• Les enseignements du contrat d'armement français en Égypte

     

    La signature ce lundi au Caire du contrat d’armement franco-égyptien est riche d’enseignements.

    Le premier est naturellement diplomatique. Il existe en effet une corrélation forte entre une diplomatie indépendante et l’exportation d’armement. Depuis des siècles, la France a su bâtir une diplomatie non alignée sur les grands blocs, composant avec les réalités politiques, religieuses et géographiques, du monde qui l’entoure, pour défendre ses intérêts. Membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, possédant une présence mondiale par son domaine maritime et son réseau diplomatique et consulaire, elle pèse lorsqu’elle le veut et quand elle est elle-même, c’est-à-dire une nation indépendante. C’est ce trait qui a séduit nos amis égyptiens, comme précédemment les Émirats Arabes Unis, le Brésil et l’Inde. A contrario, lorsqu’elle se met à la remorque de Washington et de l’OTAN, dans le Golfe ou en Europe, elle ne remporte aucun contrat stratégique.

    Le second enseignement est que loin d’être un modèle dépassé, le développement en national de systèmes d’armes sophistiqués, souverains, paie, malgré les difficultés de la concurrence et les eurocrates béats. Le fait de disposer d’une Délégation Générale à l’Armement, capable de conduire des programmes complexes (de la dissuasion aux systèmes conventionnels et leurs équipements et munitions associés, est un atout que nombre de pays ne possèdent pas. La base industrielle, irriguée par une politique volontariste de R&T et de R&D, en profite tout naturellement comme le programme Rafale et ses technologies-clés en sont une démonstration éclatante. Pareil enseignement vaut pour les systèmes de missiles, les radars, les sous-marins et les frégates, les systèmes d’information, tirés vers le haut grâce à notre politique de dissuasion.

    Le troisième enseignement est que la construction européenne, notamment sa politique de défense, n’apporte, ni à la diplomatie de défense ni à l’armement français, la moindre valeur ajoutée. Les pays étrangers veulent à l’instar de l’Égypte et demain, espérons-le, de l’Inde, un système d’armes qu’ils pourront utiliser souverainement sans boîtes noires et codes cachés ni contrainte export. La France, respectueuse de la souveraineté des États avec qui elle traite, garantit ainsi cette souveraineté dans l’utilisation des systèmes d’armes qu’elle propose à l’export.

    Enfin, dernier enseignement : seul un effort continu sur le long terme – diplomatique et financier – permet ce type de contrats.

    La France se souviendra-t-elle de ces enseignements ?

    On peut en douter car la LPM actuelle n’est ni financée ni viable et les crédits de R&T et de R&D sont insuffisants pour garantir un plein renouvellement de nos systèmes d’armes ; les commandes de matériel, trop soumises aux régulations de Bercy; sa diplomatie, trop souvent livrée au hasard et aux pressions américaines et de l’OTAN, est encore trop illisible pour nombre de pays souverains. Son industrie terrestre, fruit de coûteux investissements, est menacée d’être livrée pieds et poings liés aux Allemands de KMW avec, de nouveau, la complicité d’un pouvoir socialiste qui avait déjà bradé l’Aérospatiale à une DASA pourtant exsangue.

    La France est capable du meilleur, à la seule condition qu’elle soit elle-même : UNE NATION SOUVERAINE

    Aymeric Chauprade


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :