• La Suisse veut «aider» Israël à revenir

    Benyamin Netanyahou et Didier Burkhalter lors de la visite du conseiller fédéral le 2 mai à Tel-Aviv. (AP)

    Benyamin Netanyahou et Didier Burkhalter lors de la visite du conseiller fédéral le 2 mai à Tel-Aviv. (AP)

    Comment faire revenir Israël sans donner l’impression de le «récompenser» d’avoir boycotté l’institution? Le chef de la diplomatie suisse Didier Burkhalter s’est essayé à l’exercice à Jérusalem

    Il y a des mots qui peuvent être embarrassants. Jusqu’où la Suisse est-elle prête à «assister» Israël dans le bras de fer qui l’oppose à une bonne partie des Etats au sein du Conseil des droits de l’homme (CDH) de l’ONU? La question a dominé la récente visite effectuée à Jérusalem par le conseiller fédéral Didier Burkhalter. Et certains ambassadeurs à Genève s’alarment devant ce qu’ils considèrent comme «un manque de cohérence» de la part de Berne.

    Le dilemme est le suivant: depuis mars 2012, Israël a décidé de boycotter les travaux du CDH au motif que celui-ci a lancé une enquête sur les conséquences de la colonisation juive dans les territoires palestiniens. Après avoir obtenu un premier délai, l’Etat hébreu doit cependant se soumettre en octobre à la procédure dite de l’Examen périodique universel. Faute de quoi son absence s’inscrira comme un précédent qui pourrait mettre en danger l’efficacité future du Conseil.

    A Jérusalem, selon un compte rendu très précis dévoilé par le journal israélien Haaretz, Didier Burkhalter aurait soulevé la question devant le premier ministre Benyamin Netanyahou. En soulignant, en substance, que lui aussi avait passé un mauvais moment devant le Conseil (c’était l’époque du débat sur les minarets), le ministre suisse aurait expliqué qu’Israël aurait ensuite tout loisir de défendre sa position devant les délégations. Surtout, écoutant les récriminations des Israéliens à l’égard d’un Conseil qu’ils jugent partial en leur défaveur, il aurait insisté sur le fait que la Suisse assisterait «autant que possible» Israël pour l’aider à trouver une solution qui convienne à tout le monde.

    «Notre première priorité est de faire fonctionner le Conseil», confirme-t-on aujourd’hui au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Mais, de manière officielle, on ajoute qu’il n’est question que de «soutenir Israël à reprendre sa coopération avec le Conseil».

    A Genève, l’ambassadeur israélien Eviatar Manor laisse ces détails d’interprétation aux Suisses. Il insiste plutôt sur le fait que son pays n’est pas traité de manière équitable au Conseil. Et il en donne pour preuve l’existence d’un chapitre spécifique qui conduit le CDH a s’occuper systématiquement de l’occupation des territoires palestiniens lors de chaque session du Conseil, ainsi que le fait que l’Etat d’Israël n’appartient à aucun groupe géographique aux Nations unies, ce qui affaiblit sa position. Mais l’ambassadeur israélien prend bien garde de ne pas faire de ces deux affaires des conditions à un éventuel retour au CDH. «C’est une question de principe. Tout ceci forme un tout. Ce ne sont pas des petites boîtes séparées.»

    dre du Conseil des droits de l’homme.

    Au CDH, en attendant, les lettres adressées à Israël sont pour l’instant restées sans réponse, à part un accusé de réception. Dans l’article de Haaretz, un officiel israélien s’amusait du fait qu’Israël pourrait, grâce à l’offre de soutien apportée par la Suisse, «obtenir une récompense politique en échange de son retour au Conseil». Une perspective qui fait s’emporter une source diplomatique à Genève: «Le retour d’Israël est certes souhaitable, mais il faut aussi garantir la crédibilité du Conseil. Or, pour ce faire, Israël doit se soumettre aux normes. Il n’y a nul besoin de «l’assister» pour l’aider à y échapper», grogne-t-il. Etonnés par le compte rendu des débats entre Suisses et Israéliens, des diplomates arabes auraient demandé à la Suisse des «explications» sur les aménagements qu’elle entendait entreprendre pour favoriser le retour d’Israël.

    La décision de boycotter le Conseil à Genève avait été prise à l’époque par le chef de la diplomatie Avigdor Lieberman, du parti d’extrême droite Israel Beytenou. Aujour­d’hui sous inculpation pour corruption dans le cadre d’un financement frauduleux de ses campagnes électorales, il est en attente de retrouver son poste. Selon Haaretz, cette décision du ministre, qui s’accompagne aussi de la suspension de toute collaboration avec le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, a provoqué des divisions au sein même de l’administration israélienne.

    A Genève, l’ambassadeur Eviatar Manor dément le fait qu’Israël ait décidé d’engager des négociations en vue d’un retour au CDH. Pour leur part, les responsables du Conseil se préparent à une palette de possibilités, qui passeraient par exemple par une présence d’Israël à l’Examen périodique universel en automne, mais à son absence lors des sessions régulières. Quant au DFAE, il entend désormais poursuivre les discussions sur cette question avec Israël «au niveau opérationnel».

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