• Qui sont les aristocrates d'aujourd'hui ?

    Levy-Bernard-Henri-BHL

     

    Le 7 juillet 2013

    Étudiant
    Étudiant en khâgne et rédacteur sur le blog 'Le Rouge et le Noir'.

    Nicolas Gauthier disait récemment que Louis XVI, après avoir envisagé une réforme fiscale d’envergure – à savoir l’instauration d’un impôt sur le revenu « pour tous » -, renonça, et scella par-là le destin de l’Ancien Régime.

    En réalité, Louis XVI, loin d’être l’incapable mollasson que l’on dépeint pour justifier toutes les horreurs révolutionnaires, avait une conscience aiguë de la nécessité d’une telle réforme, et on ne peut dire qu’il y renonça. Il est vrai, en revanche, que tous ses efforts furent vains, pour la bonne raison qu’ayant convoqué les états généraux pour sortir des convulsions qui agitaient la France, il se heurta à l’opposition redoutable de l’aristocratie et des représentants du clergé, qui n’étaient alors autres que la version (encore) ensoutanée des privilégiés de Versailles.

    En bute perpétuelle au refus de ces deux corps, qui représentaient les deux tiers de l’assemblée réunie devant lui, le roi ne put que laisser la situation se dégrader, et déboucher sur la mise à bas de la maison royale, et subséquemment la prise du pouvoir par une bourgeoisie empressée de prendre la place de la noblesse. Cette dernière, pourra-t-on dire, ne l’avait pas volé.

    De la bonne volonté, et la conscience du besoin de changer de modèle, on ne saurait dire si François Hollande et son casting, tout entier sorti proprement du système, en regorgent. En tout cas, l’opposition bornée et égoïste d’un fatras interminable de privilégiés tous agrippés à leurs prérogatives, et efficaces au moins en la matière, elle existe bel et bien ; chaque jour en apporte la preuve irréfutable. C’est probablement cet élément qu’il convient de retenir principalement et de comparer à la situation actuelle. Voilà des décennies que l’Éducation nationale se meurt écrasée sous les chapes d’un dogmatisme indigent hérité de Mai 68, et que toutes les expertises montrent l’urgence qu’il y a à réformer massivement le modèle. Voilà des décennies que, chaque fois que le ministre en charge tente de toucher au mammouth, une horde de professionnels de la protestation descend hurler son refus de toute modification de son train-train quotidien.

    Voilà des décennies que le modèle social montre des béances d’injustice dans la différence de traitement entre le public et le privé, d’autant plus que celles-ci creusent profondément les déficits dudit modèle. Voilà des décennies que la moindre tentative de mettre au même niveau tous les Français se termine en un mois entier de grèves généralisées et d’immobilisation subséquente du pays…

    Les responsables syndicaux embourgeoisés qui festoient en souriant sur les deniers publics sont les aristocrates d’aujourd’hui. Les idéologues virulents de la pensée unique sont la hiérarchie cléricale dévoyée de nos jours. Le peuple de France supporte de moins en moins sa mainmise omniprésente ; votre serviteur se contente de prier pour que, dans le grand chambardement qui s’annonce inévitable, le sang coule avec plus de parcimonie qu’il y a 224 ans.


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