• La crise en Ukraine fige les ventes de céréales

    Nervosité des négociants lémaniques: il n’y a plus de blé et de maïs offerts au départ des ports ukrainiens. Le point sur la situation dans l’ancien grenier à blé de l’URSS avec l’un des responsables de la firme de négoce russe Solaris

    Sur le fil de la guerre, l’ancien grenier à blé de l’URSS menace de fermer boutique, à en croire la nervosité affichée lundi par les négociants céréaliers genevois. «Il n’y a tout simplement plus de maïs ni de blé offerts au départ des ports ukrainiens en tarif FOB [prix du grain acheminé au port, sans le coût du fret maritime, ndlr]», témoigne Swithun Still, directeur de Solaris Commodities S. A. à Lausanne. Un autre opérateur lémanique confirme de son côté que si des navires sont encore chargés, afin d’honorer de vieux contrats, le reste «tourne au ralenti».

     

    A en croire Swithun Still, la plus grande confusion continue de régner quant à l’acheminement des céréales des campagnes vers les côtes du troisième exportateur mondial de maïs – et numéro six du blé. Et ce sans compter les barrages administratifs. «Vous vous voyez répondre de Kiev que le certificat nécessaire pour l’exportation d’une cargaison n’est pas disponible, à moins de payer tant à M. Untel un jour, tant à M. Untel un autre – ceci continue malgré la chute du gouvernement il y a dix jours», détaille le cofondateur de cette maison de négoce dépendant de grands céréaliers de la région de Krasnodar, dans le sud de la Russie.

    Signe de la nervosité ambiante, les acheteurs internationaux sont, en ce début de semaine, prêts à mettre sur la table 2 à 5 dollars de plus par tonne par rapport à la semaine dernière. Poussant la tonne de maïs à 235 dollars et celle de blé meunier à 285 dollars. «Des prix théoriques, de toute façon personne ne cède le produit», réagit le responsable de Solaris.

    Ces troubles dans l’acheminement des grains sont amplifiés par le fait que les exploitations agricoles «refusent désormais de livrer au tarif convenu, les prix en vigueur étant, du fait de la crise, devenus bien plus élevés», poursuit le négociant lémanique. Cette rétention de la part des fermiers – et la hausse des prix locaux des grains – «a démarré il y a un mois, les exploitations voulant alors répercuter l’effondrement de la valeur de la monnaie locale face au dollar; elles y étaient de surcroît poussées par des cours mondiaux en hausse», explique James Dunsterville, responsable d’AgFlow, société agrégeant les prix des cargaisons négociées sur la place genevoise.

     

    Face à cette rétention des fermiers, à l’autre bout de la chaîne locale certains exportateurs «font défaut» sur leurs contrats, ne pouvant apporter la marchandise. Et laissent les négociants lémaniques – et leurs banquiers – le bec dans l’eau. Et les forcent, pour honorer leurs commandes, à se tourner vers le sud de la Russie. Acheteur et négociant clé du marché, le géant Cargill refuse de commenter «la situation en Ukraine», selon une porte-parole.

    Au-delà de ces craintes des campagnes, l’irruption, jeudi dernier, des troupes russes dans la péninsule de Crimée a gelé un point d’expédition de grains ukrainiens. Port militaire, Sébastopol reste également un quai de chargement alternatif utilisé par quelques-uns des plus grands exportateurs ukrainiens – en parallèle à Odessa, Illichevsk, Nikolaiev et Yuzhny.

    La crise ukrainienne éclate cependant à une saison où le commerce céréalier du pays tourne moins vite: selon AgFlow, le pays a déjà écoulé 70% des moissons de blé de l’été dernier dédiées à la vente à l’étranger et 77% de celles de maïs. Ce qui signifie que les perturbations actuelles restent moins à même de causer des pénuries – et un affolement des prix mondiaux – qu’au sortir des moissons. Comme ce fut le cas après l’embargo de ces exportations décrété par la Russie en 2010. «Déjà les vendeurs recourent à des contrats optionnels, garantissant la quantité mais pas la provenance», témoigne James Dunsterville. En cas d’embargo – ou d’événement de force majeure comme une intervention militaire russe –, les exportateurs ukrainiens peuvent ainsi livrer du maïs venant d’ailleurs. «En ce moment ce n’est pas un problème, des céréales il y en a beaucoup ailleurs», poursuit le fondateur d’AgFlow. Qui souligne que le vrai danger serait que la situation perdure au point de perturber les semis printaniers.

     

    Un sang-froid que n’affichent guère les fonds d’investissement écumant le marché à terme de Chicago; le lieu qui, in fine, bat la mesure des prix mondiaux. Les mouvements de blindés russes les ont déjà conduits à renchérir le maïs de 8% en quinze jours, son niveau le plus élevé depuis septembre dernier.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :