Occident dicte la norme, série, punit, récompense, met au ban des territoires qui ne rentrent pas dans la norme. Ainsi, par le fer et par le feu, plus de 75% des richesses des Suds épuisés comprenant plus de 80% des habitants de la planète furent spoliés et détenus par 20% des pays du Nord. (1)

    La religion instrumentalisée

    Cependant, au sein même de cet Occident chrétien, le leadership fut disputé avec l’apparition d’une idéologie, le communisme. Pendant près de cinquante ans après la Seconde Guerre mondiale, l’équilibre du monde était détenu par deux grandes puissances, les Etats-Unis et l’Empire soviétique. L’Occident latin guidé par les Etats-Unis est sorti vainqueur de cette lutte sans merci et tous les coups furent permis, notamment l’instrumentalisation de la religion aussi bien pour déstabiliser la Pologne en mettant en lumière un électricien des changements de Gdansk – à qui on a attribué le prix Nobel pour lui donner une stature- soutenu par un pape polonais qui appelait ouvertement à la rébellion- N’ayez pas peur !- mais aussi en créant une internationale islamique sous l’égide d’un Oussama Bin Laden, leur meilleur allié avec les Taliban qui furent dotés de missiles qui firent des ravages contre les chars soviétiques en Afghanistan. Après la chute de l’Union soviétique, les Américains, ivres de puissance et tentés par la posture de l’Empire, se devaient de trouver un « Satan de rechange ».

    Une étude du PNAC (Project for a New American Century) recommandait de chercher un motif pour relancer l’hégémonie américaine d’une façon définitive, notamment avec le déclin du pétrole dont il fallait à tout prix s’assurer des sources d’approvisionnement pérennes et à un prix « raisonnable ». L’arrivée du 11 septembre fut du pain béni. Le Satan de rechange tombait du ciel, l’Islam et terrorisme. Francis Fukuyama s’interrogeait à juste titre sur la fin de l’histoire maintenant que la Pax Americana régnait et paraissait durer mille ans. Ainsi, furent organisées les expéditions punitives que l’on sait un peu partout semant le chaos, la destruction et la mort. Pourtant, les signes d’un craquement de l’hégémonie occidentale commencèrent à poindre à l’horizon. Des voix inquiètes commençaient à douter de la pérennité du magister occidental.

    Dans un discours à l’université de Princeton, Joshka Fischer ancien ministre allemand des Affaires étrangères faisait part de son inquiétude et désignait nommément l’Islam. Ecoutons-le :

    « La situation actuelle nous enseigne que la question de la sécurité au XXIe siècle pour nous tous, et avant tout pour les États-Unis et l’Europe, ne peut plus être définie à l’aune des catégories traditionnelles du XXe siècle. Un totalitarisme d’un genre nouveau, le terrorisme islamiste et l’idéologie du Djihad, basée sur le mépris de l’homme, menacent la paix et la stabilité régionales et mondiales. (…) Aujourd’hui, notre sécurité est principalement menacée non pas par un seul État mais au contraire par un mouvement totalitaire d’un genre nouveau qui, ayant perdu l’Afghanistan, ne peut plus baser sa puissance sur le contrôle d’un autre État. Cette menace ne vise pas non plus les potentiels stratégiques des États-Unis et de l’Occident. Elle tend plutôt à ébranler leur moral et à déclencher des réactions qui renforcent le soutien au totalitarisme islamiste au lieu de l’affaiblir. Cette nouvelle menace est d’envergure, mais pire encore : elle essaye de créer un « choc des civilisations » basé sur la religion et l’appartenance culturelle, entre le monde islamo-arabe et l’Occident mené par les États-Unis. (..) Est-ce la fin de l’Occident ? Cette question qui donne le frisson est actuellement en vogue. L’Occident ne serait condamné que si la communauté transatlantique, faute d’intérêts communs, n’avait plus d’avenir, (…) Dans leur lutte contre la nouvelle menace, l’Europe et l’Amérique dépendent l’une de l’autre. L’Amérique et l’Europe pourront relever les défis du XXIe siècle, mais elles ne pourront le faire qu’ensemble. » (2)

    Nous le remarquons que pour Joshka Fisher, l’hégémonie occidentale sera toujours aux commandes ! Ce n’est pas l’avis de la CIA qui a publié un rapport intitulé : Le monde en 2025. On constate une prise de conscience d’une nouvelle donne à la fois démographique, économique, financière et même dans une certaine mesure, militaire La lecture du dernier rapport de la CIA nous permet de mieux connaître le mode de pensée de la classe dirigeante étatsunienne et d’en identifier les limites. Terrorisme en retrait, glissement du pouvoir économique de l’Occident à l’Orient, pénurie d’eau, déclin des ressources en hydrocarbures, nouvelles technologies. Dans la lignée du précédent Rapport de la CIA, pour la première fois, les Américains reconnaissent qu’ils ne seront plus les maîtres du monde ! (3)

    Ecoutons l’économiste Samir Amin donner son avis à propos de ce rapport :

    « Je résumerai mes conclusions de cette lecture dans les points suivants : la capacité de « prévoir » de Washington étonne par sa faiblesse ; on a le sentiment que les rapports successifs de la CIA sont toujours « en retard » sur les évènements, jamais en avance. L’impression qu’on tire de cette lecture est que, de surcroît, l’establishment étatsunien conserve quelques solides préjugés, notamment à l’égard des peuples d’Afrique et d’Amérique latine. Le rapport précédent – Le monde en 2015 – n’avait pas imaginé que le mode de financiarisation du capitalisme des oligopoles devait nécessairement conduire à un effondrement comme cela s’est produit en 2008. (…) Aujourd’hui encore donc (dans la perspective de 2025), le rapport affirme sans hésitation « qu’un effondrement de la mondialisation » reste impensable. (…) D’une manière générale « l’hégémonie » des Etats-Unis, dont le déclin est visible depuis plusieurs décennies, affirmée pourtant dans le rapport précédent comme toujours « définitive » est désormais imaginée comme « écornée », mais néanmoins toujours robuste». D’une manière générale, les « experts » du libéralisme ignorent la possibilité d’une intervention des peuples dans l’histoire. Les experts de l’establishment étatsunien ne s’intéressent qu’aux choix « possibles » des classes dirigeantes des « pays qui comptent » (la Chine en premier lieu, ensuite la Russie et l’Inde, puis l’Iran et les pays du Golfe, enfin le Brésil). L’Europe, à leur avis, n’existe pas (et sur ce point ils ont certainement raison) et de ce fait restera forcément alignée sur les choix de Washington. L’illusion qu’ils peuvent se faire sur les pays du Golfe est instructive : « riches » ces pays doivent « compter », le fait qu’on puisse être riche et insignifiant ne leur paraît pas « imaginable » ».

    Leur crainte concernant l’Iran, non pas pour son « régime islamique » mais parce que cette grande nation n’accepte pas la résignation, est par contre fondée. L’Afrique ne comptera toujours pas, et restera ouverte au pillage de ses ressources. Le seul problème pour eux est qu’ici, les Etats-Unis (et leurs alliés subalternes européens) se trouveront désormais en concurrence difficile avec les appétits de la Chine, de l’Inde et du Brésil.(…) Les « scénarios » dessinés dans le rapport, dans ces conditions, renseignent plus sur les limites de la pensée dominante aux Etats-Unis que sur les probabilités de leur réalisation. Premier scénario : une victoire éclatante de la Chine. La Chine s’impose comme nouvelle « puissance hégémonique », entrainant dans son sillage une Russie rénovée une Inde autonome mais résignée, un Iran (« islamiste » ou pas) devenu acteur dominant au Moyen-Orient. L’alliance de Shanghai garantit l’accès de la Chine et de l’Inde à 70% des productions de pétrole et de gaz du Moyen-Orient. Second « scénario » : conflit Chine/Inde, stagnation de la Russie… Les voeux des USA. Le second « scénario » consacre, à l’opposé, l’échec retentissant du « Plan de Shanghai », l’éclatement du groupe éphémère que représente le BRIC, la montée en ligne du conflit Chine/Inde, la stagnation de la Russie et l’avortement du projet nationaliste de l’Iran. (4)

    Les nouveaux maîtres

    A l’autre bout du curseur concernant l’avenir du Monde, nous trouvons l’analyse lumineuse de l’ambassadeur singapourien Kishore Mahbubani qui décrit le déclin occidental : recul démographique, récession économique, et perte de ses propres valeurs. Il observe les signes d’un basculement du centre du monde de l’Occident vers l’Orient. L’auteur fait le point sur l’ascension économique vertigineuse des pays de l’Asie. Ayant intégré les pratiques de l’Occident (économie de marché, méritocratie, Etat de droit, développement de l’éducation, etc.), l’Asie n’a, selon l’auteur, aucune intention de dominer l’Occident, mais il met en garde : l’Occident doit renoncer à sa domination notamment. Après trois siècles de domination occidentale, où Londres, Paris, Berlin et Washington ont décidé du sort de la planète, les 5,6 milliards d’individus qui ne vivent pas à l’Ouest aujourd’hui ont cessé d’être des objets de l’histoire mondiale pour en devenir des sujets. (5)

    Citant l’ouvrage de l’historien britannique Victor Kiernan « The Lords of Humankind, European Attitudes to the Outside World in the Imperial Age » qui avait été publié en 1969, lorsque la décolonisation européenne touchait à sa fin. Victor Kiernan qui écrivait : « La plupart du temps, cependant, les colonialistes étaient des gens médiocres mais en raison de leur position et, surtout, de leur couleur de peau, ils étaient en mesure de se comporter comme les maîtres de la création. Même si la politique coloniale européenne touchait à sa fin, l’attitude colonialiste des Européens subsisterait probablement encore longtemps ».

    « En fait, poursuit Kishore Mahbubani, celle-ci reste très vive en ce début de XXIe siècle. Souvent, on est étonné et outré lors de rencontres internationales, quand un représentant européen entonne, plein de superbe, à peu près le refrain suivant : «Ce que les Chinois [ou les Indiens, les Indonésiens ou qui que ce soit] doivent comprendre est que…», suivent les platitudes habituelles et l’énonciation hypocrite de principes que les Européens eux-mêmes n’appliquent jamais. Le complexe de supériorité subsiste. Le fonctionnaire européen contesterait certainement être un colonialiste atavique. Comme l’écrit Mahbubani : « Cette tendance européenne à regarder de haut, à mépriser les cultures et les sociétés non européennes a des racines profondes dans le psychisme européen.»

