• On s'arrache « 1984 » : on comprend pourquoi?

    big-brother

     

    Le 13 juin 2013

    Ecrivain, journaliste.
    Son blog.

    Dire qu’il y a des gens pour prétendre qu’aujourd’hui, plus personne ne lit. Aux États-Unis, la vente du roman 1984, de George Orwell, est en pleine explosion. Sur amazon, le nombre de commandes est en croissance exponentielle.

    Les révélations récentes sur deux programmes d’espionnage à grande échelle à partir du téléphone et d’Internet mis sur pied par le renseignement américain en serait une des causes. Mais peut-être pas la seule.

    J’ignore si, en France, la lecture de ce bouquin connaît le même engouement, mais je ne saurais trop recommander à amazon.fr de faire d’ores et déjà des stocks. Pour un avenir proche.

    Le fait est que si George Orwell, tel l’hibernatus moyen, avait la possibilité de revenir parmi nous, il tomberait à la renverse. Sans doute se pensait-il génial, mais pas à ce point-là. Un tel flair, un tel talent prophétique, en 1949. Seule la projection dans le temps s’est révélée un peu courte. 2014 eût été plus proche de la vérité.

    Non, je ne suis pas parano. Je me suis endormie devant Skyfall et n’ai jamais rien compris à La Mémoire dans la peau, c’est vous dire comme le thème du complot me passionne. Un focus sur ces derniers mois est néanmoins troublant. Tout y est, ou presque. Un élève de 4e, même un peu laborieux en français, serait capable de faire l’inventaire… s’il existait un prof assez irresponsable pour lui laisser commettre pareil forfait, bien sûr. La « novlangue » (le mariage gay mué en « mariage pour tous », les opposants en « homophobes », le père et la mère en « parent 1 et parent 2 », le sexe en « genre »), le « ministère de la vérité » chargé de remanier l’histoire officielle (Najat Belkacem n’entend-elle pas faire faire aux grands personnages historiques leur coming-out post portem dans les bouquins scolaires ?), la « police de la pensée » et enfin « la minute de la haine » qui, sur un plateau télé, peut même durer bien plus longtemps que cela.

    Alors, sans doute ne sommes-nous pas filmés par de grands écrans omniprésents comme dans le roman de George Orwell. Mais dans les bars, les restaurants, quiconque s’aventure sur le terrain du mariage gay pour ne pas en dire du bien commence par baisser d’un ton et jeter un coup d’œil furtif autour de lui, avant de sacrifier au serment rituel « Je ne suis pas homophobe », préalable obligé à toute discussion sur le sujet comme le signe de croix l’est à la prière catholique.

    Notre big brother à nous ne ressemble pas au Dr. No ni à Dark Vador. Il ne parle pas avec un fort accent allemand, n’a pas de monocle, de crâne chauve, ni de cicatrice sur la joue droite. Il n’est pas reclus au fond d’un abri anti-atomique avec un flingue dans le tiroir dans l’hypothèse hautement improbable où un ennemi réussirait à déjouer la sagacité de sa garde rapprochée. Il est diffus, polymorphe, souriant, impalpable, latent et, la plupart du temps, ne se fait pas remarquer. Pourvu que l’on marche droit. Un big brother light à la française que l’on aimerait bien voir nous lâcher les basques.


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