• PORTUGAL ? Face à la crise, policiers et gendarmes rendent les armes

    Les forces de l'ordre ne sont pas épargnées par les politiques d'austérité. Fragilisés par la baisse de leurs revenus et mécontents de leurs conditions de travail, ils sont de plus en plus nombreux à quitter le pays.
    Portugal, Lisbonne: la police portugaise manifeste contre la réduction du budget de l'Etat et la politique d'austérité du gouvernement, le 12 novembre 2012.
Portugal, Lisbonne: la police portugaise manifeste contre la réduction du budget de l'Etat et la politique d'austérité du gouvernement, le 12 novembre 2012. AFP

    Il y a toujours plus de policiers et de gendarmes qui abandonnent le pays, à cause de la crise économique et des baisses des salaires, des primes et des acquis sociaux. Nombre d'entre eux se plaignent de la "mauvaise ambiance" et du "manque de conditions" au sein des forces de l'ordre.

    Selon les données officielles de la PSP [la police portugaise], le nombre d'agents qui demandent à quitter la police n'a cessé d'augmenter ces trois dernières années : dix en 2010, 27 en 2011 et 32 à fin septembre. Dans la GNR [la gendarmerie portugaise] le scénario est le même. Pour cette année, au 24 septembre, 24 gendarmes avaient demandé des congés sans solde - limités à trois ans -, alors qu'en 2011, ils avaient été 17. En 2010, ils étaient seulement sept.

    Les histoires d'émigration n'ont pas toutes une fin heureuse. Filipe*, 37 ans, travaille aujourd'hui comme chauffeur pour la Poste britannique. Depuis qu'il a quitté le Portugal, il y a moins d'un an, il a perdu dix kilos. À l'instar de la majorité de ses collègues qui quittent le pays, Filipe n'a pas voulu abandonner définitivement la GNR et a demandé un congé sans solde laissant derrière lui sa femme et ses deux filles. Lui qui escorta un jour le président de la République, a quitté le pays en larmes. Ses revenus ne suffisaient plus à couvrir ses dépenses. En 2007, il avait acheté une maison et s'était endetté à hauteur de 200 000 euros. Tous les mois, entre le crédit, les voitures, l'école des enfants et la nourriture, il dépensait 1 600 euros. Mais il ne gagnait que 1 200 euros net, primes incluses. Souvent, il travaillait quinze heures de suite et parcourait le pays de long en large. "Je faisais une gymnastique incroyable pour recevoir 20 ou 30 euros de plus à la fin du mois, ce n'était pas une vie. On travaille trop dans la GNR et c'est pour cela qu'il y a parfois des accidents. Les charges horaires sont absurdes", affirme-t-il.

    Filipe réussit à envoyer 800 euros par mois à sa famille au Portugal

    En seulement deux ans, la vie de famille de Filipe a changé radicalement. "D'un seul coup, je n'ai plus eu de primes, plus d'allocations familiales ; j'ai payé plus d'impôt sur le revenu ; la crèche a augmenté et ils ont commencé à réduire l'aide médicale [versée par la GNR] alors que mes filles ont des problèmes de santé", se souvient l'ancien militaire. Mais le plus difficile était encore à venir. Sans ami et sans travail à Londres malgré des promesses, il a du louer une chambre exigüe dans la maison de l'oncle d'un ami. Quand Filipe a enfin trouvé un emploi - distribuer du lait et du pain -, il faisait le trajet jusqu'à son domicile à pied parce que les transports étaient trop chers. "Je faisais des dizaines de kilomètres à pied." Récemment, il a donc trouvé un travail à la Poste. Il gagne 600 euros par semaine et parvient à en envoyer 800 au Portugal chaque mois. "J'essaie de trouver mieux. Mais je me demande tous les jours si cela vaut le coup de rester ici".

    David* lui aussi ne sait pas si cela en vaut la peine. Ce gendarme âgé de 32 ans va émigrer en janvier en Allemagne. Pour pouvoir partir, il a du prétexter des problèmes psychiatriques et a même invoqué une tentative de suicide. "Je suis très déçu par l'institution", souligne-t-il. Les heures de travail excessives constitue le principal motif d'usure. David travaille 27 jours et gagne moins de mille euros [le salaire moyen au Portugal est de 800 euros et le SMIC est de 485 euros]. Et puis, il y a les baisses de revenu. "Si je compare 2011 avec cette année, j'ai déjà perdu 2 000 euros", dit-il. Début janvier, David sera en Allemagne où l'attend un emploi dans un restaurant italien payé 1 200 euros nets. "Ce n'est pas énorme, mais c'est déjà ça pour un début à l'étranger". David a un garçon de six ans, il tente de trouver une maison en Allemagne et, si tout se passe bien, il espère ne pas revenir au Portugal.

    La sécurité de la population menacée par la baisse des effectifs

    Ces derniers mois, des dizaines de policiers et de gendarmes ayant pour projet d'émigrer ont contacté leurs syndicats respectifs. La majorité veut connaître la marche à suivre avant de quitter le pays. "On ne conseille jamais la rupture définitive avec l'institution, car cela peut mal se passer à l'étranger", souligne Armando Ferreira, le président du Syndicat national de la police. Il y en a aussi qui se renseignent sur les emplois dans le domaine de la sécurité à l'étranger: "ils veulent savoir comment ils peuvent entrer en contact avec des entreprises de sécurité privée", précise Paulo Rodrigues, le président de l'Association syndicale des professionnels de la police. Il estime que l'exil de plus en plus important de policiers est dû à la crise. "Ces dernières années, outre les revenus, l'impact a surtout été ressenti par la perte des aides médicales et l'augmentation de l'âge de la préretraite", affirme-t-il.

    De son côté, Peixoto Rodrigues, du Syndicat unifié de la police (SUP), estime que l'émigration, en plus des postes supprimés ces dernières années, peut mettre en cause "l'opérationnalité de la police et, par conséquent, la sécurité de la population".


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