    Pour l’Occident, écrit Jean Pierre Lehmann commentant l’ouvrage de Maybubani, il est temps de regarder la réalité en face. Ce que Mahbubani attaque, c’est l’anomalie absurde d’un pouvoir mondial occidental envahissant et persistant dans un monde sujet à des changements fondamentaux. Cela ne vaut pas seulement pour la culture mais également pour le niveau de développement économique et politique.(6)

    L’auteur décrit les trois principaux scénarios pour le XXIe siècle – la marche vers la modernité, le repli dans des forteresses et le triomphalisme occidental Géographiquement, il est des plus à l’Est mais qu’en est-il des autres aspects ? Mahbubani reproche à l’Europe sa myopie, son autosatisfaction et son égocentrisme. Il relève en particulier que l’Europe a failli à s’engager vraiment en faveur de ses voisins : « Ni les Balkans ni l’Afrique du Nord n’ont bénéficié de leur proximité avec l’Union européenne ». Cependant, au XXIe siècle, le déclin de l’Occident en termes d’abandon de ses valeurs, a été accéléré en particulier par les États-Unis sous le gouvernement de George W.Bush. L’essor économique de l’Orient a été remarquable. « En 2010, 90% de tous les scientifiques et ingénieurs titulaires d’un doctorat vivront en Asie.» Mahbubani voit trois principaux foyers de défis pour l’Occident : la Chine, l’Inde et le Monde islamique. A propos du dernier, alors que le terme de «musulman» est associé dans l’esprit des Occidentaux à celui d’«arabe», la grande majorité des musulmans vivent en Asie où l’on trouve la plupart des pays qui ont les plus importantes populations musulmanes : Indonésie, Inde, Pakistan, Bangladesh et Iran. L’invasion anglo-américaine de l’Irak a considérablement aggravé les relations entre l’Occident et les États et peuples musulmans. Le caractère grotesque des erreurs commises est dû en partie au degré stupéfiant d’ignorance des étatsuniens au sujet de l’Irak, laquelle provient de leur arrogance. Mahbubani exhorte l’Occident à «faire de toute urgence des efforts pour mieux comprendre l’esprit musulman».(6)

    Quand Mahbubani écrit que « le moment est venu de restructurer l’ordre mondial », que « nous devrions le faire maintenant ». Le grand sujet de plainte de Mahbubani est l’incapacité de l’Occident à maintenir, à respecter et encore plus à renforcer les institutions qu’il a créées. Et l’amoralité avec laquelle il se comporte trop souvent sape davantage les structures et l’esprit de la gouvernance mondiale. Prenons le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Selon Mahbubani, il «  est légalement vivant mais spirituellement mort ». « Le monde, écrit-il, a perdu pour l’essentiel sa confiance dans les cinq États nucléaires. Au lieu de les considérer comme des gardiens honnêtes et compétents du TNP, il les perçoit généralement comme faisant partie de ses principaux violateurs ». Leur décision d’ignorer le développement par Israël d’un arsenal nucléaire leur a été particulièrement préjudiciable. Lors d’une rencontre à Bruxelles au début de 2008, j’ai demandé à l’un des participants, Javier Solana, Haut-Représentant de l’UE pour la politique étrangère et de sécurité commune, son avis sur la question de l’arsenal nucléaire d’Israël mais il a refusé catégoriquement d’aborder le sujet.(6)

    Le Monde sera à n’en point douter fragmenté, il est à espérer qu’après cinq siècles de domination sans partage et d’une vision occidentalo-centriste des droits de l’Homme, le Monde retrouvera la vraie sagesse. L’Inde et la Chine héritiers de plus de 4000 ans de civilisation y contribueront certainement.

    Notes
    1. C.E.Chitour : L’Occident à la conquête du Monde.ed. Enag. Alger. 2009

    2. Joschka Fischer : L’Europe et l’avenir des relations transatlantiques. Princeton 19 11 2003

    3. « Le monde en 2025 » selon la CIA, le 26/2/2010

    4. Samir Amin http://www.michelcollon.info/index.php-16-02-10

    5. K.Mahbubani : The Irresistible Shift of Global Power to the East, septembre 2008

    6. Jean-Pierre Lehmann : Déclin de l’Occident et montée de l’Orient Réseau Voltaire 2.09.2008.


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  • Révolution à Bichkek : pourquoi le Kirghizstan s'enflamme

     

    Un manifestant dans les rues de Bichkek, au Kirghizstan (Vladimir 
Pirogov/Reuters)

     

    Frontières  voir aussi : Le Corridor du Wakhan

    Le Kirghizistan possède 3 878 km de frontières, réparties ainsi :

     

    A Bichkek, l'armée a tiré sur la foule, faisant une cinquantaine de morts. L'ex-république soviétique est un pays pivot pour l'Otan.

    A l'issue d'une journée sanglante, au cours de laquelle la répression menée par les autorités kirghizes contre des manifestants aurait fait jusqu'à une cinquantaine de morts et quelque 400 blessés, le pouvoir a semble-t-il changé de mains. L'état d'urgence a été décrété, mais le président Bakiyev a quitté le pouvoir et la capitale kirghiz Bishkek, et l'une des principales dirigeantes de l'opposition, Roza Otunbayeva, est devenue présidente par interim.

    Tirs à balles réelles contre les manifestants

    Les graves incidents se sont produits alors que des manifestations de l'opposition au régime de plus en plus autoritaire du président Kurmanbek Bakiyev, parties de province ces derniers jours, ont gagné la capitale et provoqué une vive réaction des forces de l'ordre. Ces dernières ont ouvert le feu à balles réelles et même dans un cas à partir d'une automitrailleuse, contre les manifestants qui assiégeaient la présidence.

    Le ministre de l'Intérieur aurait lui aussi trouvé la mort dans ces incidents d'une extrême gravité, au cours desquels les sièges du gouvernement dans plusieurs villes de province auraient été capturés par des insurgés.

    Trois chefs de l'opposition kirghize, dont l'ex-candidat à la présidentielle, Almazbek Atambaïev, ont été interpelés et inculpés de « crimes graves ».

    Les images de la capitale kirghize diffusées par les sites Internet spécialisés sur cette région donnent une idée de la violence rencontrée mercredi. (Voir la vidéo)

    Comment en est-on arrivé là ?

    On excusera le riverain qui ne sait pas où mettre le Kirghizstan sur la carte du monde. Cette République ex-soviétique d'Asie centrale, l'un des « istans » issus de l'éclatement de l'URSS en 1991, fait généralement peu parler d'elle. Même si, en bientôt vingt ans d'indépendance, le Kirghizstan a eu une histoire assez mouvementée.

    Il était passé sans préavis de l'état de république soviétique, c'est-à-dire dans laquelles les particularismes locaux étaient congelés sous l'autorité du Parti, au statut d'Etat indépendant dans une Asie centrale en plein réveil nationaliste et islamique.

    En 1991, voyageant avec le ministre français des Affaires étrangères Roland Dumas, nous avions dû atterrir de nuit à Frounzé, la capitale kirghize à peine rebaptisée Bichkek, alors que notre avion n'avait pu se poser au Kazakhstan voisin pour cause de tempête de neige.

    Heureusement, la France avait reconnu le Kirghizstan une semaine plus tôt, mais Bichkek n'était pas sur l'itinéraire du voyage et le ministre des Affaires étrangères fut réveillé pour apprendre qu'un ministre français était en ville.

    Depuis, le Kirghizstan, 5 millions d'habitants dans un territoire enclavé et très montagneux, a tenté de trouver un équilibre politique et économique complexe dans une région agitée par des vents contraires.

    L'actuel président avait lui-même pris le pouvoir après une des « révolutions de couleurs » qui ont traversé l'ex-espace soviétique, en l'occurence une révolution « des tulipes » en 2005, renversant l'ex-président Askar Akaev.

    Mais, élu sur des promesses de démocratisation, Kurmanbek Bakiyev, se retrouva à son tour accusé de corruption, de népotisme au profit de son clan originaire du sud du pays, et de manipulations politiques, s'attirant à son tour une vive opposition.

    Le président Bakiyev a commencé à museler la presse et la société civile, et à réprimer l'opposition. La plupart des compagnons de Bakiyev lors de la révolution des tulipes l'ont depuis abandonné et rejoint l'opposition.

    Quelques jours avant les derniers événements, la justice kirghize interdisait un journal, Forum, accusé d'avoir cité les vers d'un poète kirghize :

    « En période de troubles, chaque fils de sa Patrie doit se transformer en foudre. »

    « Le pouvoir ferme les publications indésirables à la veille des manifestations prévues le 7 avril », avait alors déclaré Yryskeldy Mombekov, rédacteur en chef de Forum.

    Une région stratégique

    Au-delà des événements tragiques qui s'y déroulent, le Kirghizstan retient l'attention en raison de sa situation stratégique. Ce petit Etat abrite en effet une base américaine qui constitue une escale vitale de soutien aux forces de l'Otan en Afghanistan, par laquelle transitent quelque 35 000 soldats occidentaux chaque mois.

    La base avait failli être fermée l'an dernier, sur décision du président Bakiev, mais à la suite d'un délicat marchandage, dans lequel les considérations financières n'ont pas été les dernières à être débattues, le chef de l'Etat kirghize accepta de prolonger le bail de la base ouverte en 2001, au lendemain des attentats du 11 septembre, lors du compte à rebours de l'invasion de l'Afghanistan.

    L'opposition politique kirghize a plusieurs fois dénoncé cette présence militaire américaine, en estimant qu'elle permettait aux dirigeants du pays de violer les droits de l'homme en toute impunité, comme prix à payer pour le maintien de la base. L'agence russe RIA Novisti se faisait encore l'écho de cette opposition mardi. Si le changement de pouvoir à Bishkek est confirmé, cela pourrait relancer les discussions sur le statut de cette base et une nouvelle période d'incertitude pour la logistique de l'Otan en Afghanistan.

    Les Américains avaient vu dans cette menace de fermeture la main de Moscou, l'ancienne puissance tutélaire du Kirghizstan à l'époque soviétique, qui n'a pas renoncé à ses ambitions d'influence dans cette région.

    L'Asie centrale est en effet prise en tenaille entre l'influence russe persistante (la Russie dispose aussi d'une base militaire au Kirghizstan), la nouvelle puissance chinoise voisine qui est extrêmement active auprès des « stans » tant sur le plan économique que politique et militaire (par le biais de l'Organisation de coopération de Shanghai), notamment afin de contrer les « indépendantistes » ouigours du Xinjiang, et enfin les courants islamistes très actifs dans ce « ventre mou » de l'Asie.

    Dans cette région encore instable, le Kirghizstan a un moment fait figure de pôle de stabilité, voire même de principal espoir démocratique. Cet espoir a depuis longtemps disparu, et a plongé mercredi dans le cauchemar.

    Mise à jour le 7/4/10 à 22h20, avec l'évolution de la situation sur place. Et précision apportée par un internaute sur la présence d'une base russe au Kirghizstan.


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  • Coup de froid entre les Etats-Unis et Israël

    par Serge Halimi pour Le Monde diplomatique

    « C’est merveilleux de revenir parmi vous et de retrouver tant d’amis. » Ainsi s’exprima la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton lors de son discours devant le congrès de l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac), le 22 mars. Même si Mme Clinton compte au nombre des amis les plus fidèles du gouvernement israélien au sein de l’administration de Barack Obama, les rapports se tendent néanmoins entre Tel-Aviv et Washington. Il n’est en effet pas courant que les Etats-Unis utilisent les termes « condamner », « affront », « insulte », pour qualifier une décision de leur allié (en l’occurrence l’annonce, lors de la visite en Israël du vice-président Joseph Biden, de la construction de 1 600 habitations dans la partie arabe de Jérusalem). Et le caractère glacial de la rencontre à la Maison Blanche entre M. Benyamin Nétanyahou et le président Obama conforte l’idée que les deux dirigeants s’insupportent, le premier ministre israélien étant l’enfant chéri de la droite républicaine et de Fox News (alors que la très grande majorité des juifs américains a voté pour M. Obama en 2008). Entre les dirigeants français et israéliens, tout va très bien en revanche (lire l’article d’Alain Gresh dans Le Monde diplomatique d’avril, en kiosques le 31 mars).

    Les Etats-Unis n’entendent assurément pas remettre en cause l’aide militaire annuelle qu’ils versent à Israël – Mme Clinton a même indiqué que son montant (3 milliards de dollars), qui avait augmenté en 2010, augmenterait à nouveau en 2011. Mais quand ils évoquent le « partenariat stratégique global entre Israël et les Etats-Unis » (Mme Clinton vient encore de le faire devant l’Aipac), il arrive désormais aux dirigeants américains de suggérer, voire de dire carrément, que les provocations répétées du gouvernement de M. Nétanyahou nuisent à cette stratégie globale. Et fragilisent par conséquent le partenariat. La secrétaire d’Etat américaine ne peut pas ignorer qu’elle aura du mal à être prise au sérieux par nombre de pays quand, ovationnée par une association, l’Aipac, qui a appuyé la répression souvent meurtrière des manifestants palestiniens, elle fustige le fait qu’en juin dernier « des Iraniens qui protestaient en silence ont été matraqués ». « Dans le monde entier, ajoute-t-elle, les gens ont été horrifiés par la vidéo d’une jeune femme tuée en pleine rue. »

    Plus fondamentalement, l’analyse régionale des Etats-Unis ne coïncide pas avec la politique actuelle de la droite et de l’extrême droite israéliennes. « Il est vrai, a indiqué Mme Clinton, que les mesures de sécurité [israéliennes] ont réduit le nombre d’attentats suicide. […] Au point que certains imaginent que le statu quo peut être perpétué. Mais les dynamiques de la démographie, de l’idéologie et de la technologie rendent cela impossible. D’abord, nul ne peut ignorer les tendances à long terme de la démographie, nées de l’occupation israélienne. Ainsi que le ministre de la défense Barak et d’autres l’ont signalé, l’heure se rapproche où les Israéliens devront choisir entre la préservation de leur démocratie et leur fidélité au rêve initial d’un foyer juif. Compte tenu de cette réalité, la solution impliquant deux Etats constitue le seul chemin viable permettant à Israël de demeurer à la fois une démocratie et un Etat juif. […] Enfin, nous devons admettre que l’évolution des technologies militaires va compliquer la sécurité d’Israël. Pendant six décennies, les Israéliens ont défendu leurs frontières avec vigilance. Mais les progrès technologiques accomplis en matière de roquettes signifient que les familles israéliennes sont dorénavant menacées à l’intérieur même de ces frontières. »

    Le Pentagone donne à son tour des signes d’exaspération

    Autant dire que, selon Washington, la politique des faits accomplis de Tel-Aviv radicalise une opposition arabe qui demain disposera des moyens militaires de ses ambitions. Par conséquent, cette « politique de sécurité » nuit … à la sécurité d’Israël. Et, autre paradoxe, les Etats-Unis doivent, pour conserver dans la région un crédit dont profite ensuite l’Etat hébreu, prendre leurs distances avec lui. « Les nouvelles constructions à Jérusalem ou en Cisjordanie, a répété Mme Clinton dans son discours devant l’Aipac, portent atteinte au climat de confiance nécessaire et à la perspective de négociations auxquelles les deux parties [Israël et Palestine] se proclament attachées. Et ces constructions ont pour conséquence de rendre visible le désaccord entre les Etats-Unis et Israël, que d’autres parties dans la région espèrent exploiter. Cela entame la capacité unique dont disposent les Etats-Unis, celle de jouer un rôle essentiel dans le processus de paix. Notre crédit dépend en effet dans une certaine mesure de notre capacité à pouvoir saluer les deux parties lorsqu’elles font montre de courage. Et, quand nous ne sommes pas d’accord, à le faire savoir sans hésiter. »

    Le compliment – empoisonné… – à M. Nétanyahou suit : « Nous félicitons le premier ministre Nétanyahou d’avoir repris à son compte la vision d’une solution comportant deux Etats, d’avoir décidé la levée de barrages et de faciliter les déplacements en Cisjordanie. Et nous continuons d’attendre qu’Israël prenne des mesures concrètes pour transformer cette vision en réalité, afin de créer une dynamique qui ira dans le sens d’une paix globale en respectant les aspirations légitimes des Palestiniens, en arrêtant toute colonisation et en se souciant de la crise humanitaire à Gaza. »

    On comprend qu’une phrase de Mme Clinton ait été diversement accueillie par les militants de l’Aipac : « Si vous doutez de la détermination du président Obama, regardez ce que nous venons de réaliser en faisant passer un texte offrant à chacun une couverture médicale financièrement accessible et de qualité. » La « détermination » du président américain ne peut en effet que le conduire à prendre davantage de distances avec les projets de la droite israélienne et du lobby américain qui la soutient.

    Pour eux, la situation devient d’autant plus sérieuse que le Pentagone donne à son tour des signes d’exaspération. Le 16 mars, témoignant (PDF) devant la commission des affaires armées du Sénat, le général David Petraeus, commandant des forces américaines dans une région qui va de l’Egypte au Pakistan (et qui couvre donc à la fois l’Irak et l’Afghanistan), a eu ce propos qui n’est pas passé inaperçu : « La poursuite des hostilités entre Israël et quelques-uns de ses voisins met en cause notre capacité à défendre nos intérêts. […] Le conflit [au Proche-Orient] alimente un sentiment antiaméricain lié à une perception de favoritisme des Etats-Unis envers Israël. La colère arabe née de la question palestinienne limite la puissance et la profondeur du partenariat américain avec les gouvernements et les peuples de la région, en même temps qu’elle affaiblit la légitimité des régimes arabes modérés. Al-Qaida et les groupes militants tirent parti de cette colère afin de mobiliser de nouveaux appuis. Le conflit au Proche-Orient favorise l’influence de l’Iran dans le monde arabe à travers ses clients le Hezbollah libanais et le Hamas. »

    Au moment où M. Nétanyahou voudrait que Washington durcisse le ton contre Téhéran, la déclaration de M. Petraeus est redoutable pour Tel-Aviv. Elle suggère en effet que l’allié stratégique des Etats-Unis, Israël, complique dorénavant la tâche des militaires américains. Il sera d’autant plus difficile au parti républicain, inconditionnel de M. Nétanyahou, de négliger un tel avertissement qu’il y a quelques mois il pressait M. Obama de suivre sans hésiter les recommandations afghanes du général Petraeus. Ce que fit le président des Etats-Unis en déployant des milliers de nouveaux soldats dans ce pays. Le général Petraeus vient de suggérer que leur mission était mise en péril par les politiques du gouvernement israélien. Ce n’est pas rien…

    Source : Le Monde diplomatique


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  • Pierre Hillard sur l’actualité 2010


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  • L'Asie centrale au coeur de la stratégie américaine en Afghanistan

    Par Matt SIEGEL

    L'Asie centrale au coeur de la stratégie américaine en 
Afghanistan

    Engagés dans un effort de guerre titanesque en Afghanistan, les Etats-Unis ont plus que jamais besoin de soigner leurs alliés en Asie centrale, une entreprise troublée par l'influence traditionnelle de Moscou et celle toujours croissante de la Chine.

    Engagés dans un effort de guerre titanesque en Afghanistan, les Etats-Unis ont plus que jamais besoin de soigner leurs alliés en Asie centrale, une entreprise troublée par l'influence traditionnelle de Moscou et celle toujours croissante de la Chine dans la région.

    L'administration de Barack Obama a ainsi dû depuis un an déployer des trésors de diplomatie, sortir son chéquier et renoncer à critiquer les atteintes à la démocratie au Kirghizstan et en Ouzbékistan pour d'une part maintenir sa base aérienne de Manas, au Kirghizstan, et d'autre part permettre le ravitaillement par la terre des forces de la coalition engagées sur le sol afghan.

    "Le résultat est que les Etats-Unis se rangent derrière des régimes parmi les plus autoritaires et les plus corrompus au monde", relève Paul Quinn-Judge, représentant du centre d'analyse International Crisis Group à Bichkek, la capitale kirghize.

    Cette realpolitik s'impose d'autant plus à Washington que ses critiques du régime ouzbek en 2005, suite à une répression sanglante, avaient eu pour conséquence la fermeture d'une base militaire clé en Ouzbékistan, qui partage une longue frontière avec l'Afghanistan.

    D'autre part, la Russie n'hésite pas à peser de tout son poids sur les régimes de la région pour miner la pénétration américaine, Moscou considérant l'Asie centrale ex-soviétique comme sa zone d'influence naturelle.

    Les analystes voyaient ainsi l'ombre de Moscou derrière la menace du Kirghizstan il y a un an de fermer la base américaine sur son territoire, une décision annoncée au moment où le gouvernement russe accordait des crédits à Bichkek.

    Les autorités kirghizes avaient finalement accepté de maintenir la base en échange d'un triplement du loyer à 60 millions de dollars annuels, auxquels s'ajoutent plus de 110 millions de dollars d'aides.

    Mais cette concurrence traditionnelle entre les Etats-Unis et la Russie, qui concerne aussi les vastes réserves naturelles d'Asie centrale, doit désormais s'adapter à la puissance grandissante de la Chine, qui en 2009 a doublé Moscou en tant que partenaire commercial de l'Asie centrale.

    Investissant dans des gazoducs, des gisements d'hydrocarbures et d'uranium au Kazakhstan et au Turkménistan, construisant des routes pour le transport de ses produits au Tadjikistan et au Kirghizstan, Pékin s'est imposé comme un partenaire incontournable dans la région.

    Et les pays d'Asie centrale aiment la méthode chinoise: ouvrir son portefeuille sans pour autant chercher à dicter des positions diplomatiques ou à s'immiscer dans des politiques intérieures.

    "La Russie était traditionnellement la puissance dominante dans la région, mais la crise financière a miné son pouvoir économique, permettant une kyrielle d'accords commerciaux Chine-Asie centrale", souligne Alexander Cooley, politologue à l'université new-yorkaise Columbia.

    Et la Chine est d'autant plus encline à satisfaire et renforcer les régimes de la région, afin d'éviter de voir les violences islamistes se répandre jusqu'à ses frontières avec l'Asie centrale.

    En effet, le Kirghizstan comme le Kazakhstan et le Tadjikistan bordent le Xinjiang, région chinoise musulmane peuplée par les Ouïghours, une ethnie turcophone au sein de laquelle l'islamisme gagne du terrain, selon Pékin.

    "Pékin voit les Etats d'Asie centrale comme une région tampon clé pour stabiliser et développer sa province du Xinjiang", relève ainsi M. Cooley, l'universitaire de Columbia.


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  • Le bouclier antimissile et la première frappe

    par Manlio Dinucci*

    Le projet de bouclier antimissile états-unien pose de nombreuses questions en terme de faisabilité, de coût et de positionnement. Cependant, la principale interrogation porte sur la philosophie même de cette arme. La dénomination de « bouclier » lui donne une allure exclusivement défensive, mais lorsqu’on considère « l’équilibre de la terreur », la défense signifie l’impunité. Et l’impunité de l’un est une menace pour tous.

    C’est désormais certain : les Etats-Unis installeront en Europe un nouveau « bouclier » antimissile. On clarifie ainsi l’équivoque savamment diffusée par les médias, selon laquelle le président Obama avait renoncé au plan, lancé par le Président Bush et auquel la Russie s’est fortement opposée. Comment se sont passées les choses, c’est ce qu’a expliqué au New York Times le secrétaire à la Défense Robert Gates, passé de l’administration Bush à celle d’Obama. C’est lui qui, en décembre 2006, recommande aux USA d’installer 10 missiles intercepteurs en Pologne et un radar en République Tchèque. Lui encore qui, en septembre 2009, recommande au président Obama de mettre ce plan de côté pour le remplacer par un autre « plus adapté ». Et conclut donc : « Nous sommes en train de renforcer, pas d’effacer, la défense balistique en Europe ».

    Dans la première phase, qui sera complétée en 2011, les Etats-Unis installeront en Europe des missiles intercepteurs SM-3 embarqués sur des navires de guerre. Dans la deuxième, qui deviendra opérationnelle vers 2015, ils installeront une version plus puissante de ces missiles, avec des bases terrestres, en Europe centrale et méridionale. La Roumanie et la Bulgarie ont déjà mis à disposition leur territoire. En Pologne, l’installation d’une batterie de missiles Patriot est déjà en cours. Elle est servie par un escadron de 100 GI’s, dans la ville baltique de Morag, à 50 km environ de la frontière russe. Arriveront alors les SM-3 à bord de navires US, déployés en Mer baltique et, ensuite, les missiles plus puissants installé sur terre. Le radar fixe, qui aurait du être installé en République tchèque, sera remplacé par un système plus performant combinant des avions, des satellites et des senseurs terrestres. L’Italie aussi, selon toute probabilité, accueillera des missiles et autres composantes du « bouclier » états-unien. C’est ce que confirme directement Gates lui-même, quand il parle de leur installation en Europe méridionale. Il faut rappeler ici que l’Italie a déjà adhéré au plan du « bouclier », à travers un accord signé par le gouvernement Prodi en février 2007.

    Le « bouclier » antimissile, que les Etats-Unis veulent installer en Europe, est-il un système défensif ou offensif ? Pour le comprendre, il suffit de penser à deux guerriers antiques qui s’affrontent : l’un est armé d’une épée, l’autre d’une épée et d’un bouclier. Le second est avantagé parce qu’il peut attaquer et frapper, en se protégeant des coups de l’adversaire avec son bouclier. Si un jour les Etats-Unis réussissaient à réaliser un « bouclier » antimissile fiable, ils disposeraient d’un système non pas de défense mais d’offensive : ils seraient en mesure de lancer la première frappe contre un pays doté lui aussi d’armes nucléaires, en se fiant à la capacité du « bouclier » de parer d’éventuelles représailles. C’est justement pour ça que les USA et l’URSS avaient stipulé en 1972 le Traité ABM qui interdisait de tels systèmes ; mais l’administration Bush l’enterra en 2002. Le président Obama a annoncé son intention de réduire l’arsenal nucléaire états-unien en négociant un nouveau traité START avec la Russie ; mais il a réaffirmé que les Etats-Unis conserveront une « dissuasion nucléaire sûre et efficace ». Il ignore ainsi la requête avancée par six pays européens (parmi lesquels la Belgique et l’Allemagne), que Washington retire les armes nucléaires disposées en Europe. Ce n’est pas tout : selon les analystes du New York Times, la stratégie qui sera annoncée dans la prochaine Nuclear Posture Review prévoit le recours à la première frappe même contre des pays non dotés d’armes nucléaires mais qui détiendraient des armes chimiques ou biologiques.

