• République Bananière d'Ukraine, épisode 3

    Kiev et l’Ukraine de l’ouest s’enfoncent peu à peu dans l’anarchie. De véritables scènes d’épuration et d’autocritique à la bolchévique se sont déroulées. À Lvov, les Berkout ont été contraints par le “Pravy Sektor” de demander pardon à genoux, devant un “rassemblement de citoyens”. La maison du fils du président du parti communiste a été incendiée et les élus craignent pour leur famille. “Pravy Sektor” s’autorise à violer les domiciles de ceux qui sont jugés “ennemis de la nation”. Les milices se trouvent à l’intérieur même du parlement, et en contrôlent étroitement l’activité. Le gouvernement actuel, formé par les proches de Timochenko s’empresse d’accéder à toutes les demandes des extrémistes de “Svoboda”. Ces derniers, ainsi que “Pravy Sektor”, savent que les prochaines élections les ramèneront à leur importance réelle sur l’échiquier politique ukrainien, c’est-à-dire pas grand-chose. Leur stratégie est désormais de se constituer en “comité de salut public” et de faire régner leur “ordre” à l’intérieur même de la Rada. Catherine Ashton n’a visiblement rien trouvé à y redire. À Kiev la situation est précaire et les habitants armés sont de plus en plus nombreux et le sont ouvertement. Désormais un masque, un brassard et une arme vous donnent le droit de vous déclarer du “Pravy Sektor”, et par conséquent, de pressurer qui vous voulez dans la rue. Cette situation fait le bonheur des sociétés de sécurité qui sont désormais systématiquement utilisées par les hommes d’affaires, et à qui des quartiers entiers sont confiés par les habitants effrayés. Les retraits d’argent liquide se généralisent et la fuite des capitaux atteint des sommets. La police a totalement déserté les rues. En plus d’avoir le monopole de la violence, “Svoboda” a obtenu le poste de procureur général, ce qui lui permettra d’inculper tous les citoyens ukrainiens qui refusent de se soumettre, et de renforcer “son comité de salut public”.

    Catherine Ashton est repartie sans rien apporter que de belles promesses. La nomination du gouvernement de transition, qui devait avoir lieu aujourd’hui, a été repoussée à jeudi. Arseni Iatseniouk a reconnu lui-même qu’accepter d’y travailler était suicidaire politiquement. Le futur Premier Ministre devra en effet gouverner sous la menace permanente des radicaux, dont il devra obtenir – personne ne sait comment – le départ des émeutiers, non seulement de Maïdan, mais de la capitale et des bâtiments administratifs qu’ils contrôlent en région. Sans cela, l’élection du 25 mai, dont la campagne a déjà commencé, n’aura aucune crédibilité. Le futur gouvernement devra trouver également $2 milliards pour le mois de mars, afin de rembourser le FMI, ce qui paraît difficile. Dans le cas contraire, il devra assumer la faillite de l’État ukrainien.

    La situation dans l’ensemble du pays a été calme aujourd’hui. Les radicaux agissent essentiellement à Kiev et dans l’ouest. À l’est et au sud, ils sont soit absents, soit ils occupent des bâtiments administratifs sans que cela gêne la vie des populations. Les lois ségrégationnistes qui ont été prises sous la contrainte par la Rada ne peuvent de toute façon pas être appliquées pour l’instant.

    Nos lecteurs se sont interrogés sur l’inaction russe. Comme nous l’avons souligné, la Russie, quoiqu’en disent ses détracteurs, a respecté ces dernières années le principe de non-ingérence. Le Kremlin s’était résolu à voir l’Ukraine signer l’accord de coopération. Aucune figure nationale ukrainienne et russophile n’est d’ailleurs apparue pour remplacer Ianoukovitch ; comme si la Russie s’était résignée à travailler avec le pouvoir ukrainien, quelle que soit l’alternance. Moscou compte vraisemblablement sur le pourrissement de la situation, lié à la catastrophe économique et la mainmise des radicaux sur Kiev. Tôt ou tard, en effet, le pouvoir ukrainien devra faire ce que Ianoukovitch n’a pas osé faire, par lâcheté et par corruption : éliminer les “banderistes” de Maïdan. En attendant, la Russie a déployé les spetsnaz GRU et quelques blindés d’infanterie pour protéger sa base à Sébastopol. Les manifestants pro-russes de cette ville ont réclamé un référendum sur l’indépendance.

    En France, la presse se fait plus circonspecte après le conte de fée, qui a été servi ces derniers jours, sur Maïdan. Le gouvernement français reste en réserve, comme les autres gouvernements européens. Le ministre des affaires étrangères luxembourgeois a même eu le courage de condamner le soutien aux partis néo-nazis et s’est prononcé contre les lois discriminatrices sur l’emploi de la langue russe. Les soutiens aux radicaux se retrouvent toujours chez les milieux atlantistes, qu’ils soient gauchistes ou libéraux, ainsi qu’au sein d’une certaine extrême droite, par romantisme et immaturité politique.

    Xavier Moreau


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