• L'ombre et la lumière par Paul-Eric Blanrue

     

    Ce sont les lâches, les polissons, les jocrisses et les paresseux qui prétendent travailler dans l'ombre au triomphe d'une cause. Personne de sérieux ni de sensé ne travaille jamais dans l'ombre. On n'y voit rien, dans l'ombre. À l'ombre, on est en prison ou à l'apéro, à la fraîche, les doigts de pied en éventail. Bayard, Du Guesclin, Turenne, Condé, Larochejaquelein, Jeanne d'Arc ne travaillaient pas dans l'ombre, mais debout, face à l'ennemi, les yeux dans les yeux, en plein soleil, l'épée flamboyante. Le visage découvert, de nature noble, ils avançaient, rompaient des lances, mouraient, ils faisaient leur salut et celui de leurs frères. Le Christ ou Mohammed n'ont pas travaillé dans l'ombre, c'est pour cela qu'ils ont eu des compagnons galvanisés et des disciples disposés au martyre. Les dissidents soviétiques de haute tenue ne travaillaient pas dans l'ombre, c'est pour cette raison que le monde entier les connaissaient, les aimaient et les soutenaient - et qu'ils ont fini, suivant leur conatus, par remporter la victoire. L'ombre c'est le trotskisme, la veulerie, la bassesse, la petitesse du roué abject. Anonymat rime avec scélérat. Dans la lumière lustrale, on fait preuve d'endurance, on encourage par l'exemple les autres à nous suivre. Dans l'ombre, on se marche dessus, on fait du sur-place, on se cogne contre les lampadaires éteints et on se cache honteusement, interdisant toute manifestation de solidarité, tout engouement, toute amitié, tout combat réel et tout dépassement surhumain. L'ombre c'est le ghetto, la lumière c'est Versailles.
    Paul-Éric Blanrue

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