    A Washington, on continue à répéter que le « bouclier » en Europe n’est pas dirigé contre la Russie, mais qu’il servira à faire face à la menace de missiles iraniens. A Moscou on considère cela au contraire comme une tentative d’acquérir un avantage stratégique décisif sur la Russie. Il est clair en effet que le nouveau plan, par rapport au précédent, prévoit un nombre plus important de missiles déployés encore plus près du territoire russe. En outre, comme ils seront contrôlés par les USA, personne ne pourra savoir s’ils sont intercepteurs ou si ce sont des missiles pour une attaque nucléaire. Et, avec les nouveaux systèmes aérotransportés et satellitaires, le Pentagone pourra surveiller le territoire russe plus efficacement que ce qu’il peut le faire aujourd’hui. Le « bouclier », contre lequel la Russie entend lutter avec des « méthodes adaptées et asymétriques », ne servira donc pas — comme le déclare Gates — à protéger le territoire européen, où sont déployés 80 000 GI’s, en créant une « Europe plus sûre ». Il servira à créer de nouvelles tensions, en justifiant ainsi un renforcement ultérieur de la présence militaire US en Europe.

    *Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Geograficamente. Per la Scuola media (3 vol.), Zanichelli (2008) ; Escalation. Anatomia della guerra infinita, DeriveApprodi (2005).


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  • A A A
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    L’Allemagne a t-elle lancé une guerre de conquête en Méditerranée ?

    La chancelière allemande, Angela Merkel, a t-elle lancé une nouvelle forme de guerre de conquête ? C’est la questions qui se pose à l’énoncé des déclarations de plusieurs membres de sa coalition gouvernementale.

    On sait que l’Allemagne a utilisé à son profit les règles de l’Union européenne pour accroître ses exportations au sein de la zone euro au détriment de ses plus petits partenaires, principalement la Grèce et le Portugal. Cette attitude agressive, combinée à des problèmes de gestion, a d’ores et déjà conduit la Grèce à la faillite.

    Le député Frank Schäffler (FDP) a indiqué qu’en échange de l’aide allemande au maintien de la Grèce dans la zone euro et à l’assainissement de ses comptes, Athènes devrait céder quelques unes de ses îles inhabitées à Berlin.

    Le député Marco Wanderwitz (CDU) a souligne qu’Athènes devrait payer pour toute aide allemande, qu’elle soit directe ou qu’elle transite par l’Union européenne. Il a son tour évoquer la cession de territoire comme monnaie d’échange,

    L’hebdomadaire à grand tirage Bild am Sonntag, évoque un troc « Notre argent contre Corfu ».

    L’Allemagne a déjà restauré son influence dans les Balkans en participant activement aux guerres de démantèlement de la Yougoslavie.

    Dans l’hypothèse d’une cession forcée par la Grèce de certaines de ses îles, il reste à déterminer si ce troc est compatible avec le droit international et les traités européens. En d’autres termes, la guerre financière permet-elle d’entreprendre légalement une conquête territoriale ?


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  • Niger : un putsch d’AREVA ?
    Chien Guevara


    "France et AREVA au Niger : état des lieux"

    Assis sur un trésor, l’uranium, qui en cinq ans a vu plus que décupler sa valeur marchande, le Niger tente par tous les moyens de rééquilibrer ses rapports avec le géant français Areva.

    Mais ce bras de fer politico-économique ne va pas sans mal et sans frictions avec la France, l’ancienne puissance coloniale.

    Car à la différence d’autres pays africains où la France est économiquement présente via des entreprises, le Niger, troisième producteur mondial, représente un enjeu hautement stratégique : un tiers de l’électricité d’origine nucléaire (environ 75% de la production totale) produite par EDF (Electricité de France) dépend de l’uranium nigérien !

    Pour Paris il faut sécuriser cet approvisionnement essentiel tout en préservant ses relations avec son ancienne colonie à laquelle elle fournit une assistance budgétaire d’environ 8 millions d’euros par an.

    Pour Areva, numéro un mondial du nucléaire civil, il s’agit de pérenniser cette importante source de minerai qui constitue un argument de poids pour vendre ses réacteurs EPR en garantissant le combustible nécessaire. D’où aussi la volonté de diversifier ses approvisionnements, notamment avec le rachat récent de canadien Uramin (présent en Afrique du sud, Namibie et République Centrafricaine)

    Et pour le Niger, avant-dernier pays le plus pauvre au monde, l’objectif est d’augmenter logiquement sa part de ce gateau qui grossit, notamment en diversifiant ses partenaires, en particulier des compagnies chinoises agressives déjà sur le terrain. Créée en juin, la Somina prévoit ainsi 700 tonnes d’uranium à partir de 2009.

    "Nous n’avons rien contre la concurrence. Il y a de la place pour tout le monde", assure à l’AFP un responsable local d’Areva, premier employeur privé du pays.

    Elément déclencheur probable de la crise : l’explosion soudaine des cours mondiaux qui sont passés de 7 dollars la livre en 2002 à 85-90 dollars en juin dernier, avec un pic à 137 dollars sur le marché spéculatif "spot" (entre 5 et 10% des transactions mondiales). De quoi aiguiser les appétits.

    Malgré ou à cause de 40 ans de présence, Areva s’est ainsi trouvé ces derniers mois prise dans une zone de turbulences qui a culminé avec l’expulsion en juillet de son directeur local Dominique Pin. Du jamais vu dans les relations bilatérales, au point que quelques manifestations anti-françaises ont même été autorisées à Niamey.

    Le ton a monté au point que Paris a dû envoyer en urgence début août à Niamey son secrétaire d’Etat à la coopération Jean-Marie Bockel, pour tenter de recoller les morceaux.

    Deux jours plus tôt, Areva et le Niger signaient discrètement en France de nouveaux accords pour 2007, prévoyant un relèvement sensible du prix de l’uranium : 40.000 FCFA (60,98 euros) le kilo contre 27.300 jusque là.

    "Niger et Chine : les objectifs"

    Le Niger a accordé jeudi un nouveau permis de prospection et d’exploitation d’uranium à une société chinoise dans la région d’Agadez (nord), théâtre du conflit touareg, a appris l’AFP vendredi de source gouvernementale.

    Situé à Azelik (nord), ce nouveau site uranifère a été accordé à la Société des mines d’Azelik (Somina), créée le 5 juin 2007 par le Niger et des partenaires chinois, selon un communiqué du conseil des ministres.

    Le permis d’Azelik comprend deux études, la première sur les impacts de l’exploitation de l’uranium sur l’environnement, la seconde sur la faisabilité et la rentabilité du gisement, indique le communiqué.

    Aucun détail n’a été cependant été fourni sur le montant de la transaction non plus que sur les réserves estimées du site d’Azelik.

    L’octroi de ce permis intervient quatre jours après la pose à Niamey de la première pierre d’un second pont qui va être construit par la Chine sur le fleuve Niger pour un montant de plus de 27,3 millions d’euros.

    Pékin vient également de faire un don de 3 millions d’euros au Niger pour la construction de deux écoles et la rénovation du stade de la capitale.

    Depuis 2006, la Chine a renforcé ses liens économiques avec le Niger, où elle prospecte de l’uranium à Teguidan Tessoumt, dans le nord du pays en proie depuis février à l’insécurité en raison d’une résurgence d’une rébellion touareg.

    Officiellement, Niamey attribue cette insécurité à des "bandits" et des trafiquants de drogue.

    La prospection a été suspendue depuis l’enlèvement le 6 juillet par des rebelles touareg d’un employé chinois de la China Nuclear Engineering and Construction Corporation (CNEC), propriétaire du site de Teguidan Tessoumt.

    Teguidan Tessoumt est un des deux premier permis de recherches accordés à la Chine et la production doit y débuter en 2010.

    Niamey a déjà délivré 29 permis de recherches et d’exploitation d’uranium à des compagnies chinoises, anglo-sud africaine, anglo-américaine, australo-maltaise, canadienne et russe.

    Tous ces permis sont localisés dans le nord désertique, où le groupe français Areva, numéro un mondial du nucléaire civil, exploite depuis 40 ans deux gisements d’uranium.

    "L’expulsion de Dominique Pin"

    Dominique Pin, le directeur local d’AREVA au Niger a été expulsé du Niger le 26 juillet dernier, se voyant reprocher des liens avec le Mouvement des Nigériens pour la Justice. La MNJ est un groupe de Touaregs qui habitent dans le nord du Niger. Cette zone sous souveraineté du Niger depuis l’indépendance est convoitée par la Libye pour ses richesses souterraines notamment en Uranium.

    Depuis 40 ans, AREVA exploite les mines d’Uranium et a su développer une stratégie d’arrosage systématique des lieux de pouvoirs afin de garder le monopole et fixer ses conditions dans ses exploitations minières (tarifs, quantités, emplois). Il est important de savoir qu’AREVA représente après le gouvernement le premier employeur du Niger. Sa puissance économique et politique est donc en proportion de cette importance. Au travers de cette entreprise c’est bien sur la France en tant qu’actionnaire principal qui définit la politique d’AREVA au Niger.

    Que s’est il donc passé pour que le Niger expulse le directeur de cette entreprise si puissante et si étroitement liée au gouvernement français ?

    Depuis quelques années, la Chine cherche à s’approvisionner en minerai africains pour financer son économie et sa forte croissance. La Chine a donc ciblé un certains nombre de pays africains afin de garantir son approvisionnement. Cependant, ce qui différencie principalement les Chinois des Français réside dans la façon de s’implanter dans le pays. En effet, la France depuis la fin de la colonisation installe ses entreprises et arrose l’ensemble des acteurs politiques et traditionnels. Ce financement peut se faire soit directement, soit au travers de constructions publiques ou privées. Les entreprises françaises emploient de la main-d’oeuvre locale exceptée pour les postes de direction qui sont toujours détenues par des français expatriés. Les Chinois ont eux une approche différente. Ils financent bien sur leur installation mais en traitant principalement avec le pouvoir central. Dans le cas du Niger, l’installation a également était accompagnée par des livraisons d’armes au gouvernement nigérien. La main-d’oeuvre est constituée presque exclusivement d’expatriés et cela à tous les échelons.

    Dans le nord du Niger, le gouvernement Français et son intermédiaire AREVA ne voient pas d’un très bon oeil l’arrivée des chinois dans une situation de monopole qui dure depuis 40 ans. Certains Touaregs ont le même point de vue car les Chinois ne leur versent pas les mêmes "dividendes" que les Français. A cela, s’ajoute des problèmes internes au Niger relatifs à la répartition des pouvoirs entre les différents groupes de population et leur prise en compte dans l’espace public national.

    Le MNJ a donc pris les armes pour réclamer une meilleure intégration des Touareg dans l’armée, les corps paramilitaires et le secteur minier local. Le MNJ dénonce les sociétés chinoises comme aidant militairement, par des livraisons d’armes, l’armée. Étrangement, rien n’est dit sur l’action de la France depuis 40 ans par ce mouvement.

    "Le putsch militaire"

    Le président Tandja a été renversé par un coup d’Etat ce jeudi 18 février. Le chef de l’Etat a été emmené par des soldats insurgés dans une caserne située à l’extérieur de la capitale Niamey. Les ministres du gouvernement seraient, pour leur part, retenus non loin du palais présidentiel.

    Les dirigeants du putsch ont annoncé dans la soirée qu’ils suspendaient la Constitution. L’annonce a été lue à la télévision publique nationale par le colonel Abdoulakarim Goukoye qui se présente comme le porte-parole des insurgés.

    Le porte-parole des putschistes a annoncé la constitution d’un Conseil supérieur pour la restauration de la démocratie, le CSRD.

    Les noms commencent donc à se confirmer. Il y a trois militaires, trois colonels, le colonel Pelé, de son vrai nom Djibrilla Hima Hamidou, commandant de la zone militaire de Niamey, le colonel Harouna Adamou, commandant de la compagnie d’appui, c’est-à-dire des blindés. Et enfin le colonel Goukoye Abdul Karim, chef du renseignement militaire, jusque-là porte-parole de l’armée c’est lui le porte-parole du Conseil supérieur pour la restauration de la démocratie.

    Le régime de Tandja avait, semble-t-il, fait monter les enchères avec le nouveau prétendant chinois…


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    Le Grand d’Échiquier d’Asie Centrale_partie 7

    La stratégie chinoise du « collier de perles »

    C’est notamment pour faire transiter le pétrole iranien vers l’Océan Indien et assurer la sécurité des supertankers que Gwadar fut choisi par la Chine dans une colossale stratégie maritime surnommée le « collier de perles ». Une théorie, développée par le cabinet d’études stratégiques Booz-Allen-Hamilton travaillant pour le Pentagone, considérée par tous les états-majors du monde, de même que par les services de renseignement et les centres spécialisés en géostratégie, comme une évolution stratégique majeure de la Chine. Pour définir le « collier de perles », il représente un vaste réseau de ports, les « perles », et de bases navales formant le « collier » sous la forme de stations d’écoute, d’accords navals et d’accès portuaires, dans l’Océan Indien y compris les côtes orientales de l’Afrique et depuis le Golfe Persique au Détroit de Malacca, connectant ainsi la Chine aux ressources énergétiques du Moyen-Orient et d’Afrique.

    Simultanément géoéconomiques et géostratégiques, certaines « perles » sont considérées de grandes importances pour la marine nationale chinoise (People’s Liberation Army Navy), notamment pour accueillir ses sous-marins nucléaires non-officiellement reconnues par Pékin qui, par la voix de ses diplomates et de ses responsables politiques, semble camper pour le moment sur une ligne de déni absolu. Et d’autres « perles » pour permettre à ses pétroliers d’y faire escale sur la route stratégique depuis le Golfe Persique. Il est important de préciser que toutes ces « perles » ne sont pas des ports et des bases navales exclusivement chinois mais comme les Etats-Unis dans la plupart des cas, les Chinois sont autorisés à utiliser des installations déjà existantes, à les renover ou à en construire de nouvelles. Les accords sont par conséquent révocables. Il faut donc noter que certains ports sont temporairement exploités et d’autres sont directement financés comme au Soudan et au Kenya. Nombre de ces ports sont en cours de développement, d’autres ont déjà été inaugurées et quelques uns intéressent la Chine de retour sur les mers comme au temps de ses flamboyantes jonques. Toutefois, la Chine ne se contente pas seulement de renover que les installations portuaires. Généreuse, la Chine dépense énormement dans diverses infrastructures, dans ces pays stratégiques, allant de la rénovation des routes et des voies ferroviaires à la construction de centrale électrique. Je signalerai donc dans une liste non-exhaustive selon les dernières mises à jour au 20 février 2010 : 

     

    • la Birmanie (Myanmar), les ports de Kyaukphyu au nord, de Rangoon, de Thilawa, de Thandwe, de Munaung, de Hainggvi, de Yangon au sud de Sittwe, les sites des îles de Katan et de Zadaikyi ainsi que la base de l’archipel Mergui au large du Tenasserim et enfin, l’île Coco dans le Golfe du Bengale à proximité de la base indienne des îles Andaman, où ils ont également installé une station d’interceptions électroniques, pour observer les tirs d’essais de missiles indiens de Chandipore lancés dans l’Océan Indien à partir des côtes de l’Orissa, mais qui a été extrêmement endommagée à la suite du tsunami en décembre 2004 et n’aurait ainsi pas été réparée depuis, malgré les demandes des généraux chinois.
    • le Pakistan, le port de Gwadar qui est sans doute destiné à devenir la base la plus importante de la marine nationale chinoise avec les installations pakistanaises d’Ormara sur les côtes de l’Océan Indien.
    • le Bangladesh, le port de Chittagong dont la modernisation est en cours avec la collaboration de la Corée du Sud.
    • le Sri-Lanka, les ports de Colombo et de Hambantota, ceci est la dernière des « perles » de la stratégie chinoise pour contrôler les voies maritimes entre les Océan Pacifique et Océan Indien.
    • les Maldives, le port de l’île de Marao, dont l’atoll, à 40 kilomètres au sud de la capitale, aurait été loué pour 25 ans à la Chine que les experts du « collier » suspectent de devenir une base sous-marine.
    • l’île Maurice, la capitale Port-Louis visitée en février 2009 par Hu Jintao mais aucun accord militaire précis mentionnant la construction de bases navales n’a été ratifié entre Pékin, l’île Maurice et les Seychelles.
    • les Seychelles, le port de Victoria dont la valeur stratégique pourrait faire un rival de poids à la base américaine insulaire Diego Garcia située dans un atoll de l’archipel des Chagos où des bombardiers furtifs B-2 sont présents et bientôt quatre sous-marins nucléaires grâce à un port flottant [41].
    • le Cambodge, le port de Woody Island.
    • le Kenya, le port de Lamu [42].
    • le Soudan, Port-Soudan sur la mer Rouge [43].

    les facteurs géopolitiques et géostratégiques de l'Océan Indien

    les facteurs géopolitiques et géostragétiques de l'Océan Indien

    Source de la carte : Rivalités maritimes en Asie (Philippe Rekacewicz)

    tracé de la route maritime du pétrole vers la Chine

    Les exportations africaines vers la Chine sont essentiellement du pétrole (plus de 60 % du total) d’Angola (premier fournisseur de brut de la Chine), de Guinée Equatoriale, du Soudan et de la République démocratique du Congo ainsi que des minéraux, du bois et diverses matières premières comme le manganèse, le fer, le cuivre, le chrome et le coltane (minerai rare utilisé dans la production de puces de téléphones portables). Pour donner une petite idée du chiffre, le montant du commerce sino-africain a été multiplié par 20 en 10 ans. Il est passé de 5 milliards de dollars en 1995, à environ 100 milliards de dollars annoncés en 2008. A titre d’information, il est bon d’également signaler ici, dans l’exploitation portuaire hors de Chine et hors de l’océan Indien, le poids croissant que prend la seule entreprise chinoise Hutchison Whampoa Ltd (Hong Kong) du milliardaire chinois Li Ka Shing dans la prise de contrôle de terminaux portuaires. Cette société gère aujourd’hui 39 ports ou terminaux à conteneurs dans 19 pays. En Europe ce sont les ports de Felixstowe, Thamesport et Harwich au Royaume-Uni, et les terminaux d’ECT-Rotterdam et Gdynia en Pologne. Avec Taiwan et Singapour (Port of Singapore Authority), ce sont, en plus, les ports suivants qui sont à présent contrôlés par des intérêts chinois : Colon au Panama, Tarente en Italie, Tacoma, Oakland et Longbeach, New York-New Jersey aux Etats-Unis. 

    D’une importance stratégique de premier ordre également pour la Chine et le Japon mais aussi pour les relations commerciales Occident-Orient, c’est par le Détroit de Malacca, long de 800 km et large de 50 à 320 kilomètres (2,8 kilomètres de large dans son point le plus étroit) situé entre la Malaisie et l’Indonésie, que plus de 50.000 navires passent chaque année, 20 à 25 % du transport maritime mondial et la moitié du commerce maritime de pétrole, 1,5 millions de tonnes de pétrole y transite par jour (plus de 11 millions de barils par jour en 2003), neuf fois plus que le canal de Suez. 

    Aigle, Tigre et Dragon

    On sait également que les îles Spratley sont disputées par la Chine, Taiwan, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et le Sultanat de Brunei. Les îles Paracels sont quant à elles réclamées par la Chine qui les occupe depuis 1974, le Vietnam et Taiwan. Les îles Senkaku (Diaoyutai) ne sont disputées qu’avec le Japon. Selon l’étude de Booz-Allen-Hamilton : « La Chine ne cherche pas seulement à bâtir une marine de haute mer pour contrôler les routes maritimes, mais aussi à développer des capacités de missiles et de mines sous-marines pour dissuader toute attaque sur ses lignes d’approvisionnement énergétique de la part de menaces potentielles, ce qui inclut l’US Navy, particulièrement en cas de conflit avec Taïwan ». Tout comme le principal rival régional, l’Inde, se sentant encerclé, les Etats-Unis voient d’un très mauvais oeil le « collier de perles » qui affaiblit sa domination dans l’Océan Indien et sa capacité de projection militaire en Afrique oriental comme en Somalie, en Asie Centrale et du Sud-Ouest ainsi qu’au Moyen-Orient. 

    les présidents chinois Hu Jintao et américain Barack H. Obama

    Sans nul doute, les diverses avancées chinoises dans sa stratégie du « collier de perles » sont une raison essentielle de la grande vente d’armes américaine, le samedi 30 janvier 2010, à Taïwan selon une proposition datant de 2001, d’un coût de 15 à 18 milliards de dollars incluant huit sous-marins diesel-électriques, quatre anti-missile guidés, douze avions de patrouille maritime Lockheed P-3C et d’avion anti-sous-marin, des hélicoptères de dragage de mines, 60 hélicoptères Black Hawk (3,1 milliards), des missiles pour un côut de 421 millions de dollars pour les avions de combat F-16, 114 missiles anti-missile Patriot (2,81 milliards de dollars), des torpilles, des missiles Harpoon anti-navires, des véhicules d’assaut amphibies ainsi que des mortiers de 155 millimètres. Quel arsenal, de destruction maritime ou de défense territoriale, pour un si petit pays que la Chine a toujours considèré comme une de ses provinces. Cette vente d’armes à Taïwan a refroidi les relations commerciales et attisé les relations diplomations déjà très tendues entre la Chine et les États-Unis. Fin janvier 2010, le président Hu Jintao adressait son mécontentement au président Barack H. Obama en le menaçant de sanctions économiques et en guise de première protestation, Pékin a déjà suspendu tous ses échanges militaires avec Washington. Dans une précédente conférence de presse au Camp Smith de Honolulu, Hawai, le secrétaire de la Défense Robert Gates, a déclaré qu’il énumérerait les activités américaines et initiatives dans la région de l’Asie du Pacifique : « Il est tout a fait clair que nous restons profondément engagés, que nous sommes activement engagés, que nous avons été une puissance asiatique – une puissance Pacifique – pour un très long terme et que nous prévoyons de continuer à en être une » [44]. 

    la base américaine de Futenma

    Ces arrogantes paroles survenaient en 2007, bien avant l’important changement politique survenu au Japon, fin septembre 2009, qui a vu la montée au pouvoir des libéraux-démocrates après avoir été maintenu plus d’un demi-siècle par les conservateurs. La nouvelle classe politique a demandé au Premier ministre Yukio Hatoyama le retrait des troupes américaines sur son sol ou le déplacement de ses bases militaires étant à la fois les sources constante d’irritation de la population locale à cause des nuisances et fréquente de disputes diplomatiques au sujet des coûts respectifs. Principalement visées, dans un premier temps, la base aérienne de Yokota, située en plein coeur de la mégalopole de Tokyo, et la base de Futenma, située au coeur de la zone urbaine d’Okinawa, au sud du Japon, qui abrite le plus gros du contingent américain au Japon ainsi que la plupart du matériel et des ressources de l’armée américaine dans l’Océan Pacifique. Un accord conclu, en 2006, entre Washington et Tokyo prévoyait déjà le déménagement de Futenma vers la baie de Henoko. Dans une annonce faite au Pentagone au mois de décembre 2009, le général James Conway, commandant du Corps des Marines, a averti que la perte de Yokota et Funtenma risquait de remettre en cause tout le programme de réorganisation des bases américaines du Japon, y compris le retrait de plusieurs milliers de Marines de la base d’Okinawa vers l’île américaine de Guam prévu en 2012. Il y aurait 47.000 soldats américains présents sur le sol japonais dont la moitié sont basés à Futenma. Le 15 février dernier, le sénateur démocrate Jim Webb, qui dirige au Sénat la sous-commission des Affaires étrangères chargée de l’Asie orientale, a déclaré : « Je pense que la présence militaire américaine au Japon peut être modifiée. (…) C’est la seule région au monde où les intérêts stratégiques et militaires de la Chine, de la Russie, du Japon et des Etats-Unis se rencontrent » en parlant de la stabilité du nord-est de l’Asie. Le gouvernement japonais doit rendre sa décision d’ici la fin du mois de mai 2010 [45]. Du fait de partager certaines similitudes, le Japon s’aligne sur la Chine entreprenante, surtout en matière de sécurité pour son approvisionnement énergétique dans les mers indiennes du Détroit d’Ormuz au Détroit de Malacca. Le départ des troupes américaines du Japon aurait de graves conséquences sur la stratégie globale de l’US Navy pour l’Océan du Pacifique et d’Océan Indien en Asie du Sud-Est. 

