• les Sentinelles de l'Agora : La grande muette a parlé...

     

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    Avec le grand courage et le sens de la responsabilité qui la caractérisent, la gauche a décidé de s’attaquer à la grande muette pour faire des économies qu’elle n’ose pas faire ailleurs. C’est ce qui s’appelle avoir tout faux.

     

    Certes, on perçoit les trois calculs politiciens qui donnent à cette opération comptable sa logique. D’abord, la facilité de s’attaquer à des fonctionnaires non syndiqués et dont l’obéissance silencieuse est le premier devoir. En second lieu, la gauche a un lourd inconscient pacifiste et antimilitariste, largement responsable de l’impréparation de notre pays lors des deux grandes guerres du XXe siècle. En troisième lieu, il faut souligner le double aveu que ce retrait exprime. La France n’est pas seule en Europe à réduire sa défense, tandis que des pays d’Asie font exactement l’inverse, comme la Chine et le Japon. Le sous-continent européen qui dominait le monde au début du XXe siècle est sur le déclin, malgré la bonne santé économique de la vieillissante Allemagne. Il n’existe militairement que dans l’ombre des États-Unis, et plus profondément, gomme de la politique ce qui n’est pas d’ordre économique, et par voie de conséquence, environnemental et social.

    Mais, pour une fois, la muette a parlé. Le général Ract-Madoux a déclaré lors d’une audition parlementaire : « Tout ceci accentue les inquiétudes du personnel et contribue à alimenter un sentiment de lassitude. » Un« Manifeste pour la sauvegarde de nos Armées » a été rédigé par un groupe d’officiers et de spécialistes, les « Sentinelles de l’Agora ». On lit dans ce texte bien autre chose que le cri d’alarme des techniciens. Ce que souligne ce document, c’est le retrait de la fonction militaire dans nos sociétés devant les exigences de l’État-providence et les préférences des postmodernes. L’air de rien, notre vieille civilisation, avec ses trois piliers, spirituel, militaire, et économique, se réfugie sous le dernier d’entre eux, et réduit l’homme à n’être qu’un individu producteur, consommateur, matérialiste et hédoniste dans le meilleur des mondes pacifique, protecteur, laïque et jouissif.

    En souhaitant qu’on fasse appel à l’armée pour éradiquer le crime à Marseille, une sénatrice socialiste a formulé une proposition peu raisonnable mais chargée de sens. On ne souhaite pas que l’armée remplace la police et revive la bataille d’Alger à Marseille. En revanche, l’armée a toujours eu dans notre pays une mission qui dépassait la technique des opérations militaires. La conscription était le meilleur outil d’intégration, le rite d’initiation à la citoyenneté qu’on a eu le grand tort de supprimer. Les Suisses, par référendum, ont voté à 73 % son maintien. L’armée assurait par ailleurs une mission d’éducation en complétant celle-ci et en dépistant les déficiences de la formation initiale.

    Curieusement, ce sont deux idéologies en apparence contradictoires qui ont abouti à ce résultat. D’un côté, le socialisme a installé un État obèse qui finira par tout faire sauf la seule chose pour laquelle il a été créé et qu’il est le seul à pouvoir faire : défendre le pays. De l’autre, les libertaires rêvent d’une humanité d’individus, d’agents économiques d’autant plus aptes à régler leurs problèmes que l’État ne s’occupera pas de planifier leur action.

     

    Cette réduction de la personne humaine à sa dimension économique et matérielle est dans les deux cas une erreur, même si la seconde approche est plus juste que la première dans le monde de la production et des échanges. La transmission des valeurs spirituelles et culturelles, humainement plus importantes que l’économie, exige des familles et une nation, et l’armée est indispensable pour protéger celle-ci et celles-là plus encore que nos intérêts économiques.


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