• Quand J-M Ayrault déclare la guerre aux travailleurs français?

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    Conscient que le peuple français était de plus en plus sensible à la question des délocalisations du fait de l’augmentation du chômage et de la désindustrialisation, Monsieur Ayrault a opéré un pathétique changement sémantique en faisant l’éloge, il y a quelques jours de cela, lors de son voyage au Maroc, d’un nouveau concept bidon, la « colocalisation ». Voyons quelle en est sa définition selon l’intéressé : « C’est la manière, ensemble, de trouver les bonnes coopérations, les bons partenariats, qui nous permettent non seulement de développer de l’emploi au Maroc et de l’emploi en France, des investissements au Maroc, des investissements en France, mais dans une politique de partenariat beaucoup plus ambitieux, d’aller aussi comme une plate-forme, ensemble, vers d’autres pays, vers d’autres marchés avec les Marocains et les Français ensemble. »

    L’auteur de cet article est probablement un imbécile, mais il ne voit aucune différence avec la délocalisation : au final, libre-échange oblige, un emploi français est transporté hors des frontières de notre pays. Ce qui n’empêche pas notre Premier ministre de conclure : « Quand on produit ici (…), ça produit de l’emploi et de l’activité en France. »

    Pardon Monsieur Ayrault, mais le coup du « gagnant-gagnant », on nous l’a déjà fait : les produits fabriqués en Chine par des esclaves qui seraient moins chers pour les chômeurs français, c’est faux, l’avantage concurrentiel étant annulé par une grande distribution soucieuse de conserver ses marges. Le libre-échange, c’est du « perdant-perdant », point.

    L’inégalable et inégalé Alphonse Allais disait avec humour que : « Le café est un breuvage qui fait dormir quand on n’en prend pas. » De la même manière, on pourrait dire du libre-échange, politique commerciale pratiquée nulle part dans le monde excepté dans l’Union européenne, qu’il est créateur d’emplois lorsqu’on ne l’applique pas.

    Mais alors, pourquoi diable notre Premier ministre se rallie-t-il à une politique si objectivement contraire aux intérêts de la France ?

    Au titre de l’article 3 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, celle-ci dispose d’une compétence exclusive en matière d’union douanière et de politique commerciale, ce qui signifie a contrario que les gouvernements démocratiquement élus n’ont pas leur mot à dire sur ces questions.

    Ainsi, c’est la Commission européenne qui négocie la politique commerciale de l’UE, donc de la France, dans le cadre des accords avec l’OMC (article 206 et 207). Force est de constater que, dans ses négociations, la Commission opte depuis des décennies pour le libre-échange (baisse du tarif extérieur commun), si bien que les entreprises françaises se retrouvent sans protection contre la concurrence internationale. De la sorte, nos entreprises sont encouragées à délocaliser, pardon, à « colocaliser ».

    Monsieur Ayrault, par sa maladroite innovation, a déclaré la guerre aux travailleurs français, en leur indiquant que la suppression de leur emploi pouvait s’avérer souhaitable. Ceux qui désiraient que le PS fasse son « Bad Godesberg » seront ravis.

    Adrien Abauzit, le 23 décembre 2012

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