    Conclusion

    Jadis, le Grand Jeu ne s’est achevé qu’en semant la discorde entre les religions attisées, entre les tribus manipulées, entre les ethnies spoliées et entre les nations nouvellement créées. Ce n’est pas un hasard que certaines personnes nomment le Grand Échiquier d’Asie Centrale de Nouveau Grand Jeu. « L’homme du 20ième siècle est moins confiant que son ancêtre du 19ième siècle. Il a été témoin et a fait l’expérience des pouvoirs maléfiques de l’histoire. Ce qui semblait appartenir au passé a ressurgi : la foi fanatique, les dirigeants infaillibles, l’esclavage et les massacres, le déracinement de populations entières, la barbarie impitoyable. » Hans Kohn cité par l’actuel conseiller géostratégique Zbigniew Brzezinski de Barack H. Obama, à la page 270, de son célèbre ouvrage, le Grand Échiquier. Les énormes défis énergétiques de la Chine et de l’Inde du 21ième siècle mais aussi du mode de vie de l’Occident sont au coeur des enjeux géostratégiques disputés en Asie Centrale. Désireuse de limiter ses échanges avec l’Arabie Saoudite, la Terre Sainte de l’Islam, l’hyperpuissance étatsunienne, qui a bâti une large partie de son hégémonie sur la manne pétrolière saoudienne, s’est donnée la mission divine de contrôler la moindre goutte de pétrole dans le monde et d’en réguler tout le trafic. Ce qui implique l’interdiction de certains pays à le vendre à d’autres pays, sans leur accord préalable. Dans son arrogance, la Statue de la Liberté peut tirer une bien vilaine grimace. Par ailleurs, l’Océan Indien est devenu un autre enjeu majeur entre Pékin et Washington. Nous pouvons clairement constater que chaque nouvel événement mineur ou majeur dans la géopolitique de l’énergie, que ce soit des négociations de projets de construction de pipeline ou des contrats d’attribution de quota énergétique, déclenche une recrudescence flagrante des activités terroristes et de piraterie dans la zone circonscrite d’acheminement de l’énergie par gazoduc, oléoduc ou voies maritimes. Est-ce une pure coïncidence ? Il n’y a qu’à suivre les informations géopolitiques pour en douter. Est-ce que le Pakistan est menacé d’une balkanisation, d’une nouvelle partition ? La Chine a beaucoup investi dans ce pays mais, sachant que George W. Bush s’est passé de toute autorisation onusienne pour attaquer l’Irak, le droit de véto au Conseil de Sécurité suffira-t-il à Pékin, et Moscou, pour empêcher Washington de balkaniser le Balouchistan ? Est-ce que sous la pression d’Israël, Barack H. Obama va finalement craquer en se hasardant à attaquer l’Iran ou simplement changer son fusil d’épaule ? Est-ce que c’est la poudrière du Moyen-Orient qui va s’embraser à nouveau, le brasier d’Asie Centrale qui va s’étendre un peu plus ou, dans un registre fataliste, une troisième guerre mondiale qui va éclater avec une majorité d’acteurs principaux – la Chine, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Inde, le Pakistan et la Russie – possédant tous un arsenal d’armes nucléaires ? Les prochains mois s’annoncent particulièrement caniculaires et d’autant plus intéressants à surveiller de très près car de toute évidence des décisions cruciales vont être prises à la Maison Blanche.

     

    Saïd Ahmiri


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  • Le Grand d’Échiquier d’Asie Centrale_partie 6

    Le Balouchistan dans la ligne de mire des enjeux internationaux

    Qu’est-ce que la ligne Goldsmith ?

    On nomme la ligne Goldsmith la frontière internationale entre l’ancien grand royaume de Kalat (1695 à 1955) et la Perse qui a été établie en 1871 par la Compagnie des Indes britanniques. En accord avec les autorités perses, la ligne Goldsmith divisa l’aire de population baloutche en abandonnant plus d’un quart du Balouchistan à la Perse qui avait déjà conquis une large partie du territoire occidental du royaume de Kalat. Les informations demeurent très floues quand à l’origine exacte de ce Goldsmith ou Goldsmid selon Selig S. Harrison, directeur du Center for International Policy à Washington. Était-ce cet officier juif et intendant particulier du roi Edouard VII qui s’éleva au rang du commandant en chef de l’armée de la Grande-Bretagne en Afrique ? En accord avec les autorités afghanes, suite au tracé de la ligne Durand, le vieux royaume de Kalat, devenue la province autonome du Balouchistan britannique, est à nouveau morcelé en quatre états : Makran (sud), Kharan (centre), Las Bela (nord), et Kalat (ouest) qui n’était plus qu’un vestige. 

    un Baloutche qui s'en va en guerre

    Malgré le souhait d’un Balouchistan réunifié et indépendant proclamé par le roi Ahmad Yar Khan du Kalat, en 1948, l’armée pakistanaise intervient dans l’état du Kalat et un accord met tout de suite fin à son indépendance. Le frère du roi Ahmad Yar Khan, le prince Abdoul Karim refusa cet accord et entama une guérilla contre le pouvoir central. C’est la première guerre baloutche entre le natif Pakistan occidental et le mouvement nationaliste baloutche. Toujours sur des fonds ethniques, religieux et stratégiques, les Baloutches revendiquant plus d’autonomie ainsi qu’une plus juste répartition des richesses de leur territoire, la deuxième guerre baloutche a eu lieu en 1955, le troisième de 1958 à 1969 et la quatrième de 1973 à 1977 qui fut sans doute la plus violente, faisant 8.600 morts dont 5.300 Baloutches. L’invasion soviétique d’Afghanistan de 1979 qui entraîna un lot massif de centaines de milliers de réfugiés afghans dans le Balouchistan, fit passer les revendications baloutches au second plan. Le cinquième conflit baloutche a éclaté en 2004. 

    le Balouchistan

    Située au sud-ouest du pays, près de la frontière de l’Afghanistan, Quetta est la capitale de cette plus vaste province pakistanaise, 347.190 km² (42 %) – une superficie quasi équivalente à celle de l’Allemagne – des 800.000 km² du Pakistan, mais aussi la moins peuplée avec seulement 7,5 millions d’habitants dont 6,67 millions de Baloutches. De l’autre côté de la ligne Goldsmith, le Sistan-Balouchistan est la seconde plus grande province iranienne, avec une superficie de 181.600 km² (11 %) sur les 1 648.195 km² que compte l’Iran, une population d’environ 2,3 millions d’habitants dont 1,15 millions de Baloutches et son chef-lieu se nomme Zahedan. La province du Baloutchistan a le revenu moyen par habitant le plus bas du Pakistan, alors qu’elle est la plus riche, concentrant 20 % des ressources minières de cuivre, de fer, de zinc, d’uranium, de charbon et de gaz principalement, pour ces deux dernières ressources, dans la région de Sui. Le seul gisement de Sui représente 45 % de la production annuelle de gaz naturel du Pakistan. Pour donner un exemple concret de ces inégalités, Islamabad achète l’unité de gaz pour 170 roupies à la province du Sindh, pour 190 roupies à la province du Pendjab, et seulement pour 27 roupies à la province du Baloutchistan. Par ailleurs, seuls 4 des 26 districts du Balouchistan sont approvisionnés en gaz. En 2005, le gouvernement de Pervez Musharraf fait l’acquisition de terrains destinés à la construction de nouvelles garnisons militaires ou à l’extension de casernes dans les districts de Gwadar, Dera Bugti, Quetta, Khuzdar et de Kohlu, le bastion de la tribu des Marri la plus nationaliste, avec les Bugti et les Mengal. 

    Sunnites hanéfites comme le peuple pachtoune, les tribus baloutches sont des éleveurs nomades de langue iranienne. Ils auraient migré vers l’an 1000, depuis les bords de la Mer Caspienne, pour s’installer entre le désert du sud-est de la Perse et la Mer d’Oman. Les Baloutches iraniens, au sentiment anti-perse et anti-chiite semblable à celui qui existe à l’ouest dans la province iranienne du Khuzestan, ont également des relations très tendues avec le régime chiite de Téhéran se résumant, dans les grandes lignes, à l’oppression discriminatoire des sunnites de la part des institutions gouvernementales et, comme les Baloutches pakistanais avec Islamabad, les retombées de l’exploitation des mines d’or et de cuivre du Sistan-et-Balouchistan. 

    Toutes les routes mènent à Gwadar

    Gwadar

    Surnommé le « Gibraltar » sino-pakistanais par l’Inde, Gwadar est une petite ville d’à peine 54.000 habitants, située en bordure de la Mer d’Arabie de l’Océan Indien, à 100 kilomètres de la frontière iranienne. Ancienne enclave du Sultanat d’Oman jusqu’en 1959, Gwadar se trouve à l’est du Golfe Persique et son fameux Détroit d’Ormuz, long de 63 kilomètres et large de 40 kilomètres, où transite le pétrole d’Arabie Saoudite, du Koweït, du Qatar, des Émirats Arabes Unis, du Bahreïn et d’Irak. 17 millions de barils chaque jour, soit 2.400 pétroliers par an, passent par le Détroit d’Ormuz, d’une importance stratégique décisive dans le trafic international, selon les données du Département de l’Énergie américain. Une raison importante parmi d’autres, c’est pour anticiper à un éventuel blocage du Détroit d’Ormuz, par l’Iran comme probable mesure de riposte en cas d’agression sur son territoire par des forces étrangères, que la Chine a fait construire le port de Gwadar. 

    la « perle » pakistanaise de la Chine

    La « Phase One » du complexe portuaire ultramoderne en eau profonde à vocation civile et militaire de Gwadar a été inaugurée le 27 mars 2007, par le président Pervez Musharraf en personne. Gwadar permet à présent au Pakistan d’avoir une seconde base navale et un nouvel accès au commerce international mais aussi de décongestionner Karachi afin d’éviter un nouveau blocus comme en 1971 durant la Troisième Guerre indo-pakistanaise. Un aéroport international, un terminal pétrolier et une raffinerie, une zone spéciale dédiée à l’export et une autre à l’industrie en cours de construction s’ajouteront au port de Gwadar. Conçu pour durer, bâti pour briller comme une « perle » et financé à hauteur de 85 % des 1,2 milliards de dollars par la Chine, le nouveau port de Gwadar sert aussi à la Chine pour relier, via la liaison ferroviaire Dalbandin-Gwadar dans le Balouchistan qui se prolongera jusqu’à Rawalpindi dans le Penjab pakistanais, la longue route de Karakoram, d’environ 1.300 km de long, qui relie Havelian, dans la province NWFP du Pakistan, à Kashgar dans la province autonome ouïghoure du Xinjiang. Empruntant l’un des itinéraires de la Route de la Soie, la route de Karakoram, qui pourrait être doublée d’un oléoduc transpakistanais, est la plus haute route asphaltée du monde en franchissant le col de Khunjerab à 4.693 mètres d’altitude. D’ouest en est, un tronçon supplémentaire relie les villes de Kaboul, par la Passe de Khyber, Lahore, Peshawar et Islamabad, à la grande route transcontinentale qui traverse tout le nord de l’Inde, vers Amritsar, au Penjab indien, à Sonargaon dans le Bengale occidental. Le Pakistan et l’Ouzbékistan prévoient de construire une route et une voie ferrée pour relier l’Ouzbékistan à la route de Karakoram. 

