• Japon: une situation «incontrôlable», selon les réseaux antinucléaires

    Japon: une situation «incontrôlable», selon les réseaux antinucléaires

    L’explosivité de la situation au Japon est loin, selon eux, des communiqués rassurants des autorités japonaises.


    Par CHRISTIAN LOSSON

    Capture d'écran de la télévision japonaise montrant plusieurs images d'achives de la centrale

    Capture d'écran de la télévision japonaise montrant plusieurs images d'achives de la centrale nucléaire de Fukushima, où une explosion s'est produite, le 12 mars 2011. (© AFP photo AFP)

    Les réseaux antinucléaires s’alarment. Tchernobyl, Three Mile Island, etc: l’explosivité de la situation au Japon est loin, selon eux, des communiqués rassurants des autorités japonaises. «Incontrôlable» et de plus en plus alarmante, assure ainsi Greenpeace. «Une explosion sur l’un réacteur pourrait déjà avoir libéré de très fortes doses de radioactivités, et d’autres réacteurs semblent être aussi dans une situation critique», note l’ONG. Selon elle, «le refroidissement d’au moins un des réacteurs de la centrale de Fukushima Daiichi n’a pas été assuré pendant plusieurs heures. Le cœur du réacteur s’est alors mis à surchauffer, la pression et la température ont augmenté (lire sur le sujet le blog de notre spécialiste Sylvestre Huet). Une explosion a eu lieu et a soufflé le bâtiment extérieur du réacteur et peut-être l’enceinte de confinement protégeant le cœur.»

    La situation nucléaire au Japon est gravissime, et l’incident nucléaire «majeur», juge de son côté le réseau Sortir du nucléaire: «11 centrales ont été arrêtées en urgence, 5 réacteurs connaissent des problèmes graves de refroidissement démultipliant le risque d’un accident nucléaire, 45.000 personnes ont été évacuées.»

    Stéphane Lhomme, de l’Observatoire du nucléaire, résume le sentiment des ONG. «La communication des autorités concernant le nucléaire était fausse (autant dire mensongère). Il est désormais avéré que la situation, dans au moins un réacteur japonais (à Fukushima), le refroidissement est défaillant et une fusion du cœur est en cours.» Sophia Majnoni, Chargée de campagne nucléaire-énergie de Greenpeace, elle, tente de trouver des éléments de comparaison avec les catastrophes précédentes: «On est dans un enchaînement Three Mile Island (en 1979, aux Etats-Unis, ndlr), c’est-à-dire une fusion lente du cœur, mais avec un niveau de gravité probablement supérieur dans la mesure où l’enceinte de confinement pourrait avoir été soufflée par l’explosion. Les combustibles radioactifs seraient alors en contact avec l’atmosphère. D’où un risque de pollution majeur.»

    Stéphane Lhomme, lui, va encore plus loin. Dramatisation? «Il est désormais probable que c’est un véritable Tchernobyl qui a lieu… pour le moment à l’intérieur de l’enceinte de confinement (une grosse cloche de béton qui recouvre le réacteur). Le nuage radioactif est donc actuellement retenu mais la fusion fait monter la pression, ce qui menace de faire voler en éclat l’enceinte de confinement: ce serait alors un nouveau Tchernobyl (en 1986, en Ukraine, ndlr). On peut d’ailleurs se demander si l’explosion qui vient d’avoir lieu dans cette centrale ne correspond pas à ce scénario effroyable…»

    Déjà, poursuit-il, «pour faire baisser la pression intérieure et tenter d’éviter le pire, les "responsables" de la centrale n’ont d’autre option que… de rejeter une partie des gaz radioactifs à l’extérieur de la centrale, mettant en danger de contamination la population japonaise». Un risque humain de contamination des plus inquiétants. «Des fuites de radioactivité très importantes ont lieu depuis des heures. La radioactivité reçue en une heure par une personne se trouvant sur le site égale la dose admise pour une année entière», rappelle le réseau sortir du nucléaire.

    Quelles conséquences pour la population? «La grande question est maintenant de savoir ce que contient le nuage et où il va se diriger: vers la mer ou vers des zones habitées – et bien au-delà des 20 ou 30 kilomètres évacués, reprend Sophia Majnoni. Si le nuage est radioactif, les populations risquent d’être exposées à deux risques: les gens vont être exposés au nuage vont respirer et absorber les radio-éléments qu’il contient. Et/ou les particules radioactives contenues dans ce nuage vont retomber à terre à la première pluie, contaminant alors une zone dont il est absolument impossible de prévoir le périmètre aujourd’hui.»

    Plusieurs réacteurs connaissent d’inquiétantes hausses de température et de pression. Un réacteur des six réacteurs de la centrale voisine de Fukushima Daini (qui se trouve à 12 kilomètres de la centrale de Fukushima Daiichi) est plus particulièrement touché par de graves problèmes de refroidissement. « Ces données font craindre un autre accident. Nous serions là dans une situation totalement inédite avec plusieurs réacteurs touchés dans une même région. Nous ne pouvons absolument pas savoir quelles seraient les conséquences », conclut Sophia Majnoni.

    source


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :