• Le désert des Tartares.

    Nos interventions militaires successives, pourtant couronnées de succès, sont suivies d’échecs politiques.
     

     

     

     

     

     

    Du rififi à Bangui. La fine équipe hollandaise censée remettre de l’ordre démocratique en République centrafricaine commence à en rabattre. La banale opération de chasse aux malfaisants, en passe de finir au cimetière des éléphants, façon Eddy Mitchell et Valéry Giscard d’Estaing ? C’est à craindre.

    Ainsi, l’opération qui ne devait durer que peu de temps en prendra un peu plus. D’où l’envoi prochain de 400 nouveaux soldats français. Au-delà de l’effet d’annonce, la triste réalité. Troupes démoralisées, obligées de compter trois sous pour faire un franc. Crédits en berne : matériels attendant une maintenance qu’on attend mais ne vient pas. C’est le désert des Tartares. Il y a encore des sous pour les chaussettes, mais nos troupes préfèrent désormais acheter leurs rangers sur leurs propres deniers. Vu la conjoncture, c’est plus sûr.

    Et l’Europe, que fait-elle ? Pas grand-chose. Catherine Ashton, patronne de la diplomatie européenne, à peu près aussi crédible qu’une majorette qui se prendrait pour le général Patton, a promis l’envoi de mille soldats supplémentaires. Quand ? Nul ne le sait. Qui et venant d’où ? Mystère. Espérons que les gardes suisses et monégasques n’ont pas trop de RTT à rattraper.

    Plus sérieusement, c’est là que le bât blesse. Nos dirigeants occidentaux semblent tenir les Noirs d’Afrique pour des Européens pauvres et à la peau sombre, lesquels ne rêveraient que d’une seule chose : singer les Occidentaux. La démocratie, donc, serait le remède ultime. Diafoirus, sors de ce corps ! Car en ces contrées, la démocratie représentative ne peut, au mieux, que faire figure de recensement. Un peu comme si, en France, les Bretons votaient Le Pen, les Corréziens Hollande et les Guyanais Taubira. Les mêmes ont cru bon de se goberger de l’accession d’une femme à la très fragile République centrafricaine, Catherine Samba-Panza. Comme une sorte de signe de modernité pour lectrices de Elle ou du Figaro Madame.

    Seulement voilà, il y a ici deux religions – chrétienne et musulmane – dont les adeptes se regardent en chiens de faïence, chiens qui seraient tous armés de machettes et de Kalachnikov. Ajoutez à ce ragoût de bananes plantain des ethnies qui, historiquement, ne s’aiment pas plus que ça et une décolonisation trop vite saluée, finalement plus mortifère qu’une colonisation parfois injustement vilipendée. Et le cocktail s’y trouve, à bonne température et prêt à servir.

    Sur le sujet, l’Élysée vient de pondre un communiqué. D’une niaiserie telle que la plus élémentaire des charités chrétiennes nous interdit d’en faire plus état en ces colonnes.

    Plus sérieusement, l’africaniste Bernard Lugan écrit sur son blog :

    Au Mali comme en RCA, des conflits récurrents et résurgents opposent des populations que tout sépare ; or, depuis des décennies, au nom du mythe universaliste du “vivre ensemble”, la seule solution proposée est électorale.

    L’expérience a pourtant montré que les élections n’ont jamais traité en profondeur les causes des affrontements ethniques, car elles n’effacent pas plus les réalités géo-ethnographiques que la pluie les rayures des zèbres.

    Mais il y a encore plus grave : l’ethno-mathématique électorale, confirmant à chaque fois la domination démographique, donc démocratique, des plus nombreux, les ressentiments des peuples minoritaires en sont à chaque fois aggravés.

    Résultat : le feu qui couve se rallume périodiquement ; voilà pourquoi nos interventions militaires successives, pourtant couronnées de succès, sont suivies d’échecs politiques.

    On ne saurait mieux dire.


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