     

    La chimère TAP

    Dans le contexte géostratégique terrestre d’Asie Centrale, en observant la carte avec du recul, toutes les zones instables indo-pakistanaises, du Cachemire à travers la province NWFP, en passant par celle du FATA jusqu’au Balouchistan, paralysent autant l’accès au pétrole iranien à la Chine que le projet iranien du gazoduc IPI (Iran-Pakistan-Inde), censé être opérationnel en 2015 si les travaux débutent bel et bien en 2010. 

    les différentes zones de conflits du Cachemire au Balouchistan en passant par le Pachtounistan

    Le gazoduc IPI évite donc l’Afghanistan instable mais traverse tout le territoire sud-pakistanais depuis la ville iranienne d’Assuliyeh, près du gisement de South Pars, à la ville indienne de Barmer dans la province du Rajasthan, soit 2.775 kilomètres. Il y a peu, cette situation à hauts risques était encore du pain béni pour l’Amérique du Nord et l’Europe tous impatients d’enfin pouvoir se lancer dans la construction d’un gazoduc transafghan reliant la ville turkmène d’Ashgâbât à Gwadar et/ou au terminal indien de Dabhol selon le vieux tracé d’Enron ou d’Unocal avec le gazoduc TAP (Trans Afghanistan Pipeline) d’Achgâbât à Karachi devenu, en 2008, le gazoduc TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde). Les gazoducs IPI d’Iran et TAPI de l’Occident nourissent par conséquent une grande rivalité que les médias n’osent pas en parler. 

    les tracés des gazoducs IPI (blanc) et TAP (rouge)

    un autre tracé du gazoduc TAP (Trans Afghanistan Pipeline)

    Le vieux projet de gazoduc transafghan TAP est débattu sur de nombreux forums, même sur Facebook, depuis des années. Rappelons que la société californienne Unocal, intéressée par l’Afghanistan dès 1993, a offert son soutien aux Taliban durant la guerre civile contre l’Alliance du Nord. Ils négocièrent par l’intermédiaire de la société américano-saoudienne Delta Petroleum, dont les liens supposés avec la CIA et les services secrets d’Arabie Saoudite n’ont jusqu’à ce jour jamais été ni prouvés ni démentis. Le projet d’Unocal fut d’abord menacé par la société argentine Bridas, dont l’ancien président Carlos Bulgheroni noua une relation de confiance avec les Bhutto au Pakistan et pu négocier plus habilement que les Américains et directement avec les différentes factions tribales d’Afghanistan. Puis, le projet du gazoduc TAP fut officiellement abandonné en 1998 lorsque Washington prit ses distances avec le nouveau régime de Kaboul à cause peut-être des révélations dans la presse des pratiques auxquelles se livrèrent les Taliban et des réactions qu’elles suscitaient au sein de l’opinion publique. Rappelons aussi que, selon des informations révélées par le journal Le Monde, le président Hamid Karzaï aurait été autrefois un conseiller d’Unocal. Le 11 septembre 2001 réactiva le projet d’Unocal avec cette fois le soutien de la Banque Asiatique de Développement (ABD) qui s’était engagé à en financer une partie. En mai 2002, le redémarrage officiel du projet TAP est annoncé par les trois présidents d’Afghanistan, du Pakistan, et du Turkménistan réunis à Islamabad. Des doutes commencent alors à planer sur la capacité du Turkménistan à honorer ses engagaments à cause notamment de la Russie qui achète 80 % du gaz turkmène et les premières négociations avec la Chine dont le projet faramineux d’un long gazoduc TOKC, de 1.833 kilomètres, traversant l’Ouzbékistan et l’immense Kazakhstan jusqu’au Xinjiang. Qui plus est, le tracé du gazoduc TAP traverse le Talibanistan et le conflit afghan n’est toujours pas fini. Après les trois inaugurations, en 2001, de l’oléoduc CPC (Caspian Pipeline Consortium) qui relie le gisement kazakh de Tengiz au port russe de Novorossiisk sur la Mer Noire, en 2006, de l’oléoduc BTC (Baku Tbilissi Ceyhan) et, en 2007, du gazoduc SCP (South Caucasus Pipeline) qui relie Baku à Erzurum via Tbilissi, tous les trois dans des régions stables, l’itinéraire choisi pour le gazoduc TAP perd beaucoup de son intérêt et le projet passe à nouveau au second plan. C’est à croire qu’il est maudit mais dans un nouveau coup de théâtre, en octobre 2008, le cabinet britannique Gaffney Clines and Associates (CGA) publie les résultats de son audit ne concernant que les réserves de la partie est du Turkménistan. Le seul gisement d’Osman-South Yoloton contiendrait déjà entre 4 et 6 tcm (trillions de mètres cube) de gaz, ce qui en fait le quatrième gisement au monde. Cet audit rassure les investisseurs américains, chinois et indiens sur les capacités du Turkménistan à produire, sur le long terme, les volumes pour lesquels il s’était engagé. Malgré toutes les difficultés cumulées, les risques et les retards, le vieux projet d’Unocal n’est pas encore abandonnée. Il a déjà 15 ans mais la construction n’a même pas encore débuté. 

    le réseau de pipelines (gazoducs et oléoducs) vers l'Europe

    Source de la carte : « Grand jeu » autour du pétrole et du gaz (Philippe Rekacewicz)

    Pourquoi alors cela n’est plus que du pain moisi ? Premièrement, deux jours après l’inauguration de la partie kazakhe du gazoduc TOKC (Turkménistan Ouzbékistan Kazakhstan Chine), la partie turkmène a été inaugurée, le 14 décembre 2009, au cours d’une grande cérémonie à Saman-Depe avec les quatre présidents concernés, Hu Jintao de la Chine, Gurbanguly Berdimuhamedov du Turkménistan, Islam Karimov de l’Ouzbékistan et Noursoultan Nazarbayev du Kazakhstan [28]. Et deuxièmement, en dépit de toute la calomnieuse propagande anti-iranienne, les États-Unis menaçant le régime des mollahs de nouvelles sanctions depuis plusieurs années et prétendant que « Téhéran se trouve de plus en plus isolé », le 6 janvier 2010, le Turkménistan a finalement décidé d’attribuer la totalité de ses exportations de gaz à la Chine, la Russie et l’Iran. Un événement majeur dans le Grand Échiquier qui est totalement passé inaperçu dans la presse occidentale tellement son importance était lourde de conséquences avec le bourbier afghan ayant pris, ici, une nouvelle proportion calamiteuse. Avec l’inauguration du gazoduc DSK (Dauletabad-Sarakhs-Khangiran) qui relie le nord de l’Iran dans le bassin de la Mer Caspienne, puis par ramification vers la Turquie par le gazoduc existant, long de 2.577 km, entre Tabriz, au nord de l’Iran, et Ankara, le président turkmène Berdymukhammedov n’est plus vraiment intéressé par les différents projets de tracés transafghans proposés par les États-Unis et l’Union Européenne. Dans une politique multivectorielle comme le Kazakhstan, le Turkménistan compte dorénavant bien profiter du vaste réseau de pipelines iraniens pour développer de nouvelles voies d’acheminement de gaz vers le reste du monde. 

    Peut-on alors dire que le projet ancestral d’Unocal a été tué dans l’oeuf ? Avant de l’enterrer hâtivement, n’oublions pas qu’il a su traverser de nombreux obstacles en bientôt deux décades. La chimère TAP a fait dépenser des quantités astronomiques d’argent, a été débattu pendant des milliers d’heures en diplomatie et en négociations, et a coûté la vie à des milliers de militaires. Dans ces circonstances, la décision turkmène signifie surtout que cela risque de fortement aggraver la sécurité dans toute la région dont le Balouchistan et probablement d’avantage du côté iranien de la ligne Goldsmith que pakistanais. La défaite assurée de l’OTAN en Afghanistan et les nouveaux retards qui seront occasionnés par l’hypothétique pacification du Talibanistan sont deux principaux facteurs que les investisseurs vont devoir prendre en compte avant de revoir l’éventualité d’exploiter le corridor énergétique afghan sérieusement compromis. L’échec du conflit amplifié à présent de cet accord turkmène sera dur à digérer pour les impérialistes atlantistes qui, en plus des 30.000 nouveaux soldats américains déployés par Barack H. Obama, avaient déployé énormément d’efforts dès le lendemain de l’effondrement de l’URSS lorsque les compagnies pétrolières occidentales commencèrent à prendre pied tout autour de la Mer Caspienne pour s’y accaparer les riches ressources énergétiques au nez de la Chine et de la Russie [29]. 

    Opportunisme baloutche ou ingérence au Balouchistan ?

    Avant de définitivement quitter le Pakistan pour aller faire un petit tour en Iran et ensuite prendre la mer, récapitulons un instant quelques uns des derniers incidents qui se sont produits de part et d’autre la ligne Goldsmith. Le cinquième conflit baloutche aurait débuté, entre les mois de mai et de juin 2004, avec les mêmes révendications indépendantistes ainsi que l’arrêt des constructions des nouvelles installations militaires de l’armée pakistanaise et du complexe portuaire de Gwadar qui voit l’arrivée massive de Pendjabis, des non-Baloutches et des Chinois pour travailler sur le chantier. Les premiers incidents imputés aux différents mouvements séparatistes de la rébellion baloutche ont éclaté de mai à août 2004. Le 3 mai, 3 Chinois sont tués dans un attentat à la voiture piégée. 11 personnes, dont 9 Chinois, sont également blessées. Le 6 juin, 2 personnes sont tuées et deux autres blessées suite à l’explosion d’une mine dans le district de Kohlu. Le 19 juin, un attentat à la bombe détruit le terminal de l’aéroport de Sui. Le 27 juin, 2 policiers et 3 baloutches sont tués au cours de combats à Maiwand. Au total, 120 attaques à la roquette ont déjà été enregistrées pour le seul mois de juin. Le 2 juillet, 7 membres des Frontier Constabulary sont blessés dans l’explosion d’une mine dans la région de Sui. Le 18 juillet, le leader et membre de l’Assemblée nationale, le maulana Muhammad Khan Sherani, échappe à une tentative d’assassinat dans le district de Qilla Saifullah. Le 1er août, 5 soldats et un civil sont tués par 3 hommes armés qui attaquent leur véhicule à proximité de Zinda Pir, sur la route menant à Khuzdar, à proximité d’un cantonnement militaire. Revendiquée par l’Armée de Libération du Baloutchistan (ALB) en réponse aux opérations militaires menées dans la région de Turbat et à la construction d’infrastructures militaires. Le 2 août, le gouverneur de la province, Jan Mohammad Youssouf, échappe à un attentat près de Surab, à 180 kilomètres au sud-ouest de Quetta. Le 14 août, le jour de l’indépendance du Pakistan, 14 explosions retentissent à Quetta. 

     

    le leader baloutche Nawab Muhammed Akbar Bugti

    Un combat se mène sur plusieurs fronts à la fois. Le mouvement pour la revendication des droits des Baloutches n’est pas seulement composé de cellules autonomes de combattants séparatistes mais aussi d’un mouvement politique s’adonnant à des marches de protestation et des manifestations pacifiques. Le mouvement politique est divisé en quatre partis : Jamhoori Watan Party, National Party, Baloutchistan National Party essentiellement composée par des membres de la tribu Mengal et Baluch Haqtawar. Tous ne désirant pas l’indépendance du Balouchistan, les quatre partis séparatistes ont essuyé les critiques de la part d’autres Baloutches nationalistes issus de l’alliance entre le parti pro-Mucharraf et les islamistes de la Muttahida Majlis-e Amal. Avec les autres incidents au Talibanistan, la guerre dans les zones tribales du FATA et NWFP qui vient également d’éclater, le Pakistan d’une main dialogue avec les quatre partis séparatistes et de l’autre accroit sa répression pour anéantir la guérilla indépendantiste mais les attaques tribales ne s’arrêtèrent pas pour autant et le rythme augmenta. Le 17 décembre 2005, lors de l’inauguration de la nouvelle base militaire de Kohlu, le président Pervez Mucharraf avait été accueilli par des tirs de roquettes. L’armée lança des opérations de représailles visant la population civile. Sous le prétexte du viol d’une doctoresse par des agents de la sécurité du gisement gazier de Sui, la tribu Bugti, encouragée par leur chef Nawab Muhammed Akbar Bugti et soutenue par l’ALB, a lancé une grande opération contre les installations du gisement de Sui qui représente 45 % de la production annuelle de gaz naturel du Pakistan. Bénéficiant de l’aide des tribus Mengal, Mazai et Marri qui campaient à proximité de Sui prêtes à intervenir, ce sont plus de 450 roquettes et 60 obus de mortiers qui ont été tirés durant l’opération entraînant de lourdes conséquences pour Karachi qui a connu des coupures quotidiennes et une chute de la production industrielle de 25 %. Localement, des conduites de gaz ont été endommagées provoquant la fermeture de la principale installation fournissant en gaz les provinces environnantes. 8 personnes ont été tuées, dont trois membres des forces de sécurité du site, et 35 autres ont été blessées. De plus, 12 employés de l’Autorité de l’eau et de l’électricité pakistanaise ont été enlevés pendant plusieurs jours avant d’être libérés le 14 janvier 2006. 

