• L'inquiétant déclin des oiseaux à Fukushima

    Le déclin des oiseaux près de la centrale dévastée inquiète les biologistes, qui contredisent le discours rassurant des autorités Depuis la catastrophe nucléaire de Fukushima, les études des effets des radiations nucléaires sur les faunes terrestre et marine sont rares. Dans son dernier rapport, le Comité scientifique de l’ONU sur les conséquences des émissions radioactives estime que les niveaux de radioactivité sont trop faibles pour provoquer des effets aigus sur l’ensemble des organismes vivants. Pour le gouvernement japonais et l’Agence internationale de l’énergie atomique, les taux de contamination radioactive sont trop peu élevés pour que l’on puisse observer des changements significatifs dans l’environnement.

    Timothy Mousseau, professeur de sciences biologiques à l’Université de Caroline du Sud, ne partage pas ces avis. Il y a deux semaines, lors du 26e Congrès ornithologique international à Tokyo, il a présenté les résultats de ses études effectuées dans la région de Fukushima entre 2011 et 2014. «Nous avons effectué 1500 relevés pour estimer la quantité d’oiseaux, d’insectes et la biodiversité sur 400 sites dans la région de Fukushima. La configuration du terrain et la répartition très hétérogène de la radioactivité ont créé un environnement très particulier dans la zone d’exclusion de Fukushima. Dans certaines aires, le taux de radioactivité est très élevé, tandis que dans d’autres situées à proximité il est très bas. Cette hétérogénéité permet de répliquer à grande échelle des tests sur les effets des radiations sur les animaux», relève-t-il.

    Premier constat: la population des 14 espèces d’oiseaux étudiées diminue avec le temps. Deuxième constat: la biodiversité a elle aussi été réduite. Elle l’est d’autant plus dans les zones où la radioactivité est élevée. «Nous analysons actuellement nos données. Il est encore trop tôt pour avancer un chiffre précis concernant la réduction de la population d’oiseaux et de la biodiversité dans la région de Fukushima. Mais le constat est clair. La contamination radioactive autour de Fukushima Daiichi, même à des niveaux peu élevés, engendre un impact négatif sur la biodiversité et les populations animales», insiste Timothy Mousseau.

    Outre les oiseaux, les cigales et les papillons ont eux aussi subi des pertes dans les mois qui ont suivi la catastrophe. Ces résultats corroborent plusieurs études effectuées dès les années 2000 par le chercheur dans la région de Tchernobyl. Dans les zones les plus contaminées, la population d’oiseaux avait chuté de 66%, la biodiversité de plus de 50%. Au-delà des effets des radiations sur les populations d’oiseaux, Timothy Mousseau a observé des mutations génétiques, tant à Tchernobyl qu’à Fukushima. Chez certaines hirondelles, telles que l’hirondelle rustique, le plumage comporte des taches blanches anormales caractéristiques d’un albinisme partiel.

    Ces anomalies ont été également constatées chez une quinzaine d’individus par la Wild Bird Society of Japan, une organisation privée, entre 2012 et 2013. «La fréquence de cette anomalie augmente avec le temps. Elle pourrait résulter soit d’une augmentation du taux de mutations génétiques, soit de l’influence du stress oxydant sur les cellules en raison des radiations», estime le chercheur. Pour Ian Fairlie, expert indépendant dans le domaine des effets de la radioactivité sur l’environnement, même si on ne connaît pas les raisons exactes de l’augmentation du nombre d’oiseaux possédant des taches blanches anormales sur le plumage, leur présence constitue indubitablement un marqueur de l’exposition aux radiations. «Il existe probablement d’autres mutations, mais celles-ci sont plus facilement repérables», confie-t-il.

    Autre tendance observée: la taille des cerveaux des oiseaux a diminué dans les zones hautement radioactives. Les effets négatifs des radiations sur les animaux, Zbyszek Boratynski, docteur en biologie de l’Université de Porto, les a également décelés dans la région de Fukushima dans une étude qui devrait paraître dans les prochains mois. «Nos premiers résultats montrent plusieurs effets. Nous avons observé au Japon, comme à Tchernobyl d’ailleurs, une fréquence de la cataracte très élevée chez les rongeurs.

    Dans le cas des souris, presque toutes celles que nous avons analysées possédaient cette maladie dans un des deux yeux», relève-t-il. La taille des cerveaux des rongeurs a diminué dans les zones fortement radioactives. La couleur du pelage a aussi été modifiée, ce qui les rend plus vulnérables envers les prédateurs et affecte donc leur capacité de survie.

    De son côté, Joji Otaki, professeur associé à la Faculté des sciences de l’Université de Ryukyus, à Okinawa, a publié en mai dernier dans Nature les résultats d’une étude sur les conséquences de l’exposition aux radiations internes pour le Zeeria maha , un des papillons les plus courants au Japon. Des feuilles ont été récoltées dans cinq sites présentant des taux de radioactivité différents. Elles ont constitué la nourriture de larves provenant de papillons capturés à Okinawa, soit à 1750 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Un autre groupe de larves s’est nourri de feuilles non contaminées. Les analyses ont démontré que le taux de mortalité et d’anomalies avait fortement augmenté, particulièrement avec de faibles taux de radiation. Les chercheurs japonais avaient déjà publié les résultats préliminaires d’une autre étude dans le Journal of Heredity. Des papillons avaient été récoltés dans la région de Fukushima en mai et en septembre 2011. Les analyses mettaient en avant les anomalies morphologiques décelées sur les antennes, les pattes, les yeux, voire une réduction de la taille des ailes antérieures. L’augmentation des anomalies avait été constatée sur les deux générations suivantes. Le 15 septembre prochain, une nouvelle étude réalisée par la même équipe de chercheurs devrait être publiée.

    Par ailleurs, Timothy Mousseau publiera prochainement une étude sur la base des analyses effectuées sur les hirondelles dans la région de Fukushima en 2012 et 2013. «Nous devrions recevoir davantage de fonds afin de poursuivre nos études. Les coûts de décontamination et les compensations liés à la catastrophe sont estimés à plus de 80 milliards de dollars. Si 0,1% de la somme totale était consacré à la recherche scientifique pour comprendre les effets de la catastrophe nucléaire sur les animaux, nous disposerions de plus de 80 millions de dollars», conclut le biologiste.

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