    Face à la troublante technicité opérationnelle des tribus baloutches unies risquant de s’étendre en Iran et de menacer le réchauffement avec New Dehli, Islamabad, craignant un réveil du vieux conflit indépendantiste, donne l’ordre à 1.000 paramilitaires du Frontier Corps de se déployer dans la région du Sui pour sécuriser l’important site gazier. Entre temps, le 11 janvier 2006 et d’après le rapport d’une commission pakistanaise des droits de l’Homme, 12 personnes ont été exécutées par des paramilitaires du Frontier Corps dans le village de Pattar Nala. Des représailles qui avaient fait suite à l’explosion d’une mine à proximité du Pattar Nala, quelques heures plus tôt, ayant coûté la vie à plusieurs paramilitaires. Deux « anciens » du village désignés pour aller chercher les corps à la base de Kohlu ont également été abattus. Finalement, 14 dépouilles ont été remises aux femmes de Pattar Nala. L’escalade s’est poursuivie dans les mois qui suivèrent, le dimanche 2 avril 2006, deux explosions quasi-simultanées se sont produites dans une ferme gérée par des paramilitaires, dans le district de Kohlu, tuant trois civils, un homme, une femme et une fillette et faisant sept blessés. Dans le district de Bolan, au centre de la province du Balouchistan, cinq policiers et un civil membre d’une société chargée de la sécurité d’un site pétrolier et gazier ont été tués dans un attentat à la bombe, a indiqué Mohammed Anjoum, responsable de la police tribale. Dans la district voisin de Nasirabad, une nouvelle explosion d’une mine au passage d’un tracteur tue le conducteur et blesse deux personnes, selon la police tribale. Le lundi 4 avril 2006, un démineur appartenant aux paramilitaires du Frontier Corps a été tué alors qu’il tentait de désamorcer un engin piégé dans le village de Taraman, dans le district de Kohlu. Enfin, un camion-citerne d’eau des forces paramilitaires a sauté sur une mine à proximité des champs de gaz de Loti. Deux paramilitaires ont été blessés. 

     

    la capitale provinciale Quetta

    La mèche de la cinquième guerre baloutche est allumée – par qui là est la question – et ne désempilla plus. Le mardi 14 avril 2009, on pouvait encore lire dans l’AFP que l’assassinat de 3 leaders politiques de l’alliance nationaliste, dont les corps avaient été retrouvés à Turba, une ville du sud-ouest de la province, provoqua une grève générale à Quetta qui tourna en de violentes émeutes ayant fait une vingtaine de morts, et à la paralysie de toute la région. Les manifestants s’en étaient alors pris aux commissariats de police et aux forces de l’ordre mais aussi à des voitures de l’ONU, à des agences bancaires et à des bâtiments gouvernementaux. Les autoroutes menant à Quetta étaient bloquées. Les activistes baloutches ont accusé les services secrets pakistanais de l’assassinat des 3 leaders politiques mais le gouvernement démentit ses accusations. Les exploitations économiques et installations gouvernementales étaient d’ailleurs toujours prises pour cibles. Le samedi 11 avril 2009, l’ABL revendiqua l’assassinat de six ouvriers qui travaillaient dans une mine de charbon. L’autopsie de leur corps avait démontré qu’il s’agissait d’une exécution, les ouvriers ayant tous les six été tués d’une balle dans la tête. Tout comme un Américain qui fut detenu en otage, pendant deux mois, par un prétendu mouvement nationaliste, ce qui parait fort étrange compte tenu de la position des nationalistes, les incidents qui ont progressivement commencé à dégénérer dans toute la province sont devenus de plus en plus curieux, en tournant au désavantage du Pakistan et accentuant ainsi sa déstabilisation par ce nouveau foyer du Balouchistan. « (…) mentionnons en outre le Front du Baloutchistan uni né en 2003 et basé à Londres (toujours cette étonnante concordance de date). » [30] Même une guérilla de ce type coûte de l’argent, beaucoup d’argent sur le long terme. Un comble pour une province si pauvre qui ne bénéficie même pas des retombées économiques de leur riche sous-sol car ce n’est sûrement pas l’impôt sur le transit de l’opium vers l’Iran qui suffirait à financer les roquettes, les mortiers des opérations de la rébellion baloutche. 

    Iraniquement votre

    C’est pour ainsi dire à la même époque de l’inauguration de la base de Kohlu en décembre 2005 que les premiers incidents ont eu lieu de l’autre côté de la ligne Goldsmith, dans la province iranienne du Sistan-et-Balouchistan. Je renvoie à la pertinente remarque sur la concordance de date de Jean-Michel Vernochet. En respectant la chronologie des faits, le 15 décembre 2005, deux gardes du corps du cortège du président Mahmoud Ahmadinejad ont été tués par des bandits dans la région de Sahevan. Deux semaines plus tard, le 31 décembre 2005, le Joundallah (les Soldats de Dieu), de confession sunnite, avaient enlevé neuf soldats iraniens, près de la frontière pakistanaise, lors d’une attaque d’un poste de police. La liste des attentats publiée sur de nombreux sites se poursuit. En mars 2006, 22 personnes, qui circulaient sur une route proche du Pakistan, avaient été tuées. Le même mois, un attentat à la bombe qui a eu lieu à Tasuki fut suivi d’une prise d’otages. Dix sept personnes ont été condamnées à mort pour cet attentat précis. En mai 2006, l’attaque contre quatre véhicules du convoi du gouverneur de la province du Sistan-Baloutchistan avait fait 12 morts dans la province voisine de Kerman. Une voiture piégée avait explosé le 15 décembre à Zahedan, à la veille des élections locales, ne faisant là qu’une seule victime. Pour tenter de mater cette rébellion, le gouvernement iranien avait choisi de répondre par la répression en exécutant publiquement par pendaison sept membres présumés du Joundallah qui auraient pris part à la tuerie des 22 personnes de mars 2006. Nouvelle mesure qui n’a visiblement pas eu l’effet dissuasif souhaité par Téhéran car le mercredi 14 février 2007, à Zahedan, un nouvel attentat à la bombe contre un autobus des Pasdarans, les Gardiens de la Révolution Islamique, faisait 42 victimes dont 11 morts. Le 28 mai 2009, revendiqué par le Joundallah, un énième attentat contre une mosquée chiite de Zahedan a fait 25 morts et une centaine de blessés graves. Téhéran, implaccable, répond le 1er juillet par 13 pendaisons [31]. 

     

    Abdolmalek Rigi, le leader du Joundallah

    D’après les informations du site Geostratos, le 31 mai 2009 sur Rang-A-Rang TV, le leader du mouvement, Abdolmalek Rigi, a déclaré que le Joundallah avait signé un accord avec l’OMPI (Organisation des Moudjahidins du Peuple d’Iran), une autre organisation terroriste basée en France qui existait déjà en 1979 lors de la Révolution Islamique d’Iran et protégée, en Irak, par les troupes d’occupation anglo-saxonnes jusqu’au 28 juillet 2008. Un accord échangeant des renseignements nécessaires aux attentats fournis par l’OMPI au Joundallah contre le transit de personnes de l’OMPI en Iran. Toujours selon Abdolmalek Rigi, le rapprochement entre l’OMPI et le Joundallah aurait été opéré par l’intermédiaire d’Abu Omar al-Baghdadi, le leader d’Al-Qaïda en Irak [32]. Le 12 juin 2009, jour des élections présidentielles, éclate une nouvelle révolution de couleur, la Révolution de Velours ou Révolution Verte, avec les mêmes caractéristiques que les Révolution des Roses en Georgie du 23 novembre 2003, Révolution Orange en Ukraine du 22 novembre 2004, Révolution du Cèdre au Liban du 14 février 2005, Révolution des Tulipes au Kyrgyzstan du 24 mars 2005, Révolution Safran en Birmanie en août 2007 [33] ainsi que les autres en Azerbaïdjan dès mars 2005 [34], en Ouzbékistan en mai 2005 [35], en Mongolie en juillet 2008 [36], en Moldavie en avril 2009 [37]. « Ces révolutions se sont toutes déroulées suivant le même mécanisme : au moment où le pouvoir en place tentait de se renouveler, les partis d’opposition, soutenues par de puissantes ONG locales, ont contesté le résultat des élections et bloqué le pays par des manifestations pacifiques. Cette dynamique des sociétés civiles a débouché sur la chute du pouvoir et son remplacement par des équipes gouvernementale proaméricaines. » [38] 

     

    Abdolhamid Rigi

    Temporairement sorti du couloir de la mort, Abdolhamid Rigi, le frère d’Abdolmalek Rigi, a déclaré : « Les Etats-Unis ont créé et soutenu Joundallah et nous recevions nos ordres d’eux », lors d’une conférence de presse, en août 2009, dans un bâtiment gouvernemental de la ville de Zahedan. Il a ajouté que les Etats-Unis nous disaient : « qui frapper et ne pas frapper. (…) Ils disaient qu’ils allaient nous fournir tout ce dont nous avions besoin en terme d’argent et de matériel » [39]. Ces accusations rejoignent les éclaircissements de l’enquête de Seymour Hersh, publiée par The New Yorker, le 7 juillet 2008, et reprise par Le Monde, signalant que les chefs de file républicains et démocrates du Congrès américain auraient accordé, fin 2007, au président George W. Bush les financements nécessaires à l’intensification des opérations secrètes contre l’Iran en vue de déstabiliser le régime des mollahs. Pour appuyer ses dires, Seymour Hersh cita Robert Bear, un ancien chef d’antenne de la CIA au Kurdistan : « le groupe armé sunnite iranien Joundallah ferait partie des groupes bénéficiant du soutien des services américains ». Ainsi que dans Le Monde Diplomatique paru précédemment, en octobre 2007, où Selig S. Harrison a détaillé le mécanisme utilisé par la Maison Blanche dans son offensive de déstabilisation de l’Iran directement de l’intérieur « en aidant des groupes séparatistes, qu’ils soient arabes, kurdes, baloutches ou azéris ». Dernier fait en date, le dimanche 18 octobre 2009 où l’attentat-suicide le plus meurtrier a eu lieu à Pishin et a fait 41 tués dont plusieurs hauts commandants locaux du corps d’élite des Pasdarans. Sept commandants des Gardiens de la Révolution Islamique parmi lesquels le général Nour-Ali Shoushtari, adjoint du commandant de l’armée de terre des Gardiens de la Révolution, le général Rajab-Ali Mohammad-Zadeh, commandant pour le Sistan-Balouchistan, le commandant des Gardiens pour la ville d’Iranshahr et le commandant de l’unité visée, Amir-al Momenin, ont été tués dans cet attentat. L’article du géopolitologue Jean-Michel Vernochet, intitulé « Attentat au Sistan-Balouchistan… un acte de guerre décisif ? » auquel certaines données ont été reprises ci-dessus, paru au lendemain de ce dernier attentat et repris par de nombreux sites, nous informe qu’« il existe depuis juillet 2005 un projet de gazoduc irano-indien (IPI) devant passer à travers le Baloutchistan, projet qui s’est, en toute logique géostratégique, heurté à une vive hostilité de la part du Département d’État » [40]. Cela se passe de tout commentaire.


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